La part de l’homme, Kari Hotakainen


 

« L’écrivain n’existe qu’à travers ses livres. » (page 155)

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Parce qu’il a l’impression de ne plus exister, alors même qu’il en a désespérément besoin, l’écrivain imaginé par le Finlandais Kari Hotakainen propose un étrange marché, dans cette foire du livre où il la rencontre, à Salme, âgée de 80 ans, dont l’activité, lorsqu’elle travaillait encore, consistait à vendre des boutons.

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Quatrième de couverture :

7000 euros, c’est le prix auquel Salme Malmikunnas a vendu sa vie à un écrivain pour son nouveau roman. Salme, une ancienne mercière à la retraite, se confie : le mutisme de son mari, le malheur de l’une de ses filles, le mariage de sa cadette, les succès commerciaux de son fils…

Mais Salme raconte-t-elle vraiment tout ? Et l’écrivain se contente-t-il de relater son histoire ou prend-il possession de sa vie ?

A travers ce destin touchant, Kari Hotakainen dresse le portrait tout en finesse d’une société finlandaise en proie au doute face aux dérives du libéralisme. Grâce à une belle galerie de personnages, il interroge avec son humour décalé le destin de l’homme moderne.

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L’idée de départ est improbable, comme le sont souvent celles qui font les grands livres – improbable, mais ici fascinante. De son développement, que l’auteur organise autour d’une galerie de personnages qualifiés selon leur rôle à un moment précis de l’intrigue, Kari Hotakainen fait une histoire formidable, une histoire de famille tragique mais riche.

Les antihéros, bourrés de défauts et de traumatismes, évoluent tant bien que mal dans une société qui ne convient jamais, et qu’ils subissent.

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« Qui ne s’est jamais soudain demandé, au milieu d’une fête d’entreprise dont il voulait pourtant être, qu’est-ce que je fais là, d’où sortent tous ces costumes et ces tailleurs pleins de chair tremblotante et gorgée d’eau, d’où viennent ces cliquètements et ces claquètements, de ces verres à cocktails où de cerveaux en ébullition épuisés par un long automne fait de nouvelles idées et rencontres, de rapports, de groupes de travail et de réunions sans fin au cours desquels chacun est sûrement resté au moins une fois, un jour, à fixer un sandwich sans vie abandonné sur un plateau de bois design, sa tranche de jambon s’imbibant des derniers sucs d’une rondelle de poivron ? » (page 55)

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Si rien dans La part de l’homme ne sonne faux, les séquences dans le monde de l’entreprise sont d’une justesse époustouflante.

Et il s’installe, au fil des pages, un suspense jouissif, alimenté par la découverte des secrets des différents protagonistes sans que jamais le fil conducteur ne soit trop loin.

Quant à la révélation du double sens du titre… Elle constitue un moment aussi fort qu’inévitable.

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« Mieux vaut choisir avec soin le drapeau qu’on brandit. Il a intérêt à être assez grand pour servir de tente au besoin. » (page 197)

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Ce roman pose beaucoup de questions sur les rapports aux autres et la force des liens du sang : comment s’accommoder des écarts qui se creusent entre membres d’une même famille ? comment se défaire de l’obligation d’être à la hauteur ? de quelle façon cette obligation nait-elle, si personne d’autre que soi n’en est à l’origine ?

Il interroge également sur le rôle de l’écriture, les libertés que peut prendre l’écrivain avec la réalité, sa responsabilité.

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« L’écrivain rentra chez lui, transcrivit l’enregistrement, relut ses notes et s’attela à bâtir une histoire. Il savait la tâche difficile, mais réalisable. Il incorpora à son récit tout ce qu’il connaissait du monde, ou ne faisait même qu’en pressentir. » (page 154)

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Ce roman est une très belle découverte et un véritable coup de cœur.


7 comments on “La part de l’homme, Kari Hotakainen

  1. Je l’avais noté dans un coin de ma tête embrumé, le voilà remis sur le devant de la scène.

  2. Merci Sophie pour ce clin d’oeil ! Et bravo pour ce blog très riche et plein d’énergie positive.

  3. Pingback: La part de l’homme, Kari Hotakainen | Le spicilège

  4. bonjour sophie,
    j’ai apprécié votre billet sur le livre d’Hotakainen et en ai inclus un lien sur mon blog : http://lespicilege.wordpress.com/2013/08/16/la-part-de-lhomme-kari-hotakainen/
    cordialement,

    • Merci pour ce lien, et je suis heureuse de constater que vous aussi avez aimé ce roman ! (par contre, j’ai une nette préférence pour la couverture du grand format par rapport au poche)

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