La biche ne se montre pas au chasseur, Eloïse Lièvre


Jeune mariée, la narratrice sent naître le désir d’enfant. Avec son époux, ils choisissent une date symbolique pour le concevoir. Dans leurs parcours respectifs, tout a toujours fonctionné, ils ont toujours obtenu ce qu’ils souhaitaient. Mais pour une fois, ça coince. La volonté n’est pas tout.

« Si nous avions réussi dès le premier essai, j’aurais exulté […] Si le miracle avait eu lieu aussitôt, nous prenant de court, déboussolés, nous aurions basculé dans cette peur géante avec une insouciance elle-même effroyable, nous n’aurions pas eu le temps de voir venir, pas le temps des questions obligées des personnes responsables, de nous demander si l’on faisait bien, si c’était le moment, si, finalement, c’était une bonne idée. » (page 17)

 

Commence alors pour la narratrice « cette attente d’avant la vraie, qu’on ne nomme pas, qui n’existe pas » (page 28), matinée de petites jalousies du quotidien envers ses amies mères, et envers toutes celles qui arborent leur progéniture en étendard comme pour mieux démontrer l’incapacité de la narratrice à procréer ; alourdie du poids sans cesse croissant de la pression collective, ou de ce que la narratrice croit en percevoir et qui rejaillit sur son mental (« Dans les tenailles de l’attente, je ne me reconnais plus non plus, je ne suis que la moitié d’une femme. », page 34) ; jalonnée de rendez-vous médicaux, plus désagréables et intrusifs les uns que les autres.

Ces rendez-vous amènent à une conclusion terrible : tout va bien. Chez monsieur comme chez madame. Et c’est presque pire que s’il y avait un problème avéré.

 

Dans « La biche ne se montre pas au chasseur », Eloïse Lièvre interroge sur les raisons qui font que l’enfant ne vient pas alors que tout, dans le corps, semble le permettre. Elle fouille dans les souvenirs enfouis pour ressortir celui qui, bien caché, parce que bien caché, empêche l’accomplissement du désir.

Par le prisme d’une trajectoire personnelle, c’est une histoire universelle et banale, douloureuse et silencieuse qui se déroule.

« Ne plus y penser. Penser à ne plus y penser. Penser que l’on pense à ne plus y penser. » (page 92)

 

La biche ne se montre pas au chasseur, elle se montre au promeneur. Mais peut-on jamais revêtir le costume du promeneur quand on a une fois passé celui du chasseur ?

 

Dans un style inimitable, les phrases d’Eloïse Lièvre s’étirent comme de longs rubans dont les morceaux étincellent de reflets changeants. Il y a un monde entier, parfois plusieurs, dans ces plis et ces replis.

Premier roman tout en sincérité et, finalement, en pudeur, « La biche ne se montre pas au chasseur » réussit la prouesse de constituer un texte coulant et très accessible sur un sujet a priori délicat, sinon difficile, et peu présent dans la littérature. 

Une découverte doublement prometteuse.

 

Ce roman a été sélectionné par l’Opération Manuscrits 2009 de la revue Technikart. Il faisait partie des 4 finalistes présentés au Salon du livre de Paris en mars 2009.

 

J’aurai le plaisir d’animer la rencontre avec Eloïse Lièvre organisée autour de ce roman le mercredi 21 mars prochain de 20h à 22h à la librairie Le Comptoir des mots, 239 rue des Pyrénées, 75020 Paris.

Ce rendez-vous est ouvert à tous, avec possibilité de s’inscrire préalablement sur la page Facebook.

 


One comment on “La biche ne se montre pas au chasseur, Eloïse Lièvre

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