Au pays des kangourous, Gilles Paris


« Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand, mon papa. » (page 9)

Simon a neuf ans. Sa mère, carriériste, passe le plus clair de son temps en Australie pour les besoins de son travail. Alors, quand son père, écrivain, et en revanche toujours présent à la maison, tombe en dépression, c’est tout l’univers de Simon qui se trouve chamboulé.

Simon est recueilli par Lola, sa grand-mère maternelle, qui a des idées bien arrêtées et des fréquentations cocasses.

Désormais, les visites à l’hôpital psychiatrique rythme les semaines de Simon et, grâce à Lily, une fillette rencontrée dans les couloirs aseptisés, Simon comprend peu à peu ce dont souffre son papa.

 

« De quoi souffre-t-il ? Pourquoi doit-il prendre des médicaments ? Quand on est fatigué, normalement, du repos et une orange pressée, ça suffit, non ? » (pages 56-57)

 

Au fil des pages, l’auteur pointe la difficulté à trouver un langage commun entre les adultes et les enfants lorsqu’il s’agit d’évoquer les choses graves de l’existence. Il démontre cependant l’aptitude incroyable des plus jeunes à comprendre les « grandes personnes », et la nécessite avérée de dire aux petits la vérité : car dans la brèche de l’incompréhension et des secrets s’engouffre toute leur capacité d’imagination – extrêmement développée.

 

« Parfois, des choses vous échappent comme une boule de Noël qui va se briser en mille morceaux, et c’est grave. » (page 51)

« Quand une grande personne décide de ne plus parler d’un souci, elle l’enterre, si profond que personne n’ose proposer sa pelle. » (page 165)

 

Il propose aussi une galerie de personnages loufoques et attachants, et une vision très juste du monde à hauteur d’enfant. Il rappelle qu’on oublie un peu trop facilement l’enfant que l’on a été – alors même qu’il vit toujours en nous.

 

En quelque 250 pages, Gilles Paris déploie son talent de romancier pour l’histoire somme toute banale de la dépression d’un père vue par les yeux de son fils. Il réussit le difficile pari d’un récit à la première personne, fait du vocabulaire et des images d’un enfant de neuf ans, qui s’adresse pourtant indéniablement aux adultes.

 

« Sous ses yeux, il a de vilaines petites poches comme des petits sacs à soucis. » (page 56)

« Les grandes personnes sont difficiles à comprendre. » (page 95)

 

Récompensé par le Prix Cœur de France 2012, « Au pays des kangourous » est un roman tout en sensibilité, porté par un héros-narrateur inoubliable.


4 comments on “Au pays des kangourous, Gilles Paris

  1. J’ai beaucoup apprécié aussi ce roman, et son personnage principal!

  2. Un livre qui devrait être déclaré d’utilité publique… J’espère qu’il sera lu dans le milieu scolaire comme au collège par exemple, pour parler de cette maladie méconnue et souvent victime du silence qui l’entoure.

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