Mémoires d’un snobé, Marin de Viry


« Je voudrais que vous compreniez les souffrances d’un chroniqueur littéraire mondain de culture chrétienne. Ma vie est un oxymore moral. D’un côté, j’aime les gens. De l’autre, mon existence est marquée au fer du snobisme. C’est surtout ce volet que j’aimerais développer dans le récit, car le snobisme, ce n’est rien. Mais ce rien est tellement séduisant qu’il nous donne envie que tout soit rien. Chez les gens cohérents et vraiment malades, la suite est logique : pour que tout devienne rien, il faut tout détruire. » (page 17)

 

Voilà le drame de Marius de Vizy, chroniqueur mondain à la Revue des Deux Mondes : il se sent snobé. Il le prouve en plusieurs temps qui sont autant d’épisodes récurrents de sa trépidante existence : soirée littéraire, dîner d’écrivains, déjeuner de délibérations, remise de prix, etc. Le tout, bien entendu, situé dans un Saint-Germain-des-Prés incontournable.

« Le duel snob dure un millième de seconde. Pendant ce millième de seconde, deux êtres se regardent. Le premier des deux qui arrive à signifier à l’autre qu’il n’en a rien à cirer a gagné. » (page 36)

« Un vieux fond d’analyse marxiste, une dose de paranoïa et une bonne éducation sont mes boussoles dans la vie germanopratine. » (page 96)

 

Avec jubilation, le lecteur croise dans les pages de ces Mémoires d’un snobé le Tout Paris littéraire, cantonné dans des lieux emblématiques dont les adresses ont des airs de centres du monde. Marin de Viry s’amuse à l’entraîner à ses côtés dans des coulisses de prestige, le lecteur rit de l’incongruité des situations et de l’autodérision dont fait montre l’auteur (en vérité, on ne sait qui, du lecteur ou de l’auteur, prend le plus de bon temps dans l’affaire).

« Imaginez que la littérature soit une moquette. Dans cette moquette vit un acarien. C’est moi. » (page 190)

 

Marin de Viry prend un malin plaisir à pointer ces invisibles hiérarchies qui sont l’essence même de tout groupement d’individus, interrogeant le lecteur-spectateur de ces mondanités sur son propre rapport aux autres – et au snobisme.

« Le standing de Caroline lui permettrait de me négliger carrément » (page 146)

« Le mépris, c’est comme le vélo » (page 77)

 

S’il moque l’attitude des écrivains en représentation, le chroniqueur dépeint avec justesse et lucidité la place de l’écrivain dans la société, son aura, les idées reçues qui l’accompagnent.

 

« […] bien sûr la littérature, je vais faire l’artiste ça fera chier les copains de promo ça conservera mon attractivité érotique au-delà de la date de péremption d’un cadre dirigeant normal » (pages 161-162)

 

Marin de Viry livre avec Mémoires d’un snobé un regard jouissif sur un univers qui fait fantasmer depuis des lustres – et sur lequel il a déjà beaucoup été écrit. Son roman constitue une distraction de haut vol et, comme le moins que l’on attende d’un chroniqueur littéraire est qu’il prête attention à la forme, la plume et à la hauteur du propos et du rythme.

 

« Je suis un chroniqueur de merde mais ça n’empêche pas que la vie soit belle. » (page 182)

Qui a snobé snobera… Mais snobera bien qui snobera le dernier !

 

Lu dans le cadre du Prix Rive Gauche à Paris 2012


2 comments on “Mémoires d’un snobé, Marin de Viry

  1. Loto édition on said:

    Si vous voulez découvrir l’envers du décor du monde du livre et les aléas de la vie d’un petit éditeur à compte d’éditeur ou bien en savoir plus sur les phases de conception d’un livre, n’hésitez pas à passer sur mon blog :

    http://lotoedition.canalblog.com/

    Cordialement

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