Mariage blanc, Valérie Zenatti


Rachida aime Antoine. Antoine aime Rachida. Trois ans que cela dure, et sans un seul nuage. Un amour basé sur l’indépendance, les appartements séparés pour mieux entretenir le désir, le partage de convictions et d’avis tranchés. Notamment sur le mariage : ils n’en veulent pas, ni l’un ni l’autre, pas plus qu’ils ne désirent d’enfant. Quant à leurs convictions, dont certaines sont politiques, la nécessité d’aider son prochain y tient une bonne place.

 

Aussi, quand David raconte à son ami Antoine que Tatiana, une architecte russe qui vit à Paris depuis des années, est menacée d’expulsion car son visa arrive à expiration, situation dont seul un mariage blanc pourrait la sortir, Antoine n’hésite pas un instant.

 

Au nom des mêmes convictions, Rachida trouve l’idée formidable. Et pas dérangeante le moins du monde, puisque cela est « faux » : un faux mariage, une fausse cérémonie franco-russe, une fausse vie sous le même toit pour mieux rassurer les autorités. Mais un mariage, une cérémonie et une vie commune quand même.

La date du grand jour approche. Si Rachida continue à sourire, au nom des valeurs qu’elle prône– reconnaitre qu’elle commence à douter, pour son propre couple, à douter du bien-fondé de cet acte généreux reviendrait à la mettre en contradiction avec les valeurs en question, et elle s’y refuse – elle n’en pense pas moins.

 

« Pour dire clairement les choses, si je n’ai jamais eu envie de me marier avec Antoine je ne suis pas sûre du tout d’avoir envie qu’il se marie avec quelqu’un d’autre. Jusqu’où peut aller le jeu ? » (page 31)

 

Antoine va donc épouser Tatiana, avec la bénédiction de Rachida. Ils vont se dire oui « pour le meilleur et pour le pire ». Mais, comme dirait la mère de Tatiana, « le pire est toujours plus probable que le meilleur » (page 51).

 

Dans ce petit livre, Valérie Zenatti, auteur de plusieurs ouvrages portés à l’écran, entremêle les voix des différents protagonistes pour offrir une comédie de boulevard à la sauce XXIème siècle.

Les personnages secondaires – Pauline, la meilleure amie évoluant dans l’ombre de Rachida, et Tatiana –, pétris de doutes et de défauts, capables d’avouer leurs faiblesses sans que cela finalement ne les desserve jamais, se révèlent nettement plus attachants que les principaux, Antoine et Rachida, jeunes, beaux, pleins d’avenir, à qui tout réussit.

On sourit des situations sans rire aux éclats – car le fond n’est pas si rose, qui résonne avec des sujets de société particulièrement d’actualité.

C’est la force de ce « Mariage blanc » : sous son apparente légèreté, porté par la plume aisée, fort agréable et très maitrisée de Valérie Zenatti, ce texte pose de vraies questions.


One comment on “Mariage blanc, Valérie Zenatti

  1. C’est le genre de situation où l’on peut facilement se bruler les ailes. Je note ce titre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

* Copy This Password *

* Type Or Paste Password Here *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>