Le joueur d’échecs, Stefan Zweig


Ce roman est si court que certains considèrent qu’il s’agit d’une nouvelle.

Avec une construction parfaitement maitrisée, il met en scène deux joueurs d’échecs qui vont s’affronter en mer, à bord d’un paquebot à destination de l’Argentine. Il y a le champion en titre, dont la réputation – mondiale – n’est plus à faire, et le challenger, un Autrichien qui n’a jamais joué mais à profité de son incarcération pendant la répression nazie pour apprendre tactiques et stratégies de ce jeu grâce au seul livre à sa disposition – un manuel d’échecs. Ce dernier, averti de la présence du premier, fait en sorte d’attirer son attention en battant d’abord d’autres joueurs présents sur le navire.

Le challenger a étudié chacune des parties qui figuraient dans son livre ; il les connaît par cœur. Cette connaissance va lui permettre d’affronter le champion du monde. Mais la schizophrénie à laquelle était en proie l’Autrichien dans sa geôle le guette à nouveau, réveillée par les parties d’échecs…

Ce roman publié en 1943, l’année qui suivit la mort de Stefan Zweig, est du grand art, à l’intrigue finement ciselée.
Et encore meilleur si on le déguste en allemand.



Quand je serai danseur, Cartouche


Cartouche, c’est le nom de scène de l’humoriste Farid Bendjafar. Aller voir l’un de ses spectacles, c’est passer un bon moment, rire et se laisser entrainer dans un univers tendre mais jamais sarcastique.

Mais avant de faire le comique, Cartouche a fait de la danse. Marie-Claude Pietragalla, qui préface cet ouvrage, a d’ailleurs chorégraphié son spectacle de 2003.

Dans ce livre, Cartouche revient sur son enfance et le début de sa carrière sur les planches. A l’image de ses spectacles, c’est léger et ça ne laisse pas un souvenir impérissable. Ca frôle même parfois le gnangnan, et, comme beaucoup d’autobiographies d’artistes, le texte fait ressortir un égo surdimensionné et surtout insiste en permanence sur le fait que le succès était mérité / inévitable vu la somme de travail abattue / une juste revanche sur la vie…

Donc ce n’est pas de la littérature, vraiment pas, mais cela apporte un éclairage post-spectacle intéressant sur le personnage de Cartouche, très nature au demeurant.

http://www.cartouche-lesite.com/



Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde




Joséphine 2 – même pas mal, Pénélope Bagieu




211 idées pour devenir une fille brillante, Bunty Cutler


Voici un livre à ne pas prendre au sérieux, mais à garder sous la main. Il regorge de conseils et de trucs surprenants sur tous les aspects de la vie quotidienne d’une fille et toutes celles qu’une fille se doit d’être, à savoir :

– La reine de la cuisine (comment faire cuire un œuf comme une pro, comment cuisiner avec des fleurs comestibles, comment faire un véritable et majestueux glaçage royal…)
– La maîtresse de maison accomplie (comment baratter du beurre, comment utiliser au mieux le placard sous l’escalier, comment faire une lampe avec une bouteille et des coquillages, comment faire comme si vous saviez de quoi vous parlez chez le boucher…)
– L’hôtesse parfaite (comment recevoir comme une ambassadrice, comment danser avec un homme plus petit que soi, comment établir les règles d’usage de la lunette des toilettes dans une colocation, comment faire passer un plat tout préparé pour un plat maison, comment descendre un escalier avec des talons aiguilles, comment péter avec grâce et élégance à une réception chez l’ambassadeur…)
– La vilaine fille (comment faire claquer un fouet, comment raser un homme, comment faire un striptease, comment refuser une demande en mariage à la noix…)

 

Bunty Cutler s’est inspirée de la version masculine de l’ouvrage, écrite par son frère Tom Cutler (211 idées pour devenir un garçon génial), pour concocter ce livre. On l’a compris, le ton est décalé et le second degré est indispensable pour comprendre « comment faire ses bagages pour les vacances sans partir avec plus de cinq grosses valises » ou « comment lire une carte au cours d’un trajet en voiture »). Epilation, connaissance des fleurs sauvages, coiffures maison, confection du panier pour le pique-nique, gestion des araignées trouvée dans la baignoire ou du pneu crevé, aucun thème n’est laissé de côté.

 

Je vous laisse juger de la qualité des conseils avec l’exemple de la méthode pour « perdre trois kilos en trois heures » en prévision de l’épreuve de la balance : sauna, diurétiques, coupage de cheveux (voire rasage de tête selon le niveau choisi) et d’ongles, don du sang, épilation intégrale, gommage, mouchage, démaquillage, crachats…
Même la biographie (enfin, la non-biographie) de l’auteur en ouverture est décalée.
Ce bouquin a une apparence de vieux grimoire. La couverture faussement racornie, les illustrations et les polices de caractère utilisées vont dans ce sens.
C’est un livre à avoir, et à offrir.



Lait noir, Elif Shafak


Cela fait bien longtemps que je n’avais pas autant aimé un livre. Auteur turque reconnue dans son pays et de par le monde, Elif Shafak pose – et se pose – la question de la compatibilité de la maternité avec l’écriture.
Ayant conclu que l’une ne peut se faire au détriment de l’autre, elle décide de faire un choix. Pour elle, ce sera l’écriture. Mais voilà, alors qu’elle est âgée de 35 ans, elle rencontre un homme, se marie et tombe enceinte.

Ce récit autobiographique, très personnel, fait intervenir de nombreuses références, cite de nombreux exemples de femmes écrivains, mettant en parallèle leur vie et leur œuvre. Malgré cela, le ton est léger, car Elif est accompagnée dans ses réflexions par ses voix intérieures, aussi contradictoires que complémentaires, qui prennent la forme de mini-femmes hautes de 12 centimètres : il y a Miss Esprit Pratique, Miss Ego Ambition, Dame Derviche, Miss Cynique Intello, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté.

Est-ce parce que je me sens particulièrement concernée par le sujet abordé que j’ai adoré ce beau livre ? Est-ce parce qu’il mêle références classiques et données sociales très modernes ? Il faudrait que vous le lisiez pour que vous me disiez quels sentiments il éveille en vous.

Moi, en tout cas, il m’a donné envie de découvrir ou redécouvrir les illustres auteurs qui sont citées, de lire toute l’œuvre d’Elif Shafak dont j’ai admiré le verbe, d’offrir ce livre à mes amies et d’écrire, toujours et encore plus.



Mille jours à Venise, Marlena da Blasi


Ce livre est le récit d’une rupture. Douce, certes, mais une rupture quand même.

Marlena da Blasi, chef et cuisine gastronomique, possède une belle maison et un restaurant aux Etats-Unis, à Saint-Louis. Envoyée à Venise pour écrire un article, elle rencontre Fernando, « bel étranger aux yeux couleur myrtille ». Ils se revoient chaque jour jusqu’au départ de Marlena puis, à peine celle-ci est-elle rentrée chez elle que Fernando la rejoint. Ils décident que Marlena va vendre maison et restaurant pour rejoindre Fernando en Italie, et qu’ils vont se marier.

Entièrement autobiographique, cette histoire parle du départ de Marlena et surtout de sa rencontre avec Venise, en tant qu’habitante cette fois-ci – ce qui change tout. Elle raconte avec poésie la façon dont elle apprivoise la ville – à moins que ce ne soit la ville qui l’apprivoise. Son récit est égayé des couleurs et des saveurs qui font l’Italie ; les phrases sont belles, les dialogues travaillés, on sent qu’on a affaire à une femme sensible et observatrice, cuisinière et décoratrice par goût. On s’y croirait.

On s’attache vite à ces personnages que l’on pense anodins au début – la narratrice, le bel étranger et tous ceux qui gravitent autour d’eux. Et on regrette de devoir les quitter.

Pour faire durer le plaisir, Marlena termine l’ouvrage par quelques unes de ses meilleures recettes évoquées dans le récit. Rien qu’à les lire, on a l’eau à la bouche.

Ce livre nous donne envie de (re)découvrir Venise, l’Italie, et le plaisir de bien manger. Il se dévore.



En lice pour le Goncourt 2009…


Non pas que j’attende spécialement ce prix chaque année. D’ailleurs, à y regarder de plus près, je n’ai lu que trois ouvrages primés : L’Amant de Marguerite Duras (1984), Texaco de Patrick Chamoiseau (1992), Trois jours chez ma mère de François Weyergans, (2005) – et à peine mieux parmi les lauréats du Goncourt des lycéens.
Ce qu’il y a, c’est que dans la sélection rendue publique le 15 septembre dernier, deux bouquins que ELLE m’a envoyés pour le Prix des Lectrices 2010 : les textes de Véronique Ovaldé et d’Eric Fottorino.

Voici la sélection complète :

– Edem Awumey «Les pieds sales», Seuil

– Sorj Chalandon «La légende de nos pères», Grasset

– Daniel Cordier «Alias Caracalla», Gallimard

– David Foenkinos «La Délicatesse», Gallimard

Eric Fottorino «L’homme qui m’aimait tout bas», Gallimard

– Jean-Michel Guenassia «Le club des incorrigibles optimistes», Albin Michel

– Yannick Haenel «Jan Karsky», Gallimard

Justine Lévy «Mauvaise fille», Stock

– Laurent Mauvignier «Des hommes», Minuit

– Serge Mestre «La lumière et l’oubli», Denoël

– Marie Ndiaye «Trois femmes puissantes», Gallimard

Véronique Ovaldé «Ce que je sais de Vera Candida», L’Olivier

– Jean-Philippe Toussaint «La vérité sur Marie», Minuit

Delphine de Vigan «Les heures souterraines», JC Lattès

Alors il est possible que le 2 novembre prochain, je sois particulièrement attentive au résultat qui sera proclamé à 12h45 chez Drouant…



Libre comme un poney sauvage, Lisa Mandel


Lisa Mandel est une bloggeuse. Libre comme un poney est le nom (enfin, l’ancien nom si j’ai bien suivi) de son blog, mais aussi d’un petit livre paru chez Shampoing, qui reprend les posts de Lisa de la période aout 2005-mars 2006, au cours de laquelle
la Marseillaise effectue notamment un voyage en Argentine. Si chaque planche est tour à tour drôle, tendre ou émouvante, l’ensemble manque de cohérence. On ne rit pas vraiment, on sourit. Et on se dit que ces bouts de blog auraient dû rester des bouts de blog, Point.



La plaisanterie, Milan Kundera


La plaisanterie, c’est celle anodine d’un étudiant amoureux, une carte postale rédigée à la hâte, qui va déterminer la destinée toute entière de Ludvik. Une deuxième plaisanterie, trente ans plus tard, viendra boucler la boucle.

Dans la Tchécoslovaquie de l’Après-guerre, Ludvik est un étudiant communiste engagé. Ambitieux et promis à un bel avenir au sein du Parti, il va s’en retrouver exclu, de même qu’il sera prié de quitter l’université après un vote à main levée ou il fait, à sa grande honte et à son désespoir, l’unanimité.

Débute alors la chute de Ludvik. Il est trop tard, il ne peut revenir en arrière.

 

Tournant autour de grands thèmes tels que la complexité des rapports humains et notamment amoureux ou l’irréversibilité des actes, thèmes récurrents chez Kundera, La plaisanterie est aussi une critique du système stalinien, dont la parution en France a eu lieu au moment de la répression soviétique (1968).

Ecrit en 1967 par le tchèque Milan Kundera, ce roman n’est pas un livre facile d’accès.

Pourtant, sa construction polyphonique en sept parties orientées autour de quatre personnages est intéressante, et sa portée philosophique va au-delà de l’histoire de Ludvik. La trame est universelle, nous sommes tous concernés.

Un peu de courage donc : ça vaut le coup.