5 questions à Carole Fives




Quand nous serons heureux, Carole Fives




Unisexe, Tania de Montaigne


En août 2009, aux Championnats du monde de Berlin, Caster Semenya a fait parler d’elle non pas en remportant la médaille d’or du 800 mètres (1’55’’45’’’), mais juste après. Deux jours plus tard, exactement, lorsque les médecins révèlent – lui révèlent – qu’elle est un homme. Sur le site de la fédération internationale d’athlétisme, l’athlète Sud-africaine de 18 ans est classée parmi les femmes.

De ce fait divers, Tania de Montaigne, journaliste et écrivain, tire une jolie nouvelle. L’héroïne s’appelle C. et sait bien qu’elle a toujours été une fille. Le sujet aurait pu s’avérer dangereux, Tania de Montaigne déroule l’intrigue avec beaucoup de finesse et de précautions. Et qu’importe qu’on connaisse la fin au début pour avoir lu la presse en août dernier.

Qui peut se sentir hermaphrodite ? Qui peut renier son genre non pas par choix, mais sur des considérations scientifiques abstraites ?

Les questions sont posées, et confèrent à l’universel. Le genre humain. Par définition, nous sommes tous concernés.

Avec ce joli texte, Tania de Montaigne redonne un visage humain à un personnage médiatique dont on peut avoir oublié qu’il n’est pas un monstre, mais bien un de nos semblables.

 

Et avec cet ouvrage, les Editions du Moteur changent de format, passant du long (vu avec Bernard, De naissance ou encore La longue nuit d’un repenti) au plus classique, bien que ces bouquins de démarquent toujours (ils sont plus petits que des poche, et le portrait Harcourt de l’auteur figure désormais en couverture). Je ne sais pas ce que je préfère moi, mais en tout cas, ma bibliothèque préfère le nouveau format, car rien ne dépasse !



Tu sais où me trouver




Eric Fottorino reçoit le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 dans la catégorie document pour “L’homme qui m’aimait tout bas”


De ce texte sur son père adoptif écrit juste après le suicide de celui-ci, il ne savait que faire. Il s’en est écoulé 70.000 exemplaires. « Questions à mon père », basé sur une correspondance avec son père biologique, est sorti cette semaine, par un hasard de calendrier qu’on ne peut ignorer.

 

Hier soir, Eric Fottorino, directeur du Monde, a prononcé un discours touchant lorsqu’il a reçu cette récompense qu’il partage avec les siens.

 

« J’écris des romans pour savoir qui je suis », nous avait-il confié dans l’après-midi.



Véronique Ovaldé reçoit le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 dans la catégorie roman pour “Ce que je sais de Vera Candida”


Le discours de Véronique Ovaldé est à l’image de ses textes : simple, sincère, plein d’images et de couleurs.

Il donne envie de relire son roman.

Merci à Sandra du blog In the mood for cinema qui a fait les vidéos repiquées sur YouTube.

Retrouvez le palmarès complet des trois catégories chez Caroline.

Et bientôt, d’autres notes chez Marie-Claire et Flora



La remise du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010


« Tout a commencé en août dernier, lorsque vous m’avez régalée d’un délicieux Paris-Brest. En septembre, j’ai pleuré de bonheur en découvrant Lait noir, et me suis délectée de Ce que je sais de Vera Candida avant que la critique ne l’encense. En octobre, j’ai découvert la Bulgarie de Rouja Lazarova, en novembre, le Mexique d’Hélène Castel. En décembre, Camille de Villeneuve m’a présenté les d’Argentières, et en janvier c’est A. M. Homes qui me faisait entrer dans son cercle familial. J’ai terminé cet improbable parcours au Canada, bercée par la splendide musique de Joseph Boyden. »

 

Dans le cadre très chic des salons France-Amériques, habillé pour l’occasion de rose, a été décerné hier soir le 41ème Grand Prix des Lectrices de ELLE.

 

Véronique Ovaldé remporte le Prix dans la catégorie roman avec Ce que je sais de Vera Candida.

 

Eric Fottorino remporte le Prix dans la catégorie document avec L’homme qui m’aimait tout bas.

 

Jesse Kellerman remporte le Prix dans la catégorie policier avec Les Visages.

La cérémonie, très people, était précédée de discussions plus intimistes entre les jurées et deux des trois lauréats, Véronique Ovaldé et Eric Fottorino.

Ainsi s’achève la belle aventure du Prix ELLE 2010.

Cette expérience est unique. Unique parce que ce jury ne ressemble à aucun autre, unique parce que la sélection de lectures est de très haut niveau, unique parce que je suis la femme ELLE et que, ainsi que je m’en faisais la réflexion hier devant le parterre de femmes petites, grandes, blondes, brunes, minces, rondes, jeunes et moins jeunes, nous sommes toutes la femme ELLE. Les hommes, aussi, sont la femme ELLE. Je ne fais pas là de la pub pour le magazine, il n’en a pas besoin.

Je suis heureuse d’avoir participé à ce prix, heureuse des rencontres qu’il m’a permis de faire. C’est un grand prix, un vrai prix et un prix vrai, un prix qui compte.



5 questions à Antonin Varenne




La vraie vie des jolies filles, Capucine Motte


Camille est montée à la capitale sur les recommandations de sa mère, afin d’y trouver celui avec qui elle pourrait être heureuse. Par « être heureuse », il faut entendre celui qui la mettra à l’abri financièrement, pas nécessairement celui qu’elle aimera d’amour. Camille rencontre Niels, un Américain de dix ans son ainé, héritier d’une grande famille. Elle n’a plus un sou, elle ne veut pas travailler, elle le voit comme sa chance et le suit de l’autre côté de l’Atlantique.

 

Capucine Motte (qui signe ici son premier roman) a l’écriture facile, cela se sent, résultant très certainement d’une bonne éducation, nourrie des références littéraires qu’il faut avoir.

Mais là où l’on attendait une satire sociale, rien ne vient. « Une fable morale », prévient même l’éditeur – je n’ai trouvé ni morale, ni aspects renvoyant à la farce (si : « un premier roman féroce et lucide », voilà ce qui est indiqué en quatrième de couverture… la voilà, la farce !). Certes, il y a bien quelques réflexions de la part de la protagoniste qui ont résonné en moi, aspirations en matière de carrière, d’amour, d’argent. Quelques-unes, seulement. Les autres sont déconnectées des préoccupations de celles qui considèrent que le meilleur moyen de gagner sa vie est de travailler, ou que celui d’aimer est d’écouter son cœur.

 

Dans l’ensemble, ce roman est plat, l’ennui qui est le compagnon d’infortune de la jeune et belle Camille s’avère être également celui du lecteur qui attend que les choses démarrent. En vain. Pourtant, on croit plusieurs fois que cela va se produire, comme lorsque l’héroïne décide, à New York, de rencontrer les écrivains qu’elle aime (elle se contente d’y penser mais n’en fera rien).

Comme la plupart des jolies filles qui peuplent le monde de Camille (de Capucine ?), ce roman est plaisant au premier abord, et finalement sans intérêt.



Septembre en t’attendant, Alissa Torres & Sungyoon Choi


« A quoi aurait ressemblé la maternité sans le veuvage ? »

A cette question, que se pose Alissa Torres en page 153 de cet album autobiographique, il n’y aura pas de réponse : car Alissa a perdu son mari, Luis Torres, dans le drame du 11 septembre, alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant.

Du premier regard échangé avec celui qui deviendra son mari aux premiers pas de son enfant, Alissa déroule son histoire, victime collatérale des attentats sortant ainsi de l’anonymat. Entre les aides plus ou moins généreuses, les cases dans lesquelles rentrer, les incompréhensions auxquelles elle se heurte, de la part des organismes divers mais aussi de ses proches, Alissa doit sans cesse répéter ce qui s’est passé. Impossible de commencer le travail de deuil dans ces conditions. Et les complications surgissent au fur et à mesure, Luis n’est pas né aux Etats-Unis mais en Colombie, il n’a pas signé de contrat de travail en embauchant le 10 septembre 2001 chez Cantor Fitzgerald, une entreprise financière de Manhattan basée dans l’une des tours…

 

La douceur des images et du ton permet de tout raconter. Ce n’est pas drôle, et c’est strictement autobiographique. Trois ans de bonheur sur quelques planches, des mois d’errances, de survie pour l’essentiel de l’album. Luis a choisi de devancer la mort plutôt que de l’attendre, il a sauté dans le vide après l’impact.

Mais ce livre n’est pas lugubre non plus, car il y a l’enfant ; l’espoir est en arrière-plan. Et c’est un prisme de cette page du XXIème siècle auquel on n’est pas forcément habitué.

Différent, perturbant ; une autre réalité.

 

En 1996, Noir Désir chantait comme une étrange prémonition « Septembre en attendant » :

« En septembre, en attendant la suite des carnages il se peut

Qu’arrive la limite

J’y pense encore, j’y pense

Ensemble, maintenant on peut prendre la fuite

Disparus, pfffuit

Avant qu’ils aient fait ouf. »