La quatrième de couverture de ce court roman intrigue : « J’ai 12 ans et ce soir je serai morte. »
Et puis, dès la première page, on est happé par l’écriture de Michèle Halberstadt, douce et féroce à la fois, qui nous plonge dans la spirale du silence et du désamour dont peut souffrir une enfant à la veille de l’adolescence, avec ici pour décor la France des années 60.
Comment en vient-on à envisager la mort à l’âge où tout est possible ? Comment arrive-t-on à préférer disparaître quand la vie n’est que promesses ? Tout se joue à rien, un rien à peine palpable, un rien tu, un secret dont la douleur prend une dimension inversement proportionnelle aux années de celle qui le possède.
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« A quoi bon vivre quand on craint à ce point d’être soi-même ?
J’avais peur de tout. Des baisers des garçons, du jugement de ma tante, du rire de ma sœur, du regard de ma mère.
Il n’y avait qu’avec mon grand-père que je n’avais peur de rien.
Ce soir-là, en éteignant la lumière, j’ai pensé pour la première fois qu’il serait doux de le rejoindre. » (page 92)
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Avec grâce, légèreté, justesse, Michèle Halberstadt met des mots sur ces troubles de jeunesse dont chacun est persuadé qu’il est seul à les connaître. Elle ne propose pas de solutions – il n’y en a pas, sans doute – mais dépeint à merveille cette incompréhension entre générations, mineure d’abord, qui s’engouffre dans la brèche du silence et de l’enfermement sur soi, avant de prendre toute la place ; et l’auteur parachève son tableau avec un lumineux espoir.
Les mots pour les maux, l’on y est habitué, mais rarement de si belle façon.
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(Et, au détour d’une phrase, l’auteur me permet de comprendre, enfin, pourquoi je n’ai jamais aimé certaines littératures :
« J’arpentais les allées de la bibliothèque municipale et piochais indifféremment dans les rayons, quelles que soient les catégories. Je ne boudais que la science-fiction. J’avais trop de comptes à régler avec le présent pour m’intéresser tant soit peu au futur. » (page 111)
Cette chronique est également parue sur le site La Cause littéraire.
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Je ne la connais pas. Le thème du secret hante la littérature.Tout advient par le verbe, la caharsis de l’écriture.
janvier 1st, 2012
Reply to “La petite, Michèle Halberstadt”