La lutte des classes, Claire Berest


La lutte des classes est sous-titrée « Pourquoi j’ai démissionné de l’Education nationale ».

C’est un petit livre en deux parties, vif et percutant.

Dans la première partie, Claire Berest, qui a démissionné après une année de stage et cinq semaines en tant que titulaire, raconte ses désillusions et son combat quotidien pour faire cours dans le collège de ZEP où elle a été affectée. Morceaux choisis.

 

« J’essayais chaque matin d’être en avance, non par patriotisme scolaire, mais pour me laisser le temps de revêtir l’armure psychologique indispensable, aménager le délai nécessaire pour trouver du courage voire un peu d’allant.

Je vivais un paradoxe intéressant : la terreur et le soulagement. La terreur de l’imminence de la sonnerie qui signerait la première heure de classe – aller chercher dans la cour les élèves, qui refuseraient de se mettre en rang et de me suivre, en ayant l’impression paranoïaque qu’ils se moquent de moi. Comme chaque matin. Et l’intense soulagement de ne pas y être encore, d’avoir une heure devant moi me séparant de l’épreuve, une heure où je serais anonyme et en sécurité dans le métro, me laissant bercer par cette intimité de la rame où le monde n’est pas encore franchement hostile. » (pages 24-25)

 

L’auteur déplore la suppression des IUFM. « On n’imaginerait pas demander à un étudiant désireux de devenir médecin d’exercer à temps plein à l’hôpital, à la sortie de son année de concours d’entrée en médecine. » (page 42), dit-elle en réponse à la comparaison entre professeurs stagiaires et internes. Pourtant, dans les deux cas, des vies sont en danger.

 

Pour Claire Berest, pour qui enseigner était une vocation, une formation à la tenue/gestion de classe s’avère désormais indispensable – au-delà du DVD donné aux nouveaux arrivants, dans lequel est notamment préconisé, « pour prévenir les perturbations », de se déplacer lentement dans la salle et de ne pas tourner le dos aux élèves.

 

« Je pensais naïvement être aguerrie. J’avais survécu un an, acquis des reflexes, affermi mon autorité. J’étais en mission, un fonctionnaire de la République, dévouée à mon métier de formation des futurs citoyens.

En une semaine, le désenchantement, l’illusion assassinée. » (page 52)

 

« Je n’étais même pas leur ennemie.

Une simple cible, gesticulante. » (page 53)

 

« J’avais la sensation de partir le matin pour un interminable enfer. Chaque heure passée était un combat gagné de haute lutte. Les cinq minutes entre les cours me semblaient être des oasis ou des mirages. » (page 54)

 

« Pris séparément, ces gosses étaient malins et attachants. En groupes de vingt-cinq ou trente, une armée exterminatrice. » (page 61)

 

En seconde partie d’ouvrage est retranscrit un long entretien avec Rose Poitou, qui enseigne l’allemand dans un collège de ZEP. Au bout de six ans d’enseignement, elle parvient parfois à « acheter la paix » (page 104).

« On apprend, avec le temps, à tout banaliser. Ca paraît fou, de l’extérieur. Mon quotidien, je ne le raconte plus vraiment. » (page 94)

 

Tout comme l’Autoportrait du professeur en territoire difficile d’Aymeric Patricot, La lutte des classes invite à se réveiller. Vite. Avant que les vocations pour le « plus beau métier du monde » ne se dissolvent entièrement dans la brutalité et les dérives de la réalité.

 


3 comments on “La lutte des classes, Claire Berest

  1. Tiens, je ne connaissais pas ce livre de Claire Berest! Mais qu’a-t-on fait à l’éducation nationale… Ce n’est pas faute de tirer la sonnette d’alarme. peut-être sera-t-elle entendue?…….

  2. Pingback: Enfants perdus, Claire Berest | Sophielit

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