Liaison romaine, Jacques-Pierre Amette


 

Le narrateur, journaliste, est envoyé à Rome pour écrire un article sur l’ambiance de fin de règne : le Pape est sur le point de mourir. Constance, sa compagne, le rejoint ; mais celle-ci semble plus distante qu’à son habitude. Impuissant, le narrateur assiste au délitement de ce lien dans le décor de cette ville que les deux protagonistes aiment tant.

« Je désirais la voir heureuse et c’était une faiblesse que d’avoir la conviction intime qu’elle ne l’était plus. » (page 70)

 

La distance que la jeune femme s’efforce de masquer pousse le narrateur à s’interroger sur tout ce qu’il ignore d’elle – et aux raisons qui font qu’il l’ignore. Avec nostalgie, déjà, il reconsidère leur passé commun avec l’acuité permise par le lieu neutre, et connu cependant, dans lequel ils se trouvent.

« Nous étions soudain des fantômes, nous avions laissé la réalité de nos existences à Paris. » (page 19)

« Les choses qu’on garde en soi s’accumulent. » (page 19)

 

Jusqu’à ce que surgisse l’inévitable : Constance quitte le narrateur. Elle part de Rome avant lui, le laissant face à des questions sans réponses, et une emprise toujours plus grande.

« Les vastes zones de sa vie secrète grandissaient comme une terra incognita sur une carte sentimentale démesurée. La nature même du sentiment que Constance avait nourri à mon égard devenait quelque chose d’opaque, d’obscur, d’impossible à analyser, un bassin scintillant sous un jour froid. Depuis qu’elle m’avait quitté, elle se métamorphosait en un fantôme qui me harcelait. » (pages 134-135)

 

Au-delà de l’histoire somme tout assez banale – la fin d’une liaison, et l’occasion de se demander ce que l’on sait de la personne avec qui l’ont est -, cette « Liaison romaine » est une superbe déclaration d’amour à cette « Rome extraordinaire », servie par des descriptions picturales et des références au divin :

« Toutes ces murailles ensoleillées, ce ciel ouvert, ces villas tarabiscotées dans la verdure, les tranchées profondes des rues, les femmes en noir avec une broche en or, les collines aux béances calcaires, les remous d’eau vert pastis du Tibre. » (page 109)

« A Rome, le ciel et la terre venaient juste de se séparer par décret divin. » (page 51)

« Dans Rome tout monte et forme ascension. Tout emporte enlève aspire vers les nuées radieuses de l’au-delà. » (page 80)

 

Et si Jacques-Pierre Amette aimait davantage encore Rome que Constance ? Et si c’était la Ville Éternelle, plutôt que cette femme, la véritable « immortelle bien-aimée » ?

 

Quant à Constance, elle disparaît, gardant tout son mystère.

« Je gardais l’espoir qu’une lettre, si je trouvais les bons mots, les mots justes, pouvait la faire revenir instantanément. » (page 138)

Et un livre ?

 

« Je marchais au gré des rues. Je me dis que j’avais cru faire du journalisme, que j’avais cru aimer quelqu’un, mais non, j’avais marché dans un paysage de fantômes. J’étais venu à Rome, j’avais croisé de belles femmes, je m’étais gorgé d’histoires imaginaires à propos de chaque visage, j’avais écouté des conversations dans les cafés et les magasins. Je n’avais rien compris. » (page 147)

 

 

Albin Michel, mai 2012, 154 pages, 15 euros

 

Romancier, auteur dramatique, ancien critique littéraire au Point, Jacques-Pierre Amette a obtenu le prix Goncourt pour La Maîtresse de Brecht (2003) et le Grand Prix Littéraire Fondation Prince de Monaco pour Un été chez Voltaire (2007). Il est également l’auteur, entre autres, du Lac d’or (2008) et du Tableau de Poussin (2005).


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