Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari


Sophie lit… la sélection du Prix du Style 2012 4/9

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Présentation de l’éditeur

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en “meilleur des mondes possibles”. Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.

Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir enseigné en Algérie puis en Corse, est en poste à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) depuis septembre 2012.
Chez Actes Sud, il est l’auteur de cinq romans : Dans le secret (2007 ; Babel n° 1022), Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009, prix Landerneau ; Babel n° 1113), Où j’ai laissé mon âme (2010, prix roman France Télévisions, prix Initiales, prix Larbaud, grand prix Poncetton de la SGDL) et Le sermon sur la chute de Rome (2012).

 

Actes Sud, août 2012, 208 pages, 19 €

 

 

La prose de Jérôme Ferrari se déploie en phrases longues et incisives. Son écriture, tantôt contemplative, tantôt dynamique, est souvent lyrique, toujours intense. Ses personnages nombreux concourent à une polyphonie toute insulaire.

 

L’île d’ailleurs, la Corse donc, est un personnage à part entière, avec ses cochons stoïques mais malmenés, ses menaces de cassages de dents proférées par des villageois à l’égard de Continentaux, ses patronymes qui chantent, sa notion de territoire omniprésente.

 

Dans notre monde, tout s’effondre – à commencer par les rêves. Les familles qui se veulent les meilleures alliées des êtres se révèlent parfois leurs pires ennemis. C’est en 410 que Saint Augustin a prononcé son sermon, pourtant certaines choses sont immuables. Mais de ce projecteur que Jérôme Ferrari place sur les grandes et petites déchéances, on ne retient que la lumière.

 

Un roman aussi vibrant qu’un chant corse.

 

Le sermon sur la chute de Rome a reçu mercredi 7 novembre le prix Goncourt 2012.

 

 

 

Citations choisies :

 

« Il était clair que la tragédie silencieuse qui s’était jouée ici, à un moment indéterminé de la nuit, ne concernait qu’une seule personne, égarée dans les abîmes de son cœur solitaire auquel la société des hommes ne pouvait plus rendre justice. » (page 25)

 

« Il y avait deux mondes, peut-être une infinité d’autres, mais pour lui seulement deux. Deux mondes absolument séparés, hiérarchisés, sans frontières communes et il voulait faire sien celui qui lui était le plus étranger, comme s’il avait découvert que la part essentielle de lui-même était précisément celle qui lui était le plus étrangère et qu’il lui fallait maintenant la découvrir et la rejoindre, parce qu’elle lui avait été arrachée, bien avant sa naissance […] » (page 35)

 

« […] ce monde était le sien, même s’il ne le connaissait pas encore tout à fait, et chaque surprise, si rebutante fût-elle, devait être niée sur-le-champ et transformée en habitude […] » (page 37)

 

« – Tu paies ce que tu dois la semaine prochaine ou je te casse toutes les dents.

Le gérant eut une réaction fataliste qui n’était pas dépourvue d’une certaine noblesse.

- Je n’ai pas un rond. Rien. Je crois que tu vas être obligé de me casser les dents. » (page 43)

 

« Il lui semblait qu’il côtoyait des fantômes avec lesquels il ne partageait aucune expérience commune et qu’il jugeait de surcroît d’une arrogance insupportable, comme si le fait d’étudier la philosophie leur conférait le privilège de comprendre l’essence d’un monde dans lequel le commun des mortels se contentait bêtement de vivre. » (page 49)

 

« Libero lisait les quatre sermons sur la chute de Rome en ayant le sentiment d’accomplir un acte de haute résistance, et il lisait La cité de Dieu, mais à mesure que les jours raccourcissaient, ses derniers espoirs se diluèrent dans la brume pluvieuse qui pesait sur les trottoirs humides. » (page 60)

 

 

 


2 comments on “Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari

  1. J’aime bien les chants corses, justement ! ;)

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