Ne pleure pas, on se reverra, Géraldine Barbe


« Elle a dit :

- Ne pleure pas ma petite sœur, on se reverra.

Et elle m’a serrée très fort et très gentiment dans ses bras. C’est drôle qu’elle ait dit ça parce que bien sûr on se serait revues si elle n’était pas morte mais elle est morte vingt jours après et on ne s’est pas revues. » (page 65)

 

Marianne, ainée d’une fratrie de trois sœurs, meurt une nuit. La narratrice, benjamine de la famille, revient sur leur relation. Car Marianne a occupé longtemps la place du bourreau, et la narratrice, bénéficiant parfois de la protection du « bouclier » (la sœur du milieu) s’est retrouvée bien malgré elle dans le rôle de la victime.

Syndrome de Stockholm ou configuration familiale finalement classique ? A la mort de Marianne, la narratrice cherche dans le passé toutes les excuses au comportement de son aînée.

 

« La mort naturelle de ma sœur, réchappée du suicide […], était un dénouement inattendu et confusément rassurant. Une délivrance. Etre rassuré par la mort de quelqu’un parce qu’on craignait qu’il lui arrive pire, c’est possible. » (page 87)

 

La narratrice s’en va donc fouiller dans ses douleurs d’enfance, des douleurs qui ne sont pas parties bien loin, et qui peuvent ressurgir sans crainte à présent que la fin de son histoire avec sa sœur a été écrite.

Aux blessures de Marianne, qui apparaissent petit à petit, s’ajoutent celle de la narratrice, qui a enfin voix au chapitre.

 

« Le mercredi, le samedi après la piscine, la gym, le tennis ou la danse, ou encore le dimanche avant d’aller au cinéma le soir dans le froid voir un film en noir et blanc qui me donnera l’envie diabolique de crée quelque chose (il ne faut pas emmener les enfants au cinéma, ça donne des envies de créativité dangereuses), je fais parfois, comme activité : aller pleurer. » (page 49)

 

Boulimique, anorexique, Marianne était une enfant, puis une jeune femme, inadaptée à l’existence (ou l’inverse). La narratrice, qui n’est pas sa sœur pour rien, se débrouille comme elle peut avec la sienne, dans laquelle l’écriture tient une place importante.

 

« Si je n’écris pas je ne sais pas quoi faire. » (page 69)

« Quelqu’un qui écrit c’est très envahissant. Lorsqu’il te prend vraiment l’envie d’écrire, tu laisses peu de place au reste. Et quelquefois cela fait barrage à la vie. Et même à l’amour. » (page 113)

 

Avec « Ne pleure pas, on se reverra », Géraldine Barbe nous entraîne dans une indiscrétion familiale, l’envers d’un décor plutôt banal, qu’illumine la force de sa prose. Une prose intime, aussi violente qu’elle peut être douce. Les deux sœurs se ressemblaient en réalité beaucoup, et au moins l’une d’elle l’aura compris.

 

Ce court roman se lit d’une traite. Il se reçoit comme une ultime missive adressée à un être cher, haï autant qu’aimé – et disparu. Comme une tentative désespérée de réconciliation, une réconciliation posthume donc vaine, mais cependant, c’est l’évidence, indispensable et salvatrice pour l’auteur.

 

Editions Léo Scheer, octobre 2012, 150 pages, 15 euros


10 comments on “Ne pleure pas, on se reverra, Géraldine Barbe

  1. Un nouveau roman de Géraldine Barbe! Cela me rappelle qu’il faut encore que je lise « Rater mieux ». Et celui-ci dans la foulée? Merci pour l’info, en tout cas!

  2. A ma connaissance, il n’y a que « Rater mieux » – sais-tu s’il y en a d’autres?

  3. Magnifique roman !!!! A lire et a relire , curieuse de lire le précédent.

  4. je ne connaissais pas*¨`*•✿
    merci pour cette découverte *¨`*•✿

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