« Toute ma vie, il y a eu un décalage horaire entre papa et nous. Mon père était « primeurs ». »
Entre dérision et nostalgie, cette chronique sociale et familiale est avant tout la radiographie d’une époque. Celle des années 70, période d’insouciance qu’Anthony Palou évoque à travers l’essor et le déclin d’une « dynastie fruitière », qui a fui l’Espagne franquiste pour faire fortune en France avec sa soupe catalane.
Sur un ton à la fois drôle et lucide, l’auteur de « Camille », prix Décembre, exprime avec tendresse la pudeur des déclassés, la fin des illusions et l’apprentissage de la mélancolie.
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Le ton de « Fruits & légumes », roman très court dont la lecture est très facile, est frais comme un panier de saison sur l’étal du maraîcher. Par petits paragraphes, comme en sautillant, l’auteur, journaliste au Figaro, nous emmène à la découverte de son histoire familiale. Cette légèreté permet de tout faire passer, des évènements les plus drôles ou les plus cocasses aux épisodes les plus douloureux.
Toutefois, on survole les personnages plus qu’on n’entre réellement dans leur vérité. Un peu plus de longueur et de densité auraient peut-être permis de leur donner davantage de corps, et de prolonger, voire d’intensifier le plaisir du lecteur.
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« Fruits & légumes », qui figurait sur la première liste du Prix Renaudot 2010, s’est vu décerner le Prix des Deux Magots 2011.
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Extrait :
J’enviais, dans mes rêves, papa. Je l’enviais de traverser la brume jaunâtre de l’aube alors que je m’enfonçais dans mon oreiller en me protégeant de ce froid qu’il devait affronter, bouffées nordiques plus coupantes que le rasoir. Combien de fois, le soir, dès qu’il revenait vers vingt heures, vingt heures trente, n’ai-je pris sa place dans cette 2 CV grise, n’ai-je mimé sa conduite, actionné ce changement de vitesse muni d’une grosse boule noire placé au centre d’un tableau de bord sommaire (un compteur et deux jauges), désiré sentir cette curieuse odeur de gazole, de tabac brun et de fruits frais et parfois, selon les saisons, cet effluve épais de chou-fleur un peu pourri qui suintaient de la tôle gondolée. Banquette en arceaux, ressorts fatigués, toile tendue par des sandows, volant au fin contour, j’engrangeais hardiment des kilomètres et des kilomètres imaginaires, nageant dans le bonheur d’être grand.





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5 Comments, Comment or Ping
J’aime beaucoup ce ton et cette belle écriture. On dirait la chair d’un fruit.
Je vais me procurer le bouquin; Merci.
septembre 9th, 2010
Le sujet m’amuse, mais tu n’as pas l’air enthousiasmée…
septembre 10th, 2010
Je l’ai commencé et je partage le début de ton avis.
Peut-être aboutirais-je à la même conclusion …
Etre sur la liste pour le Renaudot c’est déjà bien.
septembre 10th, 2010
J’ai trouvé ça agréable mais un peu trop léger… du moins, pour laisser un souvenir impérissable (et, peut-être, pour figurer sur la liste du Renaudot…).
septembre 11th, 2010
Reply to “Fruits & légumes, Anthony Palou”