Que nos vies aient l’air d’un film parfait, Carole Fives


Que nos vies aient l'airPrésentation de l’éditeur :

Certains pensent que le divorce, ça ne sépare que les adultes. Années 80. Déferlante rose sur la France. Première grosse vague de divorces aussi. à la télé, Gainsbourg, Benny Hill et le Top 50. Un frère et une sœur sont éloignés. Vacances, calendriers, zone A, zone B. La séparation est vécue différemment par chacun. Chacun son film, sa version, le père, la mère, la sœur. Chacun sa chanson. Un seul se tait, le cadet. Lui, ne parle pas, il attend. Huit ans, neuf ans, dix ans…Dans les familles, les drames se jouent mais ne se disent pas. Huit ans, vingt ans trente ans… Que nos vies aient l’air d’un film parfait est un livre sur l’amour fraternel, celui qui seul permet de traverser ces années sauvages, ces plages d’enfance.

 

 

Fanny et Tom sont des enfants divorcés ; pas seulement des enfants de divorcés. Coupés en deux, chacun. Car Fanny, la grande sœur, cède, avec l’inconséquence de ses douze ans, à la requête de sa mère : faire écrire à Tom la lettre qui lui fera en obtenir la garde. Restée seule avec son père qui les élevait jusqu’alors, ainsi qu’en avait décidé le juge, elle prend conscience de son erreur. Il est évidemment trop tard pour la réparer – ce à quoi elle s’emploiera cependant sa vie durant.

 

Dans ce premier roman, Carole Fives (déjà auteur entre autres d’un recueil de nouvelles, Quand nous serons heureux, et d’un ouvrage écrit à quatre mains avec Amandine Dhée, Ca nous apprendra à naître dans le Nord) fait s’entremêler les voix et les points de vue. La sœur, le père, la mère s’expriment à tour de rôle. Seul le frère, qui est au cœur des préoccupations de chacun, reste muet. Que restera-t-il de cette enfance coupée en deux et de leur lien fraternel lorsque le frère et la sœur seront devenus grands ?

 

Cette construction forme un puzzle d’où émerge la culpabilité de Fanny, attachante héroïne. En toile de fond, ces années 80 où le divorce, avec son lot de mensonges, de violences psychologiques et de lésions invisibles, se banalise doucement mais sûrement.

 

Que nos vies aient l’air d’un film parfait se lit d’une traite et résonne d’une mélodie acidulée et entêtante comme la chanson dont les paroles donnent son titre au livre. Derrière l’apparente légèreté, la tristesse est infinie, les regrets sont éternels. Le divorce est une blessure irrémédiable, et c’est l’issue d’un mariage sur deux.

 

Un premier roman polyphonique tout en sobriété et d’une grande justesse.

 

Editions Le Passage, août 2012, 124 pages, 14 euros

 

 

 

Morceaux choisis :

 

« Tu es désormais son seul lien avec le père, à ton retour le dimanche soir elle te cuisine, te soutire des informations que tu finis malgré toi par lâcher, comme ces suspects qui finissent par balancer un nom chez les flics. De guerre lasse, pour avoir la paix tout simplement. Lorsque tu revois ton père le samedi, tu te sens coupable de haute trahison, fautif d’avoir entendu ces insultes sans avoir seulement réagi. Tu es un traître, un agent double qui devant chaque parent se recompose un visage différent. » (pages 22-23)

 

« Il paraît qu’il y a pire petit frère, il paraît qu’il y a des familles où l’on ne divorce pas alors qu’il vaudrait mieux. […] Mais tu doutes petit frère, tu doutes qu’il y ait pire que ça, pire que les gens qui s’aiment et se séparent. » (page 45)

 

« Certains pensent que le divorce, ça ne sépare que les adultes. » (page 61)

 

« J’avais douze ans et je les aurai toute ma vie […] Je suis restée coincée dans cette chambre petit frère, et toute ma vie sera ce jour de juillet où j’ai bradé notre enfance. » (pages 65-66)

 

« Dans les familles, les drames se jouent mais ne se disent pas. » (page 66)

 

« Un père, c’est bien s’il est là, mais ce n’est pas indispensable non plus. » (page 68)

 

« Tu n’es pas mort Tom, il y a juste mille kilomètres entre nous. Tu n’es pas mort Tom, mais tu as emmené une partie de moi avec toi, là-bas. » (page 73)

 

« Il paraît qu’il n’y a que les victimes qui se sentent coupables. » (page 77)

 

« Les grands n’ont rien compris. Les grands ont oublié qu’ils avaient eu un frère, une sœur, ou simplement un ami, un alter ego. En vieillissant, ils taisent cet amour-là, ils le changent en autre chose, de plus commun, de moins magique, ils oublient qu’avec l’eau à la fraise, un jour, ils ont fait de la framboise, ils oublient qu’ils ont transformé le plomb en or, le sable en château, la chambre en piste de danse, ils oublient les ragondins, les pestacles et les prunes qui roulent sur la colline. » (page 84)

 

« Est-ce qu’on peut avoir des enfants quand on est soi-même restée enfant ? Je veux dire, au niveau psychologique ? » (page 87)

 

 

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6 comments on “Que nos vies aient l’air d’un film parfait, Carole Fives

  1. fabeli on said:

    j’ai moi aussi vraiment apprécié ce roman, lu d’une traite, et je l’ai chroniqué sur mon blog. J’ai eu le plaisir de rencontrer l’auteure lors de sa venue à Pau!

  2. J’ai envie de lire ce livre depuis sa sortie, en plus l’auteur était présente au salon du livre de rennes. Faut que je vois auprès de ma bib, sinon, j’attendrais le format poche?

  3. Pingback: Pourquoi écrivez-vous, Carole Fives ? | Sophielit

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