Pas son genre, Philippe Vilain


« Le proviseur du lycée Gambetta m’avait permis de regrouper mes cours sur trois jours – du lundi au mercredi- en échange de quoi je devais renoncer aux meilleures terminales, les Scientifiques (S) et les littéraires (L), réservées aux collègues locaux. Me restaient donc les Economiques et Sociales (ES) et les Techniques (STG) : les premiers ne travaillaient pas la philosophie, les seconds la travaillaient trop studieusement ; les premiers, arrogants petits-bourgeois, méprisaient les seconds, enfants des classes laborieuses, qu’ils exploiteraient plus tard, et considéraient que la philosophie ne leur serait d’aucune utilité pour intégrer une école de commerce ; les seconds, sages et appliqués, s’étaient convaincus depuis des générations de prolétariat de leur infériorité sur les premiers et que la philosophie ne leur permettrait pas de restaurer ce sentiment. 

Sans doute l’arrogance est-elle plus ridicule encore lorsqu’elle ne naît pas d’un talent, d’un mérite personnel, mais d’une simple appartenance sociale. » (pages 54-55)

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Le narrateur, jeune professeur de philosophie, Parisien, est envoyé dans un lycée d’Arras. Là, il entame une relation avec une coiffeuse prénommée Jennifer.

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Celle-ci est mère d’un petit Dylan, s’habille vulgairement, n’a pas beaucoup de culture, accumulant les clichés. Le jeune professeur tente de l’élever un peu.

« Malgré moi, je me conduisais avec Jennifer comme avec mes élèves. La même distance s’installait entre nous lorsque je commentais les textes. Mon attitude se raidissait. Ma voix, mon regard se paraient d’un sérieux qui me rendait soudain toute chose lointaine. Il fallait presque que je fasse un effort pour me persuader que j’avais une relation avec elle, Jennifer. » (page 101).

Et nous aussi. Car la froideur du récit, l’intellectualisation des émotions empêchent le lecteur de croire à cette histoire d’amour.

Le narrateur capable de tant de réflexions, sujet à l’introspection et au questionnement permanents, le philosophe, cet homme-là ne peut être le même que celui qui s’entiche de la petite coiffeuse, fut-elle très jolie, fut-elle très drôle – à moins qu’il ne s’agisse d’une expérience.

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« Ce beau monde, ces « gens intéressants » comme elle disait « qui disent des choses simples avec des mots compliqués ». » (page 167)

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Malgré les évidentes qualités littéraires de Pas son genre, qui font que le roman se lit rapidement, non sans un certain plaisir à découvrir au détour des pages ces phrases longues, fascinantes, délectables, l’intrigue, noyée dans l’arrogance du propos, tombe à plat – contrairement à la coiffure aux bigoudis prometteurs de la surcouverture.

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Preuve que la formule qui a fait le succès de Bienvenue chez les Ch’tis, la confrontation de deux mondes, de deux milieux, ne fonctionne pas à tous les coups.


5 Comments, Comment or Ping

  1. marrante

    Même remarque que pour suty ! le problème est que tu ne t’intéresses pas à l’essentiel, l’intelligence du propos, la profondeur… Mais bon tuas plutôt l’air de lire pour te distraire que pour penser. Delacourt c’est marrant, parfois émouvant, mais c’est hyper light. Pas d’écriture, rien. C’est ado quoi ! Enfin chacun son trip amie

    juin 14th, 2011

  2. sophielit

    Vite, donne nous tes conseils de livres pour penser… c’est vrai, élevons le niveau de ce blog !

    juin 14th, 2011

  3. voilamarie

    et moi je trouve que Marrante est hyper légère dans ses commentaires, pour quelqu’un qui se permet de donner des leçons de « profondeurs » elle ferait bien de repenser sa pensée sept fois dans ce qui lui sert de cerveau avant de cracher son aigreur de jalouse sur un blog …remarquable !
    Il est de toutes façons beaucoup plus facile de critiquer que de faire … encore peut on au moins, travailler sa critique pour qu’elle soit constructive !

    je te suggère, Marrante, de réfléchir à cet adage: moins on a de profondeur et plus on l’étale… dis toi alors que Sophie a passé allègrement l’étape de l’étalage…! du coup, la « critique » renseigne beaucoup plus sur l’état d’esprit de son auteur que sur l’intéressée (qui t’es par ailleurs totalement inconnue! je présume…)

    juin 16th, 2011

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