Tangente vers l’est, Maylis de Kerangal


Présentation de l’éditeur :

«Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d’une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu’ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.»
Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d’un bout à l’autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l’est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.

 

 

Dès les premiers mots, on est embarqués. Cette traversée du continent à bord d’un train mythique, ce sera aussi la nôtre, Maylis de Kerangal en a décidé ainsi. Et l’auteur ne lâchera pas son lecteur avant l’arrivée au point qu’elle aura déterminé comme tel.

 

« Le Transsibérien. La ligne mythique. Deux rails en forme de ligne de fuite qui la conduiraient jusqu’au Pacifique. La piste de la liberté qui donnait sur l’océan. » (page 62)

« Leurs corps [ceux des hôtesses du rail ] fendent la Russie tout entière dans le sens de la largeur, de Moscou à Vladivostok et de Valdivostok à Moscou – près du quart de la circonférence terrestre à chaque voyage. » (page 28)

 

L’intrigue est simple et complexe, portée par deux protagonistes charismatiques, habités par les courbes et les accidents qui émaillent leurs trajectoires respectives.

« … ce chemin de fer qui lui rappelle qu’il n’existe plus que pour s’enfuir. » (page 41)

« la vision de soldats sur le quai, hébétés et perdus, l’enfance au fond des cernes » (page 126)

 

L’écriture de Maylis de Kerangal est tendue comme l’atmosphère qui règne dans le wagon du Transsibérien, à la fois oppressante et pleine d’énergie, nerveuse et porteuse de tant d’espoirs.

Surtout, on voyage avec ses personnages au travers de ce paysage incomparable que Maylis de Kerangal nous donne à voir par la fenêtre du train et lors des arrêts en gares.

 

 

« Rien ici n’est à la mesure de l’homme, […] cette poche continentale à l’intérieur du continent, cette enclave qui aurait l’immensité pour frontière, cet espace fini mais sans bord – et conforme, c’est étrange, à la représentation que les astrophysiciens donnent de l’univers soi-même. »

(page 16)

 

« Tangente vers l’est » est un livre fort et percutant, de ceux que l’on porte longtemps en soi.

 


4 comments on “Tangente vers l’est, Maylis de Kerangal

  1. Je l’ai énormément aimé ! Un livre qui sort des sentiers battus en quelque sorte ! :D

  2. Lecture prévue bien sûr, mais je dois d’abord lire son livre sur le pont ! Je prends du retard !

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