Fenêtres open space, Anne Savelli


Tous les jours, l’auteur fait le même trajet – domicile/travail le matin, travail/domicile le soir. Elle emprunte pour cela la ligne 2 du métro parisien (avec laquelle il se trouve que j’ai certaines affinités). Dans la portion aérienne de son trajet, elle écrit. Dès que le métro rentre sous terre, elle troque son carnet pour un livre. Cette partie à ciel ouverte est très brève : elle ne comporte que quatre arrêts, puis retour à l’obscurité des galeries.

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Derrière la fenêtre du train, Anne Savelli note ce qu’elle voit au travers des fenêtres des immeubles qui longent la voie – ses trajets s’appellent voyages lorsque leur terme n’est pas prévu. Elle note aussi ce qu’elle voit à l’intérieur de la voiture (et si vous, moi étions dans ces pages ?), et ce que l’environnement, le jour ou la météo lui évoque. Il faut aller vite, être efficace.

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Ce petit livre se découpe en semaines, chaque semaine ayant cinq jours de travail. Il y a des coupures, des vacances, des jours fériés ou des retours en arrières qui changent le rythme régulier du trajet. Chaque partie est nécessairement très courte, contrainte d’écriture et de trajet/voyage oblige. « Six mois de moi-même contenus dans dix-huit pages seulement », constate-t-elle (page 36)

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On ne lève pas toujours le nez lorsque l’on prend le métro, même si celui-ci nous fait traverser le paysage urbain. Ici, l’auteur voit, contemple, saisit des bribes de vie, des gestes, des débuts d’habitude. Il y a les fenêtres de bureaux et celles des appartements, les balcons et les magasins, d’autres bâtiments à la nature moins définie. « Le trajet en sens inverse fait à 7h du soir ne révèle plus les mêmes fenêtres. Elles s’aèrent, les pièces prennent du relief et de la couleur » (page 25)

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Si la ligne 2, sur sa longueur, traverse des quartiers aisés comme d’autres plus populaires, la portion aérienne révèle « un côté riche, un côté pauvre » : l’hôpital de Lariboisière, le cirque, le canal d’une part, Tati, les panneaux A vendre, les petits bazars de la Goutte d’or d’autre part. Cette ligne, à la place centrale de « Nation par Barbès » de Cécile Wajsbrot, n’a pas fini d’inspirer les romanciers.

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A la fin de l’ouvrage, un énorme index de 17 pages (pour 60 pages de texte) permet de retrouver tous les sujets abordés classés par thèmes : lieux (des lignes de métro aux villes du monde en passant par les types de fenêtres), périodes, temps qu’il fait, évènements, gens, parties du corps, aliments, actions, rêves et fantasmes, constructions, bruits, odeurs, couleurs, formes, ombres et lumières, dessins/affiches, objets, plantes, animaux, titres, marques, médias.

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« Où est donc la réalité, de quel côté de la vitre ? » (page 38). Dans ce petit livre, tout est affaire de regard.

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Si l’exercice est original, le résultat vaut le voyage. Et il se prolonge sur le blog tout en fenêtres de l’auteur.

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En guise de conclusion, je vous fais partager une phrase qui résonne : « Pas de contrat dans ma boîte aux lettres ce matin / mais je suis écrivain quand même » (page 42)


3 comments on “Fenêtres open space, Anne Savelli

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