Sous les couvertures, Bertrand Guillot


COUV-Sous-les-couvertures-270x395Présentation de l’éditeur :

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité. Où l’on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs… et pourquoi, à l’habit des académiciens, on a ajouté une épée.

 

 

Bertrand Guillot met en scène un fantasme, celui d’être enfermé une nuit dans une librairie (si le fantasme n’en est pas un, remplacer librairie, au choix, par musée, magasin de mode ou tout autre commerce de son choix). Et un autre – savoir ce que les livres pensent. Les livres qui voient et entendent tant de choses… Les livres qui, s’ils pouvaient parler, diraient « cette espérance qui [les] soulève, le désespoir qui s’ensuit lorsque la main agrippe un de [leurs] voisins, et le cœur qui bat quand c’est enfin [eux] qu’elle saisit… ».

 

On les croit paisibles et stoïques, Bertrand Guillot nous les révèle enflammés, passionnés, jaloux, aigris, naïfs, bienveillants. Humains. Et la capacité de révolte n’est-elle pas le propre de l’homme ? Dans la librairie, le calme semble régner cependant que le feu brûle sous les couvertures… Car se faire une place sur la table du libraire, c’est se faire une place dans le monde des lettres, ce monde « où souvent l’expérience [passe] pour de l’intelligence ». Et vice versa. Et pour parvenir à l’un donc à l’autre, tous les coups sont permis et tous les moyens sont bons.

 

Sous les couvertures est un roman frais et plein d’esprit, malin et truffé de bons mots comme de références aux sixième et neuvième arts, drôle mais pas que. C’est aussi une déclaration d’amour à la littérature à l’heure où les livres se font la guerre – mais parle-t-on encore nécessairement de littérature quand on parle de livres ?

C’est enfin une réflexion sur la production littéraire actuelle – quantité et périssabilité. Sur ce qu’on fait des livres et ce que l’auteur, lui, attend et espère. Sur ce qui l’anime avant le maquettage, avant la promotion, avant les foires et salons (dont Guillot nous offre ici des tranches délectables).

 

Un roman vivant, rythmé, aussi coloré que sa couverture, et qui peut-être contient tous les romans de la rentrée dont on peut se dispenser.

 

Editions rue fromentin, septembre 2014, 184 pages, 16 euros

 

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Lignes choisies :

 

« Les livres portaient les espoirs démesurés et les doutes abyssaux de leurs auteurs, ce qu’ils avaient vécu et ce qu’ils auraient aimé vivre, ainsi que d’infimes morceaux d’âme dont ils n’avaient pas conscience. » (page 12)

 

« L’automne est impitoyable pour les oubliés de la rentrée littéraire. » (page 23)

 

« Est-ce l’auteur qui fait le grand livre, ou ce que les lecteurs en retiennent ? » (page 53)

 

« Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? » (page 54)

 

« La vie est dans le début des histoires. Les fins ne sont jamais que de la morale. » (page 57)

 

« Les livres sont comme les hommes : ils ont toujours moins d’hésitation à nuire à qui se fait aimer qu’à qui se fait craindre. L’amour peut se rompre ; la peur du châtiment, elle, ne vous abandonne jamais. » (page 67)

 

« Il n’est pas nécessaire de posséder toutes les qualités, mais il est tout à fait nécessaire de paraître les avoir. » (Machiavel, cité page 69)

 

« C’était l’une de ces nuits où sans le savoir on abandonne de vieilles lunes pour voir le monde sous un nouveau jour, une nuit où les idées progressent sans qu’on puisse encore les suivre. Une nuit où l’on grandit. » (page 74)

 

« Ce n’est pas au livre d’aller vers le lecteur ; c’est un chemin sur lequel tu ne peux que te perdre. » (page 79)

 

« La mythologie de la Nécessité pouvait se résumer ainsi : tout livre qui n’était pas nécessaire à son auteur était inutile pour le lecteur, et quiconque prétendait le contraire était relégué au rang de publicitaire. » (page 80)

 

« Les pires ennemis sont ceux du même bord. » (page 112)

 

« Beaucoup d’écrivains sont insomniaques, mais pas les auteurs à succès. C’est que ça demande de la discipline, d’écrire un best-seller. Et la discipline se couche tôt. » (page 115)

 

« Toute l’histoire du monde enseignait pourtant bien qu’il fallait savoir donner un peu pour prendre beaucoup à la fin. » (page 131)



Les hommes meurent les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles


Les hommes meurent

« On dit aux petites filles qu’il faut souffrir pour être belle, on devrait leur apprendre la volupté. Arrêter avec la petite sirène. Il y a d’autres moyens de trouver un prince qu’en y laissant ses écailles. » (page 159)

 

 

 

Dix femmes. La plus jeune est un bébé, la plus âgée a quatre-vingt-quatorze ans. Elles sont de la même famille mais ont un autre point commun : toutes passent ou sont passées entre les mains d’Alice, qui tient l’institut de beauté L’Eden. A L’Eden, on ne parle pas des clientes mais des « plus belles femmes », on ne parle pas de rendez-vous mais de rencontres. Alice, « pas complètement à l’aise avec l’existence », a fait de son commerce « un lieu pour oublier. » Après le premier soin, elle offre le champagne ; et elle refuse d’augmenter ses tarifs – pourquoi les moins aisés n’auraient-ils pas eux aussi droit à ses mains ?

Sur ces « plus belles femmes », Alice fait des fiches. Des portraits chinois très subjectifs, préludes à l’écoute des voix desdites femmes. Leurs confidences tissent aussi le fil d’une toile où évolue Eve, l’invisible, la grande absente, trop tôt partie, qui toutes les relie, et qu’Alice est la dernière à avoir vue vivante.

 

Il y a Lili, née Liliane, qui a « changé d’amants comme de culottes » et « avorté d’hommes sans visage et d’embryons de n’importe qui ». Lili qui a reçu le suicide de sa fille Eve comme une punition ; qui a couru, folle, au plus près, en découvrant son corps gisant dans la baignoire. Le plus près, c’était L’Eden, en face de chez Eve. Eve que Lili ne comprend que depuis qu’elle n’est plus là.

Il y a Barbara, quatorze ans, qui vient de commencer une « autobiographie graphique » dans laquelle elle se venge des souffrances que lui inflige la vie réelle.

Il y a Clarisse, pour qui « un massage avec Alice vaut tous les amants du monde ».

Il y a Yves, sur le point de se faire opérer pour changer de sexe et enfin « ne plus être quelque chose entre rien et rien, une fumée qu’on traverse », qui rêve d’avoir comme toute femme culotte de cheval et peau d’orange, et qu’Alice « a aidé à supporter [sa] carcasse d’homme ».

 

Par cette série de portraits, collections d’instantanés, tranches de vies au féminin, Isabelle Desesquelles interroge « le temps de naître et le temps de mourir », mais surtout tout ce qui entre les deux fait l’existence d’une femme. Les joies et les peines, ce que l’on reçoit et ce que l’on transmet, ce que l’on découvre seule. Le plaisir et la peur, le mariage et l’enfantement. La condition féminine et les regards portés sur elle, qui varient selon l’âge et l’expérience. Etre une femme se décline de mille façons. Le corps des femmes et les blessures invisibles qu’y laissent les maris et les amants – les blessures, et les marques de bonheur aussi. Les corps des femmes qui résonnent des cris muets des hommes partis. La douleur des femmes, qui « traverse les siècles ».

 

L’esthéticienne supposée ne s’occuper que de l’enveloppe fait parler les épidermes. Elle fait partir les tensions avec les peaux mortes. « Mon métier, c’est d’aider les gens à comprendre qu’ils sont leur plus belle rencontre. » Son salon de beauté, les femmes y viennent pour bien plus qu’une épilation ou une manucure. Et elles savent pourquoi elles y reviennent.

 

Le huitième livre d’Isabelle Desesquelles, auteur notamment de Fahrenheit 2010 et de Quelques heures de fièvre, est une invitation réussie à penser autrement le corps et à replacer l’amour au centre de l’existence.

Un roman choral qui, tout en donnant à entendre des voix singulières, tend à l’universel. L’éternel féminin, dit-on.

 

Cet article est paru dans la Revue littéraire n°55 (éditions Léo Scheer)

 

 

Editions Belfond, 14 août 2014, 224 pages, 18 euros

 

Citations choisies :

 

« C’est bavard, une peau. Elle révèle l’état d’une personne, où elle en est de sa vie, où je peux agir. » (page 11)

 

« Même mal en point ou en mille morceaux, il nous reste toujours quelque chose de la force qui naît avec nous. » (page 12)

 

« On essaie d’être la meilleure, et quand on n’y arrive pas on cherche à être la pire. » (page 35)

 

« La bouche la plus scellée n’empêchera pas un corps de révéler ce que l’on a fait de lui, ce qu’il fait de nous. » (page 35)

 

« Une femme est un livre ouvert lorsqu’elle se déshabille. » (page 35)

 

« Chacun de ses gestes me libère d’une tension. » (page 38)

 

« Savoir que l’on a une grande sœur protège de presque tout. » (page 55)

 

« La grande affaire de la vie d’une femme : trouver un mari et pondre. » (page 55)

 

« Le plaisir, quand on l’attrape, faut pas le lâcher. » (page 66)

 

« La vieillesse s’installait, et en ne la cachant pas je l’accueillais mieux. » (page 86)

 

« On dit que passé quarante ans une femme doit choisir entre son visage et ses fesses. » (page 86)

 

« Un homme m’avait épousée, il m’avait choisie et je me sentais complète. Aboutie. La cruche ! » (page 89)

 

« Est-ce qu’un enfant n’a pas aussi la mémoire que ses parents lui donnent ? » (page 92)

 

« Eplucher les légumes a été une issue. » (page 94)

 

« Certains virages, si on ne les prend pas, se transforment en reproches, et on les promène partout. » (page 100)

 

« On ne choisit pas le désespoir. » (page 103)

 

« La déchéance de nos parents, c’est un peu la nôtre. […] Tous, nous redoutons de devoir être un jour les parents de nos parents, parce que leur vie aura duré trop longtemps. » (page 109)

 

« Il faut parler des morts, c’est assez de les mettre dans une boîte. » (page 137)

 

« Il en est de certaines phrases comme de certains souvenirs : on ne veut pas les poursuivre. » (page 137)

 

« Ride. Tu changes une lettre et ça fait : rire. » (page 185)

 

« Un jour trop de jours tuent. » (page 185)

 

« Mon corps m’appartient mais je ne le sais pas. Il me faudra le brader pour le comprendre. » (page 185)

 

« Il paraît qu’on ne dit plus paysans mais travailleur pauvre. » (page 203)

 

« On meurt mais on continue à tenir les rênes de la mémoire de ceux qui nous ont aimées. » (page 209)

 

« Plus on vieillit, plus les absents nous occupent. » (page 210)

 

« Les réunions familiales ne sont pas pour se voir, mais pour tenter de retrouver ceux qui ne sont plus là. » (page 210)

 

« Un enfant qui grandit avec des parents amoureux, il pousse droit. » (page 215)

 

« A quel âge ça commence, la peur ? » (page 218)



La Revue littéraire, dossier rentrée littéraire


Leo ScheerLe 55ème numéro de La Revue littéraire des éditions Léo Scheer (automne 2014) paraît ce 17 septembre.

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Myriam Thibault et Lilian Auzas reprennent les rênes de cette revue à partir de ce numéro, qui fait la part belle à la rentrée littéraire.

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Articles et chroniques aussi nombreux que variés, que l’on doit à des chroniqueurs venus d’horizons tout aussi divers, promettent de satisfaire tous les appétits de lecture.

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J’y signe une chronique du roman Les hommes meurent, les femmes vieillissent d’Isabelle Desesquelles (éditions Belfond).

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La Revue est disponible en librairie.

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180 pages, 12 euros

La revue litt dans livres hebdo.

ci-contre, l’article de Livres Hebdo qui évoquait dès juin sa nouvelle formule

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Plagiat, Myriam Thibault

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La rentrée littéraire d’Emmanuel Arnaud


EmmanuelArnaud

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Emmanuel Arnaud est l’auteur de deux romans aux éditions Métailié : Arthur et moi et Le théorème de Kropst. Il écrit également pour la jeunesse.

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Son dernier roman en date, Topologie de l’amour (Métailié), paraît en cette rentrée littéraire.

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Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

C’est en effet ma première rentrée littéraire de septembre. La sortie d’un roman est toujours un événement exaltant pour un auteur, mais d’autant plus lorsque cela arrive en septembre, je crois. Je ne connais pas du tout les us et coutumes d’une telle rentrée, Arnaudmais je vois les échanges multiples entre ma maison d’édition, les journalistes, les libraires, les salons, et moi, et tout cela est très impressionnant. Une amie m’a parlé de parcours de « rock star ». C’est vraiment très (très) exagéré dans mon cas (!), mais l’idée est bien là, et c’est fort sympathique.

Ne la connaissant guère, je n’attends donc rien de particulier de cette rentrée, si ce n’est participer le plus activement possible à ce road show, qui me ravit, parce que c’est surtout une occasion unique de parler de mes textes, et de littérature de manière générale, avec de nombreux interlocuteurs tout à fait passionnants. Il faut en effet bien avouer que le reste du temps, c’est-à-dire pendant les deux ans – au moins –  qui me séparent de mon prochain roman, les occasions sont rares. Auteur est un métier solitaire !

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Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

J’ai toujours l’habitude de lire en même temps un roman de longue haleine, que je lis le plus lentement du monde, et qui me prend d’ailleurs parfois plusieurs années de ma vie, et une multitude de lectures partielles parallèles, morceaux de romans ou d’autres catégories de livres (histoire, philosophie, poésie, etc.). Parmi ces derniers figure en ce moment en effet un certain nombre de romans de la rentrée littéraire. Le choix se fait aussi en fonction des occasions ; par exemple dans deux semaines je rencontre au salon Les mots Doubs de Besançon, Olivia Rosenthal et Joy Sorman ; cela me donne envie de lire leurs romans, pour ensuite mieux discuter avec elles.

 

En ce moment (mais vous m’auriez posé la même question il y a près d’un an, vous auriez eu la même réponse), mon roman de longue haleine, c’est les Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand.

 

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Topologie de l’amour, Emmanuel Arnaud


topologie-de-lamour-HD-300x460Présentation de l’éditeur :

La mathématique, en particulier l’élégante topologie, peut-elle influencer toute une vie, un amour ? Comment Thomas Arville, la légende des prépas de Louis-le-Grand et de Normale sup, le successeur tout désigné de Cédric Villani, le futur lauréat de la médaille Fields, se retrouve-t-il à traîner sa peine comme prof de lycée dans une banlieue pourrie ?

Après être entré à l’École normale supérieure, au lieu de suivre la voie brillante toute tracée que lui permettait son génie des mathématiques, Arville est parti faire un stage au Japon. Là il a découvert l’amour d’Ayako, qui incarne la pureté qui le fascine tant et qu’il recherche avant tout dans le raisonnement mathématique.

Survient Fukushima. Impossible de laisser Ayako dont l’amour sans partage l’émeut. Il revient à Paris à la fin de son stage comme prévu, mais avec elle. Il doit donc chercher au plus vite un poste qui leur permette de vivre. Il finit épuisé dans un deux-pièces du xixe arrondissement, en butte au racisme ordinaire que subit sa femme qui ne parle pas français.

Dévoré par un quotidien harassant leur amour se défait. Sans relations sociales sa carrière scientifique avorte, tout rate.

Un roman dérangeant et brillant. Une vision lucide et désabusée de ce qui fait la réussite si on a les talents et les diplômes mais qu’on néglige les réseaux et les relations sociales. Une image troublante de la modernité.

 

 

« La topologie s’intéresse à des espaces, à des lieux, dans le sens le plus général du terme, et à leurs propriétés, quelles qu’elles soient. Elle permet de les classer, elle examine leurs déformations, selon telles et telles transformations, toutes plus formelles les unes que les autres. C’est une théorie très unificatrice, qui explique avec extrêmement peu d’axiomes un grand nombre de phénomènes. » (page 34)

 

Passionné de mathématiques, Thomas Arville exècre le calcul et vénère la topologie, cette forme de pureté qu’il décide d’étendre à son existence toute entière. En matière d’amour, il la rencontre en la personne d’Ayako, une Japonaise croisée dans un bus, une traduction des Illuminations de Rimbaud à la main, alors que lui est en stage au Japon. Comment renoncer à la pureté en amour quand la vie l’a placée sur son chemin ? La catastrophe de Fukushima le pousse à rentrer en France, mais il ne le fera qu’avec Ayako à son bras.

 

« Il avait transposé dans la vie réelle ce qu’il percevait en mathématiques. » (page 42)

 

De retour en France, le brillant Arville enseigne dans un collège de Goussainville et vit avec sa douce dans un logement social d’une cité du XIXème arrondissement où il ne fait pas bon sortir à la nuit tombée. Que reste-t-il dans tout cela de la pureté qui devait présider à l’existence de Thomas ? C’est dans le récit qu’il fait de son rapide parcours à Laurent Kropst, héros du précédent roman d’Emmanuel Arnaud qu’Arville croise au jardin du Luxembourg, que sa dégradation va éclater au grand jour. Et la dégradation enclenchée, par l’« effet de l’enchaînement mécanique des causes et des effets, lorsqu’ils ne sont contrés par aucune volonté un peu ferme », est-il possible d’éviter la chute ?

 

Dans ce bref roman, Emmanuel Arnaud interroge les choix qui se font pendant les études supérieures, dont dépend souvent toute la suite d’une existence, et questionne la façon dont on construit son ascension autant que sa chute sociale. Comment résiste-t-on contre ce que l’entourage attend de soi ? Qu’est-ce que la réussite ? Comment la société la mesure-t-elle ? A défaut de revenir en arrière, peut-on effacer un peu de son histoire et recommencer autrement ?

Un sujet tellement passionnant qu’on n’aurait pas détesté que lui soient accordées cent pages de plus.

 

Editions Métailié, septembre 2014, 140 pages, 15 € 

 

 

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Génération X, Douglas Coupland


Generation XPrésentation de l’éditeur :

Ce roman est aux années 90 ce que fut L’attrape-cœurs aux années 50 et La conjuration des imbéciles aux années 80 : un livre culte, où la jeune Amérique a perçu l’écho de ses inquiétudes et de ses aspirations.

Ce n’est pas le livre d’une « génération perdue », moins encore « sacrifiée ». La jeunesse que décrit Douglas Coupland n’est obsédée ni d’argent ni de révolution. Devant l’avenir, elle fait le dos rond : courageuse mais non téméraire, elle avance masquée, refusant l’Histoire, élevant le rempart de l’humour et de la lucidité devant les débâcles du siècle.

Ainsi Andy. Ainsi Claire. Ainsi Dag. Trois antihéros suréduqués, sous-employés, livrés à eux-mêmes. Ensablés dans le désert de Californie, ils passent leur temps à s’inventer des fables d’amour et de haine au beau milieu des instituts de chirurgie esthétique et des bars à cocktail de Palm Springs. Leur bungalow est garni de meubles suédois semi-jetables, leur tête de déchets atomiques, de brides de pub, de flashes télévisés. De quoi rire – mais pas de quoi rêver. Le rêve, pour eux, ce serait une vie de tendresse, une vie qui ne fasse de mal à personne, ni aux autres ni à soi. Des sentiments simples, en somme. Lesquels constituent pourtant le cœur battant de ce livre singulier, déroutant, rare, émouvant. Et peut-être sont-ils la clé de son immense succès.

 

Andy, le narrateur, Claire et Dag sont des shin jin rui, des nouveaux êtres, de la génération X. Idéalistes, donc fatalement inadaptés à leur environnement – social, urbain, familial -, ils vivent leur vie au rythme des contes dont Génération X est le recueil.

 

Il y a du génie dans la très grande lucidité que Douglas Coupland prête à ses personnages qui ne se reconnaissent ni ne se retrouvent dans rien de ce que le monde leur propose. Face à un tel aveu de faiblesse, l’attachement, sinon l’identification, est immédiat. La succession des différents récits, inégaux si ce n’est dans leur caractère percutant, fait de ce roman un opus rythmé et facile à lire.

 

Mais il dresse surtout le portrait d’une génération qui ne me semble pas franchement différente de celle qui la suit, la fameuse « génération Y » dont on parle tant comme d’un phénomène inédit. Rien de nouveau sous le soleil, alors ? En tout cas, on passe quelques heures heureuses sous celui de Californie où nous entraîne Coupland dans ce roman, son premier, qui fit son succès.

 

 

traduit de l’anglais par Léon Mercadet

Editions Robert Laffont, 1993, 240 pages

 

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Flashs :

 

« Serait-ce que nous ne croyons plus au lieu ? ou peut-être nous avait-on promis le paradis dans nos vies antérieures et, en comparaison, le monde où nous sommes tombés ne tient pas la route. » (page 16)

 

« Il n’est pas sain de vivre la vie comme une succession de petits moments cool isolés. « Soit nous faisons de notre vie un roman, soit on ne s’en sortira jamais. » C’est pour ça, nous le savons, que nous avons tout plaqué pour venir dans le désert – pour nous raconter des histoires et faire de nos vies des romans qui tiennent la route. » (pages17-18)

 

« On emploie sa jeunesse à s’enrichir et sa richesse à rajeunir. » (page 20)

 

« Nous vivons des petites vies périphériques. Nous sommes marginalisés et il y a beaucoup de choses auxquelles nous avons choisi de ne pas collaborer. Nous voulions du silence et nous avons le silence. » (pages 21-22)

 

« Je ne vous comprends pas, vous les jeunes. Y a pas un boulot qui vous plaise. Vous déprimez, vous râlez que les boulots ne sont pas créatifs, qu’ils ne mènent à rien, et quand finalement on vous donne un bon poste vous fichez le camp pour aller faire les vendanges au Queensland ou Dieu sait quelle ineptie. » (page 33)

 

« Terrorisme consensuel : processus qui régit les comportements à l’intérieur de l’entreprise. » (page 35)

 

« Passer aux pertes et profits le naufrage psychique dû au boulot, avant que ça n’empire. » (page 40)

 

« J’étais un imposteur, et ma position finit par devenir intenable au point de déclencher ma Crise des vingt-cinq ans : tout devient pharmaceutique, vous touchez le fond, et les voix rassurantes commencent à s’éteindre. » (page 42)

 

« Assoiffé de tendresse, terrifié par la solitude, j’en arrivais à me demander si le sexe n’était pas au fond qu’un prétexte pour plonger son regard dans les yeux d’un autre être humain. » (page 44)

 

« Il m’est impossible de te dire combien de gens que je connais m’ont affirmé avoir fait leur crise de mi-vie très tôt dans leur vie. Le moment vient, inévitable, où la jeunesse te lâche ; où le lycée te lâche ; où Papa et Maman te lâchent. » (page 45)

 

« Ne pas parler avec des gens rend fou. Vraiment fou. » (page 100)

 

« Lâche à tes parents la moindre confidence et ils s’en serviront comme d’une pince pour te faire sauter les verrous et te réorganiser une vie sans aucune perspective. » (page 114)

 

« J’avais la nostalgie de l’événement au moment même où il arrivait. » (page 126)

 

« Il n’y a rien de bizarre à ne rien désirer. » (page 142)

 

« Ferme les yeux et pense bien à ce que tu as gaspillé. Sens l’odeur du futur. » (page 158)

 

« Et comme tous les vrais riches et/ou beaux et/ou célèbres, elle ne savait jamais si les gens s’intéressaient à elle, la minuscule lumière piégée dans sa capsule de chair, ou au gros lot qu’elle avait tiré à la naissance. » (page 160)

 

« Quoi qu’on fasse, pour les parents on n’a jamais plus de douze ans. » (page 177)

 

« Toutes les flammes se valent. » (page 181)

 

« Quand tu es classe moyenne, il faut s’habituer à ce que l’histoire t’ignore. » (pages 189-190)

 

« L’aventure sans risques, c’est à Disneyland. » (page 195)

 

Le soleil n'est pas ton ennemi Dans le nouvel ordre mondial La nostalgie est une arme Moins est une possibilité Pas de vrai changement possible Crise 25 ans Ketchup emotionnel Hyperplongee Souffrir et bosser 10 conseil-isme Erotiser l'intell ultra nostalgie blocage electoral minimalismes ton ego n'est pas toi paralysie reproduction folamour controler dime sur la personnalite



La rentrée littéraire de Laurence Tardieu


LaurenceTardieu

Laurence Tardieu est l’auteur de neuf romans, dont Le jugement de Léa, Puisque rien ne dure, Rêve d’amour, La Confusion des peines.

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Le dernier en date, Une vie à soi (Flammarion), paraît en cette rentrée littéraire.

 

 

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

 Je publie mon 8ème livre en cette rentrée littéraire, Une vie à soi. Un texte qui a été pour moi un immense et magnifique combat d’écriture. Depuis quatre mois je me répète tous les jours que je me protégerai au moment de la sortie du livre : les périodes de rentrée littéraire sont extrêmement rudes la plupart du temps pour les écrivains, j’ai personnellement beaucoup souffert, pour de mauvaises raisons, en 2011 lorsque j’ai publié La Confusion Tardieudes peines, mais cela m’a permis de comprendre que l’essentiel pour un écrivain n’est pas ce qui se joue dans les trois mois de sortie du livre, mais dans la durée. Et d’ailleurs, lorsque j’ai publié L’Ecriture et la vie en janvier dernier, « petit » texte mais qui m’est très cher, tant de lecteurs m’ont alors parlé de La Confusion des peines, que j’ai compris que ce livre pour lequel j’avais tant attendu en 2011 vivait de manière forte en 2014, il existait pour les lecteurs, certains le découvraient et l’aimaient, bref, mon travail existait dans la durée, et j’en étais fière et heureuse. Car c’est ainsi que je conçois mon parcours : une longue route, qui un livre après l’autre tente de construire une œuvre.
Pour le dire autrement, j’essaie de me protéger des « mauvaises attentes », et de me concentrer avant tout sur ce que me disent de mon texte les écrivains qui comptent pour moi, que j’admire, et les lecteurs. Rien n’est plus bouleversant que recevoir une lettre, un mail, d’un lecteur que vous ne connaissez pas, et qui vous dit que la lecture de votre livre a été un moment unique, un moment de vie.
Pour le reste, je vous mentirais si je ne vous disais pas que malgré tout, au fond de moi, comme tant d’autres écrivains, j’attends une forme de reconnaissance. Avoir un très beau et intelligent papier dans la presse, qui n’évoque pas seulement le « sujet » de mon livre mais parle aussi de sa composition, de son écriture.., ou être en sélection pour un prix compte pour moi. Mais disons que je reste assez lucide pour savoir que recevoir une lettre très forte d’Annie Ernaux comme cela a été le cas il y a quelques semaines, vaut toutes les reconnaissances.
Et aujourd’hui, alors qu’Une vie à soi vient tout juste de paraître et que comme bien d’autres écrivains sans doute j’ai trouvé très rude le démarrage, la presse se concentrant sur si peu de titres qu’on avait l’impression qu’il n’y avait pas six cent et quelques livres mais cinq qui paraissaient, je mesure le bonheur que j’ai d’avoir des lecteurs incroyablement généreux, qui achètent mon livre dès sa sortie, et m’écrivent ou écrivent sur leur blog combien ils l’ont aimé. Cela n’a pas de prix et m’émeut infiniment. Je me réjouis aussi de toutes les invitations que j’ai en librairies, le soutien des libraires depuis le début de mon parcours en 2002 est fondamental pour moi, sans eux, je n’en serais pas là.

 

 

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Bien sûr, je suis aussi une lectrice et comme tous les lecteurs passionnés je suis incroyablement excitée par cette période où tant de titres paraissent. Entrer en ce moment dans une librairie est pour moi comme entrer dans un lieu qui regorge de trésors. J’ai besoin de lire, de lire des livres qui m’emportent, qui m’emportent totalement, qui laissent leur trace en moi, dans mon corps, de lire les auteurs que j’aime et suis au fur et à mesure de leurs publications et d’en découvrir de nouveaux. Les très bons livres me donnent encore plus envie d’écrire.

En ce moment, je lis le formidable La loi sauvage de Nathalie Kuperman. Je lirai ensuite le dernier livre d’Olivia Rosenthal, un auteur que je trouve passionnant, ainsi que Lydie Salvayre. Que des femmes, comme vous le voyez, alors que la presse ne parle que d’hommes, non?…
Bon, je lirai quelques hommes aussi…! Le James Salter est sur ma table de chevet déjà…

 

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La rentrée littéraire 2011

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De la finance à l’écriture : comment j’ai désobéi


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WeLoveWords m’a proposé de raconter mon parcours. Voici comment cela commence…

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Quand j’étais petite fille, je voulais écrire des livres.

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Je le voulais si fort que j’ai commencé en dictant des histoires – j’étais à la maternelle. On ne s’en étonnait guère. Je suis d’une famille où les livres sont là, en nombre, dès le départ et pour toujours ; où l’on enseigne, même, la littérature ; le mot bibliothèque a d’abord signifié pour moi une pièce de la maison avant que je ne découvre qu’il désignait aussi un meuble et un établissement à part entière.

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WLWOn ne s’en étonnait guère alors on ne prenait pas cela très au sérieux. Le sérieux, on m’en réclamait dans mon travail scolaire puis dans mes études. J’ai obéi, été souvent première de classe, fait sept ans d’études après mon bac, intégré avant même d’être diplômée une grande et solide entreprise. Du monde de la finance – fait-on plus sérieux ?

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L’écriture m’a accompagnée jusqu’à ce que j’entre dans le monde du travail. Exutoire, échappatoire, je ne sais vraiment – mais pas un jour sans une ligne. Et puis j’ai signé un CDI et les soucis du quotidien professionnel ont remplacé les phrases dans ma tête… lire la suite sur le site WeLoveWords 



La rentrée littéraire de Serge Joncour


SergeJoncour

Serge Joncour est l’auteur de treize romans, dont L’Amour sans le faire, L’Homme qui ne savait pas dire non, L’Idole

Le dernier en date, L’Écrivain national (Flammarion), paraît en cette rentrée littéraire.

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Photo (c) David Ignaszewski

 

 

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ?

Avec l’enthousiasme inquiet de celui qui sait que son livre vient de sortir, au milieu de tant d’autres, et qu’autour de lui les gens sont eux-mêmes préoccupés par leur rentrée, la reprise, car finalement c’est bien effectivement le 1er septembre que les années commencent… Enthousiasme inquiet. Oui, comme quelqu’un de très en forme, qui aurait juste un rhume, et du coup, il n’est plus sûr de rien. Pas sûr d’être si fort que ça. Une rentrée littéraire, c’est souvent faire l’expérience d’une désillusion, de plus ou moins forte amplitude.Joncour Et j’ai toujours la nostalgie de ces années que j’ai passées à écrire ce roman qui vient tout juste de sortir, je mesure la plénitude que ça procurait, d’avoir un livre en cours, une histoire en marche, comme une vie parallèle vers laquelle je pouvais sans cesse me replier. Cette écriture là était heureuse, vivante, et gaie. C’est je crois ma septième rentrée littéraire, et toujours la même incertitude totale, quant au devenir du livre, et de l’auteur. La seule certitude dans ces cas là, ce serait d’avoir déjà une idée en tête pour écrire le prochain. Après, en dehors des lecteurs, j’attends aussi ces possibilités de rencontre qu’offrent les salons du livre et les rencontres en librairies, le fait de découvrir, des villes, des régions, vers lesquelles je ne serais pas forcément allé, c’est sûr. C’est une chance inouïe, que d’être invité comme ça, chez les autres. D’être invité tout court. D’ailleurs mon livre est nourri de ces expériences là !!!

 

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?
Je lis Nothomb, Sorman, Reihnardt, Foenkinos, Adam. La rentrée littéraire est un rendez-vous, un genre de grand comice, on choisit les nourritures dont on va remplir le grenier, et qui permettront de passer l’hiver. J’ai toujours associé la rentrée littéraire à la récolte, à ce grand mouvement national que c’était à l’époque, de récolter, de remplir les silos et les greniers, d’ailleurs si les grandes vacances tombent en été, c’était pour que les enfants puissent aider aux travaux des champs ! Après, plus généralement, je suis heureux de voir la place qui est consacrée aux livres dans la presse, dans les émissions, et je rêve que ce soit comme ça toute l’année, après tout, pourquoi pas. Au moins l’actualité littéraire se renouvelle, alors que l’actualité générale rabâche un peu, les mêmes conflits, les mêmes chiffres, les mêmes insatisfactions !

 

A lire aussi sur Sophielit :

L’amour sans le faire

L’homme qui ne savait pas dire non

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5 questions à Serge Joncour

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Tout ce que je sais de l’amour, Michela Marzano


Tout ce que je saisPrésentation de l’éditeur :

Le titre de ce récit autobiographique, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela Marzano, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson :That Love is all there is, is all we know of Love.

Partant de sa propre vie autant que de ses lectures, l’auteur évoque la recherche du Prince Charmant – un objectif qui se révèle inaccessible –, le désir d’enfant, la maternité, l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, l’acceptation des limites de cet amour. Tournant un regard compréhensif pour chacun mais souvent impitoyable envers elle-même, elle aboutit à un constat personnel, où se reflète toute expérience humaine : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si je perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

 

 

Michela Marzano a 44 ans. Elle a connu des hommes. A été épouse, maîtresse. Pas mère. De son parcours sentimental et amoureux, elle tire les leçons. Sa dernière histoire en date, celle qui dure, l’actuelle, avec l’homme à qui elle dédie le livre, est esquissée avec pudeur entre des intermèdes plus théoriques sur l’amour, basés sur des textes d’autres.

 

Avec une plume très douce, Michela Marzano interroge des notions sinon qu’on a tendance à oublier, du moins auxquelles la société moderne fait qu’on attache moins d’importance – l’attachement, le renoncement. Elle partage ce qu’elle a appris, ce qu’elle a compris. Accepter l’inévitable altérité de l’autre, l’envisager comme un cadeau plutôt que comme une contrainte. Admettre l’incapacité à survivre à la perte. Tout sonne juste. J’ai l’impression que j’aurais pu écrire chaque ligne ou presque.

 

L’amour est la réponse, la quête, mais l’amour ne suffit jamais.

 

Dans ce beau roman, Michela Marzano livre tout ce qu’elle sait de l’amour et, brossant le portrait de l’amour à l’épreuve de cette vie si rapide que l’on mène au XXIème siècle, où l’on consomme de plus en plus les êtres, où l’on s’investit de moins en moins faute de temps ou de courage, nous invite à réfléchir à sa puissance, à sa magie, à son caractère merveilleux, à sa simple existence même. Et à y croire encore. Ouf.

 

Editions Stock, août 2014, 214 pages, 18,50 €

 

L’extrait :

« Ma relation avec Jacques a commencé sans grande conviction. Un soir de juin, un peu par hasard>.

J’ai beau chercher, je n’arrive même pas à me souvenir de ce qui m’avait incitée à me rendre à cette fête. Moi qui ne sors presque jamais. Moi qui, à cette époque, étais avec quelqu’un d’autre. Qui sait ?

Certes, je n’étais pas parfaitement heureuse. Mais qui peut se vanter de l’être ? Surtout en amour.

[...] Ce soir-là, pourtant, Jacques n’en avait rien à faire des bonnes manières. Au contraire. L’existence d’un autre homme dans ma vie, au fond, lui convenait parfaitement. Il venait de se séparer. Pourquoi aurait-il dû se lancer dans une histoire sérieuse ?

Une aventure parmi d’autres, juste avant de partir en vacances. Une histoire sans lendemain, bien à l’abri des remords et des justifications. Cela lui allait très bien. » (pages 16-17)

 

Le billet de Leiloona, qui m’a donné envie de découvrir le roman.

 

 

Passages choisis :

 

nous seuls« L’amour est ce qui reste quand on pense avoir tout perdu. » (page 24)

 

« Il ne faudrait jamais parler d’un projet de livre à ses amis avant d’avoir commencé à écrire. Leurs critiques et objections risquent de nous enlever le courage de poursuivre. » (page 40)

 

« L’amour est le seul risque qui vaille la peine d’être pris. » (page 42)

 

« Le monde de l’enfance est minuscule. » (page 56)

 

« L’amour ne commence qu’après la perfection. Lorsque l’ordre se brise et que l’on comprend qu’il nous faut repartir du désordre. » (page 62)

 

« Ce que nous n’acceptons pas de nous-mêmes est ce qui nous agace le plus chez l’autre. » (page 64)

 

« Quand on a grandi convaincu que, pour survivre, il faut payer la dette d’une faute qu’on n’a peut-être pas commise, la joie paraît étrange. » (page 70)

 

« A force de partager le présent, le bruit du passé devient moins assourdissant. » (page 70)

 

« Le vide ne peut jamais être comblé. On peut seulement le traverser avec un autre. » (page 83)

 

« Notre amour repose en grande partie sur ce que nous sommes seuls à connaître l’un de l’autre. Et qui exclut tous les autres. » (page 96)

 

« Si on aime une personne, on ne cesse jamais de l’aimer. » (page 162)