La fortune de Sila, Fabrice Humbert


La fortune de Sila démarre par un prologue très court, mais ô combien efficace : dans le meilleur restaurant parisien, un jeune serveur se fait frapper par un des clients et, dans la salle, personne ne réagit.

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Cette scène réunit, autour de Sila – le serveur -, tous les protagonistes des 300 pages qui suivent. Il y a là Mark Ruffle, l’Américain violent qui veut faire savoir à tous combien il est fort, accompagné de sa femme et de son jeune fils ; Simon et Matthieu, deux jeunes Français que tout oppose, l’introverti et l’extraverti, le solitaire et celui qui n’est heureux qu’entouré de regards rivés sur lui ; Lev et Elena, un couple de Russes à l’idéalisme en déclin – dont l’idéalisme, plutôt, ne signifie plus la même chose pour chacun d’eux.

Pour tous, cette scène marquera sinon un tournant, une étape. Pour tous, l’argent va jouer un rôle important, faisant au passage d’innombrables dommages collatéraux, qu’il soit « dieu-dollar » ou moyen de se sentir exister.

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« Comme il n’avait pas de désir propre, il désirait ce que les autres désiraient : l’argent.  Sous ce mot se cachait une autre vie, un ailleurs indéfinissable mais forcément heureux. » (page 84)

Car plus que l’argent, c’est bien le sentiment d’exister et la volonté avide de reconnaissance qui anime ces héros qui n’ont pas forcément grand-chose d’héroïque.

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C’est l’occasion de rappeler que fortune, (en latin fortuna, de fors, « sort, hasard ») ne signifie richesse que par extension, et n’est à l’origine pas connoté –ni positivement, ni négativement. Aussi, ce qui arrive à Sila surprendra le lecteur jusqu’aux dernières pages…

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Relever le défi du deuxième roman – deuxième dont on parle, dans ce cas-ci, après l’écho retentissant de L’origine de la violence qui, en plus d’avoir une excellente presse, a remporté la première édition du Prix Orange du Livre en 2009 et le Prix Littéraire des Grandes Ecoles en 2010 – n’est pas chose aisée. Fabrice Humbert réussit pourtant la prouesse d’étonner avec quelque chose de très différent. Entre L’origine de la violence et La fortune de Sila, il n’est de commun que la qualité du verbe et la propension à emmener le lecteur loin en termes de lieux, de temps, d’idées.

Donc, j’arrêterai là toute comparaison entre les deux opus.

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« La fortune de Sila » est d’ores et déjà considéré comme l’une des pépites de cette rentrée littéraire (et il faut les trouver, parmi les 701 romans qui sortent). C’est surtout un roman coup de poing, qui, mêlant les perceptions de protagonistes issus de quatre continents distincts, offre une représentation très juste de la vision que chacun se fait de son rêve, des formes qu’il peut prendre et des moyens plus ou moins vils, révélateurs des pires aspects qui font l’homme, qui peuvent être mis en œuvre pour y accéder.

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L’histoire est servie par une plume riche et raffinée qui apporte précision et qualité littéraire tout en restant très accessible. Fabrice Humbert propose un point de vue très arrêté, un portrait très noir du monde de la finance, le lecteur dispose – je ne suis par exemple pas forcément d’accord avec lui, et cela n’a rien enlevé à mon plaisir.

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Décidément, Fabrice Humbert est un grand écrivain.


11 Comments, Comment or Ping

  1. Carole

    Viens de le finir, c’est un bijou de finesse et d’intelligence, si Balzac avait décrit notre société, il aurait sûrement écrit « La fortune de Sila » lui-même…

    septembre 6th, 2010

  2. Un livre que je veux lire ! J’avais adoré L’origine de la violence, que je n’ai d’ailleurs toujorus pas chroniqué…

    septembre 10th, 2010

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