Mort aux cons, Carl Aderhold


Un homme sans histoire tue un jour son voisin, trop bruyant. Loin de penser qu’il a commis un meurtre, il considère cela comme naturel – le voisin était un con. Notre héros, après avoir récidivé, se sent investi d’une mission : nettoyer le monde (du moins, son proche environnement dans un premier temps) des cons qui le polluent.
Au gré de ses aventures, il en abat 140, dont son épouse. Il est parfois pris de remords (le défunt con ne l’a-t-il pas été que de façon passagère ?) et élabore une théorie sur le sujet. Il cartographie les cons, fait des typologies, des catégories, affine toujours davantage sa réflexion.
Mais on est tous le con de quelqu’un, et si notre l’homme croyait l’avoir bien compris, il va se retrouver pris au piège de sa théorie.
C’est drôle et mordant ; plus encore que l’histoire en elle-même, ce sont les réflexions pleines d’ironie du héros sur la nature humaine qui sont particulièrement délectables.
Ce roman a reçu le Prix des lecteurs 2009 du Livre de Poche.



Les médias et l’humanitaire, Rony Brauman et René Backmann


J’ai découvert cet ouvrage dans le cadre de recherches pour mon mémoire « Les ONG et la communication : éthique et efficacité » écrit en 2005. La communication des Organisations Non Gouvernementales, ou le fait de dépenser de l’argent pour en récolter – qui pour moi constitue le paradoxe de l’humanitaire -, m’a toujours intrigué. J’ai démarré mon étude sur le sujet du Darfour ; à mi-chemin de l’écriture, le mortel tsunami d’Asie de Noël 2004 a rajouté à cela l’évidence que, dans cette communication ainsi qu’au travers des médias, toutes les catastrophes humanitaires ne sont pas logées à la même enseigne. Les dons aux victimes du tsunami, trop nombreux, ont d’ailleurs fait l’objet de vives polémiques.Mes travaux sur ce sujet sensible m’ont permis de constater que l’humanitaire fait recette, et que, grâce à la mondialisation, les organisations humanitaires bénéficient de moyens médiatiques et de communication d’une ampleur encore jamais égalée, toujours plus professionnels. Les contextes d’intervention des ONG sont de moins en moins mis en avant, supplantés par la compassion et l’émotion, beaucoup plus « vendeuses. L’analyse divise, tandis que les épanchements rassemblent. Entre l’instrumentalisation des ONG par les politiques et les gouvernements, les liens parfois ambigus qu’elles tissent avec les entreprises et les médias, et plus généralement, la transformation d’une partie du secteur associatif humanitaire en de grandes structures organisées à la manière de sociétés privées, il y a de quoi en perdre son latin… ou son éthique. 

Le sous-titre du livre présenté ici est « Ethique de l’information ou charité-spectacle ». Rony Brauman, qui a présidé Médecins Sans Frontières (1982-1994) et René Backmann, journaliste au Nouvel Obs, également engagé chez MSF, signent chacun un texte sur les dangers et les apports de la médiatisation des situations d’extrême urgence humanitaire : « La pitié dangereuse », par Brauman, et « La plume dans la plaie », par Backmann, qui dresse aussi un état des lieux comparant crises médiatisées et crises cachées. Tous deux déplorent « la substitution récurrente de l’émotion à l’explication, de l’explication à la compassion, de la pitié à l’exigence de justice, de la communication à l’information, de la sensation au sens. ». A méditer.



Les enfants du plastique, Thomas Clément


En 2010, Franck Matalo est le PDG d’Unique Musique France. Lassé de l’univers ultraformaté dans lequel il évolue – qui n’a plus grand-chose de musical -, il décide de lancer un groupe improbable et vulgaire nommé Intestin pour plomber la maison qu’il dirige. Sauf que le public est au rendez-vous, et, de disques en concerts, Intestin devient incontournable. A cela s’ajoute la personnalité complexe et torturée de Franck Matalo, dont la fille est morte quelques années plus tôt, et dont les relations conjugales ne sont plus ce qu’elles étaient, virant même à l’absence totale de communication.

Satire d’une industrie musicale overmarketée, ce roman se lit d’une traite.

Un avant-goût est disponible au téléchargement sur le blog de Thomas : http://clement.blogs.com/thomas_clment/2006/08/lire_un_bout_de.html



Le prochain truc sur ma liste, Jill Smolinski


June raccompagne d’une réunion Weight Watchers une jeune femme, Marissa, qu’elle connaît à peine ; elles ont un accident, et la jeune femme décède. Dans ses affaires, June trouve une liste de « 20 choses à faire avant mon vingt-cinquième anniversaire ». Marissa aurait eu 25 ans quelques mois plus tard… Rongée par la culpabilité, June décide d’accomplir ces actions, à la mémoire de la défunte. Cela va des petits défis aux exploits sportifs, en passant par des missions de grande ampleur (comme changer l’existence d’une personne), et d’autres points qu’il faut avant tout décoder.
Certes, ce roman vise un lectorat exclusivement féminin, certes, certains événements sont prévisibles, mais l’histoire fait vraiment sourire, les personnages sont attachants et le tout réserve de bonnes surprises, s’avérant parfois moins léger qu’il n’y parait.
C’est de la chick litt, mais de temps à autre ça ne fait pas de mal, notamment en vacances !



Cul-de-sac, Douglas Kennedy


Douglas Kennedy a écrit depuis ce premier livre des romans très différents, j’en parlerai à l’occasion.
Celui-ci est à part, c’est un policier, ce n’est pas forcément ma tasse de thé a priori mais je n’ai pas pu lâcher ce bouquin à partir du moment où j’ai lu la première ligne.
Nick est un journaliste américain en voyage en Australie. Il y fait une rencontre qui va bouleverser le cours de son périple : il se retrouve marié de force et cloîtré par la famille de sa nouvelle épouse dans une ville qui ne figure sur aucune carte. Il va tout faire pour échapper à ce piège incroyable…
Ce roman noir est à la fois drôle et terrifiant. Il se dévore…

NB : suite à une histoire de perte de droits, Cul-de-sac (Gallimard et Folio policier) est désormais introuvable. La nouvelle édition se nomme Piège nuptial, c’est aussi une nouvelle traduction, éditée chez Belfond.

 

piège nuptial



Joséphine, Pénélope Bagieu


Qui ne connaît pas encore Joséphine ? C’est encore l’œuvre de Pénélope. Chaque fille a du Joséphine en elle, elle en a eu, elle en aura. Joséphine est dans la tranche 25-30 ans, elle est célibataire, urbaine, perpétuellement amoureuse, elle fait un travail intellectuel et sa vie est remplie de petits tracas dont elle fait toute une histoire – pour notre bonheur.
C’est un très bel album, et de nombreux inédits circulent sur le net.
Quelques planches de notre artiste en avant-goût.



L’erreur est humaine, Woody Allen




Moi Charlotte Simmons, Tom Wolfe


Charlotte Simmons, pauvre petite provinciale perdue, débarque à la Dupont University, l’université la plus prestigieuse. Charlotte est sérieuse, naïve, crédule. Elle n’en est que plus surprise de découvrir les beuveries, la débauche organisée et les soirées où tout le monde couche avec tout le monde. Sa colocataire Beverly participe à cette vie-là – c’est une anti-Charlotte – tandis que l’héroïne n’en est que la spectatrice, à la fois fascinée et effrayée.
Entre un basketteur blanc perdu dans une équipe toute noire, un bellâtre trop beau pour être honnête, un apprenti journaliste qui se rêve en figure intellectuel de la fac et un gouverneur qui fait des choses obscures sur le campus, Charlotte apprend peu à peu la vie.
C’est un roman d’apprentissage et de désillusions, une sorte de mode d’emploi de la (sur)vie étudiante de l’autre côté de l’Atlantique que devrait obligatoirement lire chaque élève de terminale.
Les 1008 pages du format poche peuvent effrayer, mais avec Tom Wolfe on ne s’ennuie pas une seconde.



De l’autre côté de l’été, Audrey Diwan


Deux romans du même auteur en moins de vingt posts, est-ce le signe que je suis fan ? Quoi qu’il en soit, Audrey Diwan n’en a écrit que deux pour l’instant.
Celui-ci raconte comment une femme de 59 ans que son mari vient de quitter décide de s’offrir la compagnie d’un jeune homme pour un an. Le marché est le suivant : il passera toutes ses nuits avec elle et touchera une importante somme d’argent en fin de course. Il accepte et sa présence réveille en son hôte des sensations oubliées, fait vibrer des cordes qu’elle croyait cassées, révèle une personnalité qui hésite entre la bonne éducation et l’envie de se laisser aller.
J’aime l’écriture d’Audrey Diwan ; j’ai été bluffée par sa capacité, à 28 ans, à se mettre dans la peau d’une femme approchant la soixantaine.



Bonjour paresse, Corinne Maier


De l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise, tel est le sous-titre de ce livre que certains considèrent comme un pamphlet (”le salariat est la figure moderne de l’esclavage […] le néomanagement, au fond, c’est l’érection obligatoire”). D’autres ont surnommé la psychanalyste à qui l’on doit ce best-seller ”héroïne de la contre-culture”. Elle travaillait chez EDF lorsqu’elle l’a écrit. “Les plus belles arnaques”, “les crétins que vous côtoyez”, “pourquoi vous ne risquez rien en vous désengageant”, “commencez dès demain votre travail de sape au travail” : que l’on adhère ou pas, on trouve dans ce texte à l’entêtant parfum de vérité des merveilles.

A lire et relire tant que l’on cotise pour sa retraite.