En attendant que les beaux jours reviennent, Cécile Harel


« C’est nul de faire des gosses quand on a du talent. Il faut laisser ça aux gens qui n’ont rien d’autre pour remplir leur vie. » (page 89)

 

A quelques semaines de Noël, Marie, quarantenaire vivant à Paris, fait comme chaque année le vœu de passer le réveillon sur la tombe de sa mère. Elle demande à son époux de l’accompagner. Leur dialogue sera l’occasion pour la narratrice de remonter le temps et de plonger dans son complexe passé familial.

 

« J’aurais adoré épater mon père en abordant de grands sujets comme il les aimait, mais je n’en avais ni les mots, ni la connaissance. Je me sentais idiote à ses côtés, en tous les cas pas aussi intelligente que je pensais qu’il aurait souhaité que je sois. » (page 86)

 

Alternant le présent, et l’histoire d’amour fusionnelle qui lie Marie à son mari, et le passé, et le cheminement douloureux d’une femme qui se débat pour exister, « En attendant que les beaux jours reviennent » dresse le portrait d’une femme peu banale.

 

« J’avais refusé la douleur. Elle m’était revenue en pleine figure. » (page 208)

 

Car en attendant que les beaux jours reviennent, Marie passe à côté de sa vie…

 

« Je n’avais pas compris que ma mère n’avait qu’une seule vie. Je préférais attendre que la mienne commence en allant chez Castel. » (page 172)

 

On a beau s’agacer du côté bonne élève de cette Marie, la préférer amoureuse éperdue que fille et sœur, lui trouver, donc, que la passion lui va mieux que la raison, on finit bel et bien par s’y attacher. Sa famille est une véritable famille de roman, avec ses petits secrets et ses grandes douleurs.

 

« Nous ne devrions jamais nous éloigner des gens que nous aimons. » (page 205)

 

Dans ce premier roman, Cécile Harel révèle un réel sens du dialogue. Très accessible, son style fait des incursions dans l’univers du cinéma, voire du langage parlé. Tout cela tend à rendre son roman extrêmement vivant et aussi terrible qu’il peut être drôle.

 

« - Si on achetait un appartement ?

- Pour quoi faire ? rétorque mon mari.

- Pour avoir un toit quand on sera vieux.

- J’ai tellement vu mes parents prévoir leur avenir à en oublier de vivre leur présent que l’idée de devenir propriétaire me terrifie.

- Achetons au moins une concession dans un cimetière au bord de la mer. » (page 202)

 

Si les tribulations de son héroïne s’avèrent parfois trop nombreuses et trop détaillées, au point d’étouffer presque le lecteur, les pages où la narratrice laisse éclater sa douleur, et sa peur de l’avenir sont formidables de justesse – à tel point que la collection de citations a considérablement augmenté une fois l’ouvrage refermé.

De là à penser que Marie et Cécile ne sont pas si différentes, il n’y a qu’un pas…

 

Les Escales, septembre 2012, 288 pages, 20,50 € 

 

Citations choisies :

 

« Là où tu estimes que je me suis fait avoir, où les autres ont l’impression d’avoir fait une bonne affaire, je me suis libéré. Je suis déjà loin. Ce que je suis prêt à laisser est inférieur à ce que je vais gagner. Je ne suis pas dans une logique économique. Je suis dans une logique émotionnelle et artistique. Je suis trop sensible aussi. Si je m’entête à poursuivre celui qui cherche à me nuire, je vais m’affaiblir et je perdrai beaucoup plus que ce que j’aurai décidé d’abandonner. » (page 162)

 

« Je ne suis plus celui que j’étais et pas encore celui que je vais devenir. » (page 25)

 

« Depuis ce jour, par empathie ou par solidarité, j’ai adopté les expressions de ma mère. » (page 43)

 

« A cette époque, j’avais besoin du conflit pour exister. D’aller au choc. » (page 90)

 

« Ma colère primait sur mes intérêts. Je gâchais tout. Encore aujourd’hui, avec mes « phrases assassines », comme les appelait ma mère, je suis capable de faire exploser une relation de dix ans et dix secondes. » (page 91)

 

« Je serai toujours en deuil des années où je ne te connaissais pas. » (page 107)

 

« Maintenant que je vis avec un homme qui avant de me connaître était mort, je ne suis plus folle. » (page 108) 

 

« De l’amour, il en faut beaucoup : très peu pour soi et beaucoup pour les autres. » (page 171)

 

« Dans les années à venir, je suis sûre que le luxe sera l’autarcie. » (page 278)


6 comments on “En attendant que les beaux jours reviennent, Cécile Harel

  1. Premier roman ? Pas tant que ça puisque l’auteur utilise un pseudonyme ! Va voir du côté des ouvrages de Sylvie Bourgeois pour découvrir l’autre versant des textes de cette auteur !

    • L’identité de l’auteur est en effet un secret de polichinelle mais je respecte son choix… celui-ci est donc le premier roman de Cécile Harel, tandis que « Sophie à Cannes » et « Sophie au Flore » de Sylvie Bourgeois ont déjà été chroniqués sur ce blog :)

  2. Quelque soit la diversité des patronymes la sensibilité de cette auteure est unique.
    La sortie de ce dernier livre a fait l’objet de jolies lectures à l’Espace des Femmes il y a quelques jours.

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