Mes jurys et moi


En 2009, j’ai fait partie de deux jurys : celui du Prix Carrefour du Premier Roman 2009 (décerné en octobre) et celui du Prix ELLE des Lectrices 2010 (depuis août et toujours en cours).

Pour Carrefour, nous étions 5 lecteurs choisis sur lettre de motivation parmi 50 candidats.

Pour ELLE, nous sommes 120 jurées sur 2000 postulantes, retenues sur dossier (critique, motivation, lectures favorites et fiche d’identité).

 

En 2010, l’aventure ELLE continue jusqu’au mois d’avril. Je fais également partie du comité de présélection du Prix Carrefour du Premier roman. J’ai postulé au Prix des Lecteurs du Livre de Poche, catégorie littérature, mais je n’ai pas été retenue. J’ai également fait acte de candidature pour le Prix Roman France Télévisions et le Prix Orange du livre. Et j’envisage aussi de tenter le jury du prestigieux Prix Inter.

 

Heu… c’est tout ! ;)



Trois femmes puissantes, Marie NDiaye


Les trois femmes puissantes, ce sont Norah, Fanta et Khady Demba.

Norah vient en visite chez son père, laissant compagnon et enfants à Paris, pour découvrir que son frère est en prison. Les journées à proximité de ce père qui n’a jamais eu beaucoup de considération pour elle ravivent des souvenirs lointains, enfouis parce que désagréables.
Khady Demba vit chez ses beaux-parents après la mort de son mari. Mais ceux-ci lui font comprendre qu’elle va devoir partir, et la destination s’avère inaccessible.
Fanta, elle, n’existe que par l’obsession qu’en a son mari (et sa voix, au téléphone). Obsession qu’elle le quitte, qui le fait considérer leur enfant comme seul moyen de la retenir.

Les trois femmes ont chacune droit à une partie du texte. Dès le début du roman, on imagine que l’auteur aura glissé des clins d‘œil qui serviront de ponts entre les histoires – car Khady Demba se trouve bien là, citée une poignée de fois dans la première histoire, domestique du père de Norah. Ensuite Rudy, le mari de Fanta, évoque Dara Salam, le village de vacances construit par le père de Norah.
Mais c’est tout. Il y a des parallélismes, mais rien qui ne permette au lecteur de faire le lien, ni de situer chronologiquement les histoires les unes par rapport aux autres. Ce qui est perturbant –et frustrant.

J’ai aimé les univers dans lesquels évoluent les personnages – et Dakar, et le quartier des Almadies, quel bonheur, que de souvenirs. Le drame que vit Khady Demba est poignant, et particulièrement d’actualité, dévoilant l’autre face d’un phénomène souvent montré par les médias. J’ai moins aimé les frustrations que m’ont causées les intrigues, que je tentais en vain de rapprocher.

Qu’est-ce qui fait qu’un livre mérite le Goncourt ? On sait que les prix littéraires d’automne sont avant tout un échange de bons procédés. On a crié à l’exploit en évoquant le style de Marie NDiaye. C’est naturellement bien écrit, et littéraire. Le rythme fait que l’on veut toujours aller plus avant. Mais pour ma part, j’ai trouvé cela excessif. Les phrases font parfois plus d’une page – oui, Lolita Pille fait ça aussi, dans un style plus haché, il n’empêche – et je me suis prise à penser, plusieurs fois, que Marie NDiaye avait une contrainte en termes d’adjectifs qualificatifs. Il y en a partout, en abondance, qui ne sont pas à chaque fois utiles.

En bref, j’aurais aimé que cette histoire soit servie par un phrasé moins alambiqué, que l’auteur tourne moins autour du pot. Pour moi, ce succès est en demi-teinte.



N’oubliez pas de vivre, Thibaut de Saint Pol


Le narrateur est en classe préparatoire. Internat, course à la performance, compétition malgré la solidarité (et l’inverse), espoirs personnels déçus et déceptions causées aux autres… Avec lucidité et recul sur le monde dans lequel – on imagine – il a évolué juste avant d’écrire ce roman, Thibaut de Saint Pol nous entraîne avec lui. Derrière la façade de l’excellence à tout prix, la réalité est violente. Les rapports humains sont violents. La pression est omniprésente. Il faut être fort pour résister – survivre.

Le narrateur (qui écrit en « vous », j’adore) se lie d’amitié avec Quentin. Mais Quentin, qui n’est là que parce que ses parents l’ont voulu, ne supportera pas le poids de cette pression familiale. Trop lourde pour ses frêles épaules, elle l’emportera.

Le héros devra continuer. Survivre, à son camarade cette fois, pour lui aussi.

Ce roman résonne étrangement. Sûrement parce qu’on a tous, sinon fait une classe préparatoire, au moins eu dans son entourage des amis, de la famille passés par là. Et que, du coup, on comprend un peu mieux.



Le sens de la famille, A. M. Homes


Auteur à succès avec une dizaine de livres publiés outre-Atlantique, A. M. Homes porte le poids d’un secret familial.

A l’heure où elle-même envisage la maternité, le besoin impérieux de connaître et comprendre ses origines se fait sentir, selon cette logique implacable qui veut que l’on a besoin de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va – ou simplement pour avancer.

Alors l’auteur part à la recherche de son passé. Et il n’est pas simple. Elle est la fille adoptive d’un couple d’universitaires juifs qui ont perdu un fils – que A. M. Homes viendra « remplacer » quelques mois après sa mort. Sa mère biologique l’a conçue à 22 ans avec son employeur, bien plus âgé qu’elle, marié et père de famille, dont la femme est d’ailleurs enceinte au même moment. Cela en fait, des fils à démêler puis à tirer, des arbres généalogiques à bâtir et à croiser.

A. M. Homes, à qui ses parents n’ont pas caché son adoption, entre en contact avec sa mère puis avec son père biologiques. Surprises et déconvenues sont au rendez-vous, avec de multiples rebondissements sur les dix années qui suivront.

Les premiers contacts avec ses parents biologiques coïncidant avec les premiers succès littéraires de l’auteur dont la presse se fait l’écho, celle-ci ne pourra s’empêcher de se demander si leur promptitude à se manifester aurait été la même si elle avait été une parfaite anonyme.

Dans un style fluide et très agréable, A.M. Homes nous entraîne avec elle sur les traces de ses ascendants. Aux recherches historiques et généalogiques se mêlent les comportements présents – et changeants !-des protagonistes qui viennent perturber celles-ci. On est emporté, qu’on le veuille ou non, et on regrette avec la narratrice la lâcheté du genre humain. Moi qui n’aime pas particulièrement les objets-livres que publie Actes Sud (que je trouve trop hauts ou, au choix, pas assez larges, bref, d’une prise en main peu agréable), j’ai adoré celui-là, égayé de quelques photos qui ne sont pas superflues. Il m’a donné envie de découvrir A.M. Homes non plus autobiographe, mais bien auteur.



J’aurais adoré être ethnologue, Margaux Motin


On aurait adoré que Margaux Motin soit ethnologue. Parce qu’avec son œil malin et son trait de crayon incroyable, ça aurait donné quelque chose de sympa. Bon, elle est dessinatrice, on ne va pas s’en plaindre. Dans cet album, elle croque sa vie à elle, son shopping et son addiction à la mode, son occupation de bloggeuse, sa mère, ses copines, son homme et sa petite poupette… J’adore ses illustrations : les postures, les mimiques, tout cela est si juste… Quand aux saynètes, elles mélangent humour et tendresse, avec soit l’envie de plonger dans le petit monde de Margaux, soit le sentiment qu’elle s’est inspirée de notre vie à nous


Tout l’univers de Margaux Motin (qui est aussi l’illustratrice de la série des Pintades) est sur son génial blog dont est issue la plupart des planches de l’album.



84, Charing Cross Road, Helene Hanff




Goncourt du premier roman


Le prix Goncourt du premier roman sera décerné le 2 février prochain, dans quinze jours tout pile.

Depuis mardi dernier, la liste des sélectionnés est affichée sur le site de l’Académie :

Laurent Binet « HHhH » (Grasset)

David Boratav « Murmures à Beyoglu » (Gallimard)

Natacha Cucheval « Un sentiment » (Fayard)

Marie Delos « L’Immédiat »(Seuil)

Olivia Elkhaim « Les Graffitis de Chambord » (Grasset)

Elisabeth Filhol « La Centrale »  (P.O.L)

Elsa Fottorino « Mes petites morts » (Flammarion)

Marie Le Gall « La peine du menuisier » (Phébus)

Vincent Message « Les Veilleurs » (Seuil)

Etienne de Montety « L’Article de la mort »  (Gallimard)

Camille de Villeneuve « Les Insomniaques » (Philippe Rey)
 

Je donne sans hésiter ma voix à Camille de Villeneuve



Les heures souterraines, Delphine de Vigan


La ville peut détruire, l’entreprise peut détruire.

Parce qu’elle a osé contredire le directeur marketing en réunion, Mathilde, son adjointe depuis huit ans, entame une dégringolade sans fin. Jacques lui retire une à une chacune des responsabilités qu’il lui avait confiées, l’exclut des réunions d’équipes, la coupe de toute information. Un lundi matin, Mathilde trouve à sa place une stagiaire, et on lui indique que son bureau est désormais une pièce mitoyenne des toilettes pour hommes, sans fenêtre ni ordinateur. Elle n’en dort plus, elle cherche à comprendre pourquoi malgré l’impossible dialogue avec son supérieur hiérarchique qui a juré sa perte.

L’entreprise peut détruire.

Thibault, lui, est médecin d’urgence, il enchaîne les visites à domicile. Il est confronté à la solitude de ceux qui l’appellent avant tout pour rompre l’isolement, derrière les façades parisiennes.

La ville peut détruire.

Mathilde et Thibault se croiseront sans se voir dans le métro, lieu d’anonymat par excellence.

Dans un style neutre qui donne un tour très détaché à la narration, Delphine de Vigan parle de sujets graves dont on sait qu’ils peuvent toucher n’importe qui. Elle dépeint à merveille cette incapacité à avouer, cette culpabilisation rendue possible par les méchants qui, bien déguisés, peuplent la vie en général, et sa reproduction à l’échelle de l’entreprise en particulier. Je me serais pour ma part contentée de l’histoire de Mathilde, que j’avais plaisir à retrouver à chaque chapitre, tandis que les parties sur Thibault m’ont moins plu – même si elles permettent de mettre en avant plusieurs données d’importance (l’isolement global, la course à la réussite, la disparition progressive de la notion de prendre le temps) et de faire des Heures souterraines un roman qui ne traite pas que du monde du travail.

Avalé en trois soirs, ce texte, finaliste du Goncourt 2009 et Prix découvert du Figaro 2009, est ma première très bonne surprise de 2010.



Les 3 premiers livres ELLE de 2010


… étaient dans ma boîte aux lettres ce jeudi. 


 

Le roman est « Le testament caché » de Sebastian Barry aux Editions Joëlle Losfeld, dont j’aime beaucoup les objets livres ;
le polar, « Les Visages » de Jesse Kellerman (Sonatine), dont les presque 500 pages ne me font même pas peur ;

le document enfin, « Le sens de la famille », roman familial/autobiographie de l’écrivain A.M Homes paru chez Actes Sud, par lequel j’attaque cette sélection de janvier.


 

Rendez-vous prochainement ici pour mes commentaires ! 

 



Sauver sa peau, Lisa Gardner


Celle qui doit sauver sa peau, c’est Annabelle Granger. Trentenaire qui a passé son enfance à fuir, avec ses parents, et à changer d’identité, elle tente de se construire avec l’absence parentale et l’incompréhension de ce que la famille a fui ainsi.
Un jour, sur le site de l’ancien hôpital psychiatrique de boston, une chambre souterraine est découverte. Elle contient six cadavres de petites filles momifiées, et l’une d’elle, identifiée grâce à son médaillon, est… Annabelle Granger.
Dès lors, tout s’accélère. Annabelle va trouver la police, et ensemble, pour des raisons différentes, ils tentent d’élucider se premier mystère. Ils vont surtout très vite s’apercevoir que la menace plane encore, plus proche que jamais…

Je me suis fait avoir. Tout de suite, avant la fin du premier chapitre je crois. J’ai été happée par l’intrigue, et en connaître le dénouement est devenu la chose la plus importante. Normal, j’imagine, pour un roman classé « spécial suspense », très bien vendu aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne…
Il n’y a pas de mauvais flic, on sait tout de suite qui sont les gentils et qui sont les méchants, et on ne revient pas là-dessus. Ce qui en fait un texte facile à appréhender, d’autant plus qu’il est écrit dans un style familier courant chez les auteurs de romans policiers, mais qui passe ici mieux qu’ailleurs. Qui se dévore, donc.
Il n’empêche, à partir du deuxième tiers, je déconseille de le lire juste avant de s’endormir…