La blancheur qu’on croyait éternelle, Virginie Carton


La blancheurPrésentation de l’éditeur :

Mathilde aimerait bien devenir chocolatière mais elle est trop diplômée pour ça. Elle ne sort pas beaucoup et n’aime pas se déguiser. Ce qu’elle préfère, c’est regarder le concours de Miss France à la télé en mangeant des palets bretons trempés dans du lait. Quand elle avait sept ans, Mathilde a été traumatisée par la mort de Romy Schneider. À trente-quatre ans, elle pense encore à Julien, et Éléonore, sa meilleure amie, est décidée à lui trouver un bon parti.
Lucien est pédiatre, il aime les films avec Jean-Louis Trintignant, et Deauville. Il n’aime pas tellement danser. Ça remonte à son enfance, à l’époque des premières boums ratées. Chaque année, au Nouvel An, il envoie une carte de vœux à ses parents. À trente-cinq ans, il est célibataire. Il aimerait bien que ça change. Mais il n’est pas très à l’aise avec les SMS, alors c’est pas gagné.

Mathilde et Lucien habitent le même immeuble mais ne le savent pas.

Un jour, le nouveau voisin les invite à sa soirée déguisée. La Blancheur qu’on croyait éternelle est l’histoire de deux solitudes, deux sentimentaux perdus dans un monde plus vraiment sentimental.

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Dans son deuxième roman, Virginie Carton dresse le portrait de deux anti héros attachants. On aimerait bien avoir pour voisins Lucien, le pédiatre en décalage avec la vie moderne, et Mathilde, harcelée par une mère castratrice, qui a peur des chiens et qui voudrait être enfin considérée comme une adulte. Mais peut-être qu’on ne les traiterait qu’avec indifférence. Car il ne fait jamais bon être en dehors de normes convenues, ne serait-ce que de quelques pas.

 

On attend leur rencontre avec une impatience grandissante… Une impatience qui rend la lecture plaisante et très douce, comme cotonneuse.

 

Ce roman des solitudes juxtaposées est une ode aux petits riens du quotidien, à la poésie, à l’émerveillement.

C’est aussi une collection de chansons françaises un peu datées, de ces tubes qu’on connaît par cœur, qu’on chérit, en osant plus ou moins (se) l’avouer, et qu’on se prend à sourire de reconnaître au fil des pages.

Impuissants morceaux de foule sentimentale que nous sommes.

 

Editions Stock, mars 2014, 224 pages, 18 €

 

Phrases choisies :

 

« Il fixait la route avec gravité comme l’aurait fait son héros. Il imaginait la caméra filmer son profil concentré et en ressentait une jouissance indicible. » (page 14)

 

« Si les vieilles voitures ont du charme, elles ont aussi l’âge de leur moteur. » (page 25)

 

« Que restait-il de Deauville sans Trintignant ? » (page 28)

 

« Les rentrées d’argent n’étaient pas pharaoniques, aussi Lucien reportait-il à une date indéterminée le moment où il vivrait avec style. » (page 33)

 

« Pour la première fois, elle emménageait avec un homme et, pour elle, vivre avec un homme, c’était devenir une femme. » (page 77)

 

« Elle se disait que grand-mère, ça n’avait rien à voir avec mère. C’était plus doux, ça bougeait moins et ça racontait des histoires. » (page 82)

 

« Il suffit parfois de changer de costume pour que les autres nous regardent autrement. » (page 86)

 

« Ils avaient pris deux trains quand lui ne parvenait pas à se décider à monter dans le premier. » (page 93)

 

« Peut-on grandir lorsque l’on n’a jamais été responsable que de soi ? » (page 93)

 

« Lucien se demandait à quel moment de sa vie il avait été jeune. » (page 119)

 

« Lorsque le présent ne propose rien, que l’avenir est incertain, on est parfois tenté de retrouver ce qu’on a bien connu, de revenir là d’où l’on vient. » (page 129)

 

« Penser l’avenir le fatiguait. » (page 140)

 

« Mathilde détestait parler de maquillage, ou de coiffeur, ou de vêtements. Elle trouvait que cela était de l’ordre de l’intime, de la poésie que l’on mettait à paraître ce que l’on voulait paraître. Que les autres devaient se contenter d’être spectateurs sans chercher à entrer dans nos coulisses. » (page 141)

 

« Au moment d’entrer dans la cour, Mathilde regarda ce spectacle humain, la fresque d’une jeunesse aboutie au rang d’adulte, des garçons, des filles qu’elle avait croisés sur sa route, qui n’avaient de commun avec elle que d’avoir fait les mêmes études, la même année, sans doute pas pour les mêmes raisons. (page 144)

 

« Il lui fallait de toute urgence rentrer à Paris.

Son voisin connaissait Alain Souchon.

Sa vie à Paris était donc trépidante. » (page157)

 

« Mathilde était de ces gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer. » (page 164)

 

« C’est le problème avec les engagements : la plupart du temps, on essaie de s’y tenir. » (page 166)

 

« Lucien se disait qu’être adulte, c’était être joyeux, à condition de ne pas toucher d’ampoule électrique dans son bain. » (page 173)

 

« Il retournerait à Deauville, où il avait laissé une déception dont il ne se remettait pas. » (page 195)



Voyage au bout du livre #1 : L’éditeur, passeur professionnel


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Voyage au bout d’une livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

 

 

L’éditeur est l’accompagnateur incontournable du manuscrit. Mais de celui qui se limite à la fonction d’imprimeur à celui qui façonne le texte, les déclinaisons et les visions du métier sont nombreuses. Rencontre avec Guillaume Allary, 40 ans, passé par Flammarion, Hachette Littératures et NiL Editions, qui vient de lancer sa propre maison d’édition, Allary Editions.

 

 

L’éditeur est un passeur professionnel.

_MG_3647 (2)Pour moi, l’éditeur est un passeur professionnel. En temps de guerre, il y a des passeurs amateurs, extrêmement utiles pour faire traverser des frontières ou diffuser des textes sous le manteau. Mais nous sommes en temps de paix, et donc ce travail doit être fait par des professionnels, autrement dit des gens dont le métier est de lire, et qui sont donc censés repérer plus facilement ce qui sort du lot, et mérite d’être diffusé.

Je précise que je ne vois pas de supériorité des éditeurs professionnels en temps de paix sur les éditeurs amateurs en temps troubles : l’un des plus grands éditeurs allemands est un quidam qui laissait dans les cages d’escalier berlinoises pendant la seconde guerre mondiale des cartes postales racontant le vrai visage de cette guerre.

 

Le destin ordinaire d’un primo-romancier est de rester dans l’anonymat.

Comment j’accompagne les primo-romanciers ? En leur rappelant que le destin ordinaire d’un primo-romancier est… (lire la suite)



Pourquoi écrivez-vous, Olivia Elkaim ?


Olivia Elkaim par Francesca Mantovani

 

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Olivia Elkaim est l’auteur de trois romans : Les Graffitis de Chambord (Grasset, 2008), Les Oiseaux noirs de Massada (Grasset, 2011) et Nous étions une histoire (Stock, 2014).

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On lui doit également l’histoire courte Un convoi pour Juan-les-Pins (Editions du Moteur, 2011).

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 Photo (c) Francesca Mantovani

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Pourquoi écrivez-vous ?

A cette question, Samuel Beckett répond laconiquement : « Bon qu’à ça ». Cette formule lapidaire me va bien. Mais je vais essayer de vous en dire un peu plus. J’aime multiplier mes vies. C’est pourquoi je ne publie que tous les trois ou quatre ans. J’écris des romans, je suis journaliste politique à l’hebdomadaire La Vie, je fais de la danse classique, et j’accorde du temps à ma famille et à mes amis… C’est sans doute précisément parce que j’aime « multiplier mes vies » que j’écris des romans. L’art romanesque permet d’explorer des « ego expérimentaux » selon l’expression très parlante de Milan Kundera à propos de ses personnages. Je me permets d’exister dans tous mes personnages, hommes ou femmes, à toutes les époques… L’écriture est une course contre le temps, contre la déchéance et la mort.

ElkaimMais ce n’est pas tout : l’écriture me permet d’échapper au réel, de le fuir littéralement, ou de le transformer à ma guise, de le recréer. Il y a quelque chose de « démiurgique » là-dedans. Je prends beaucoup de plaisir à m’enfermer seule, plusieurs heures, dans mon tout petit bureau sans fenêtre, et à inventer un univers, à patiner et repatiner un texte, son style, les liens entre les protagonistes.

Souvent je me questionne : comment font les gens qui n’écrivent pas ? Pourtant, mes plus proches ne sont pas romanciers ! Mais cette question me taraude. Moi, je ne pourrai pas faire ma vie sans l’écriture. J’écris depuis que j’ai sept ou huit ans, cela me structure. Je crois bien que j’écrirai jusqu’à la fin de mes jours. Mais publierai-je toujours ? Je ne sais pas. Pour moi, la création et l’écriture sont déconnectées de la publication… Ecrirai-je toujours quelque chose de lisible pour mes lecteurs ? Aurais-je toujours le courage d’aller au bout d’un roman ? Je n’en sais rien.

Enfin, fondamentalement, je crois que j’aime raconter des histoires. On peut l’entendre au sens propre et au sens figuré : j’aime embarquer le lecteur dans une histoire dont il ressort lessivé, ému, touché, pas indemne ; j’aime les « carabistouilles », les arrangements avec la vérité qui améliorent la vie, le quotidien, notre pauvre réalité.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je n’aime pas trop donner des conseils. Qui suis-je pour le faire ? Avoir publié trois romans et quelques textes ici ou là ne me donne pas une légitimité particulière. En revanche, je peux vous confier ce que Patrice Hoffmann, directeur éditorial de Flammarion, m’a dit il y a plusieurs années : « Écris et tu verras après ! », cela a été libérateur. Tout autant que ce que m’a recommandé mon propre éditeur, Manuel Carcassonne, quand j’écrivais ce troisième roman : « Fracture ta carapace ! » Cette injonction a été tellement forte que je l’ai restituée à la page 51 de « Nous étions une histoire ».

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Précédent rendez-vous : Ariane Zarmanti

Prochain rendez-vous : Virginie Carton

 

A lire aussi sur Sophielit :

Nous étions une histoire

Un convoi pour Juan-les-Pins

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »



Nous étions une histoire, Olivia Elkaim


Nous étions une histoireJ’ai dit sur My Boox tout le bien que j’ai pensé du roman d’Olivia Elkaim (Stock, février 2014, 256 pages, 18,50 €).

 

« Nous sommes une famille sans histoire. », c’est ce que répète la mère d’Anita à qui veut bien l’entendre. Anita pourtant en raconte, qui est scénariste pour la télévision. « T’as plein d’histoires à raconter, mais tu veux pas fracturer ta carapace. » lui reproche le producteur avec qui elle travaille. 

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Depuis la naissance de son fils Orson, Anita a l’impression de se « trimbaler le ventre ouvert », toutes ses tripes à l’air libre. Et elle se sent « aspirée dans un trou de mégot », les trous des mégots de l’enfance et des souvenirs, ceux qui maculaient la toile cirée dont était recouverte la table de chez sa grand-mère, cité des Lierres.

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Ce n’est pas d’hier que l’on sait qu’il est difficile de savoir où l’on va sans savoir d’où l’on vient. Mais on a beau le savoir… Anita s’en va. Marseille. La cité des Lierres. Le psychiatre à Belsunce. Qui finira par lui rappeler le proverbe yiddish : « Sept fois à terre, huit fois debout. » Anita est la fille de Rosie, qui a épousé le folklore juif en même temps que son homme. Rosie qui, petite fille, a lâché « Il y a un monsieur qui habite avec nous. » à son père venu les retrouver, sa mère et elle, après deux ans de séparation.

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J’ai beaucoup aimé le récit du périple d’Anita partie enterrer ses morts. D’autant plus que je connais bien certains des lieux par lesquels passent les personnages.

Ci-dessous, pour compléter, un florilège de passages choisis.

 

« Il est attendu que je m’extasie.

Rien ne m’émerveille.

Je guette l’instant, millième de seconde, où je serai secouée, transportée, convertie. J’attends que l’amour maternel tombe sur mes épaules comme l’amour du Christ, en une colonne de lumière, de joie irradiante.

Mais rien.

Je suis seule, chair corrompue et vide. » (page 33)

 

« Nous ne partirons plus à l’aventure, c’est fini. » (page 37)

 

« Je n’écris jamais, d’habitude. Rien ne me vient en mots. Tout me vient toujours en images, en séquences de films. » (page 50)

 

« Ma mère ne parle jamais de sa mère. A personne. Ni à ses amis, ni à mon père, ni à moi, comme si elle n’avait pas de mère, comme si elle ne s’inscrivait dans aucune histoire familiale.

Odette est le tabou absolu. » (page 56)

 

« Ma mère, mes amis, mes collègues, les commerçants, des inconnus au square, dans l’autobus, un chauffeur de taxi, tout le monde me pose cette question : « Alors, c’est le bonheur ? », sans attendre de réponse.

Que leur dire ? » (page 73)

 

« Quand tu deviens médecin, tu ne peux plus t’empêcher de voir, de voir nettement ce qu’il y a derrière la peau des gens, l’emboîtement de leurs os, leurs viscères, le flux permanent de leur sang. Tu te mets à entendre tous les bruits infimes de leurs corps. Tu caresses une femme, et tu penses aux contours de son foie, à la qualité de ses reins, à la place de son utérus. » (page 79)

 

« A chaque déménagement, je distribuais mes livres, mes habits. Je voulais être légère. Surtout n’être propriétaire de rien. N’avoir rien à perdre, rien qu’on puisse un jour me prendre ou m’arracher. » (page 84)

 

« L’envie de balancer Orson par la fenêtre ou de l’étouffer sous un oreiller se transforme en une épouvante sourde. » (page 94)

 

« Qu’est-ce qui t’oblige à aimer ton fils ? » (page 131)

 

« Je marche dans les pas d’Odette. » (page 133)

 

« Aucun souvenir n’est vrai. » (page 142)

 

« Il était un homme libre. Il n’avait jamais rencontré une femme aussi libre que lui. » (page 147)

 

« Pourquoi pas lui ? Juste un peu, juste là, contre ce mur du dancing de Carthage, allez, pour un soir, un seul soir, le début d’une nuit étoilée. » (page 183)

 

« Tout aurait pu être différent. » (page 223)

 

Nous étions une histoire - Copie - Copie« Rosie, souvent, elle l’aurait préféré muette, et même, elle l’aurait voulue morte, en robe de communiante allongée dans un cercueil capitonné.

Odette aurait porté le deuil de sa fille. Mais dans sa vérité intérieure, elle aurait été tranquille, parce que les enfants vous dévorent, grignotent la plus petite parcelle de votre sérénité et ne vous donnent jamais rien en retour. Parfois même, au lieu de vous vénérer, ils finissent par vous ignorer, et vous crevez seul et sans amour, quand ils n’agonissent pas d’injures votre tombeau encore ouvert. » (pages 225-226)

 

« Qu’est-ce qu’on risque à se fâcher avec sa mère ? » (page 239)

 

« Quand disparaît la matrice, d’où vient-on ? Erre-t-on indéfiniment à la recherche d’un lieu où se cacher ? » (page 250)



2009/2014 : 5 ans de blog


5 ans

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Si on m’avait dit, le 10 avril 2009, que j’en serais là cinq ans plus tard…

La naissance de Sophielit, c’était dans une autre vie !

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Les chiffres me donnent le tournis :

5 ans

Plus de 1 000 billets

Plus de 2 500 commentaires

Des centaines de milliers (oui !) de visiteurs

Et puis aussi

Des horizons littéraires sans cesse élargis

Des découvertes remarquables et des pépites inoubliables

Des jurys, des concours, des remises de prix, des pique-niques

Des rencontres formidables dont ce blog a été le point de départ

Trois rendez-vous « communautaires » lors du salon du livre de Paris

Et… quelques dix livres publiés.

Quand on tient un blog, on donne sans doute, de soi au moins, mais on reçoit énormément.

5 ans, je ne sais pas, mais ce qui est certain, c’est que je repars pour une sixième saison.

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Merci à vous tous, fidèles parmi les fidèles ou visiteurs occasionnels, qui me suivez ici.

Et un merci éternel à ma bonne étoile qui, en cravate et boutons de manchettes, m’a poussée à. Ça, et le reste.


Pourquoi écrivez-vous, Ariane Zarmanti ?


Zarmanti

 

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Née en 1977, Ariane Zarmanti est normalienne, agrégée de lettres modernes et maître de conférences en arts du spectacle.

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Elle écrit principalement pour et sur le théâtre.

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Conception (Omniscience, 2014) est son premier roman.

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Photo (c) Cyrille Benhamou.

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Pourquoi écrivez-vous ?

D’abord je n’écris pas. « Pas vraiment en tout cas », voilà ce que je réponds, le rouge aux joues, quand par hasard on me demande si j’écris, au détour d’une conversation. Cet acte-là est le seul, peut-être, qui soit tabou à mes yeux. Il m’est plus facile de parler masturbation que d’avouer que j’écris. Parce que ça ne se fait pas, ces choses-là, ma bonne dame. Symptôme de l’époque, ou maladie personnelle ? Dire que j’écris, ça me semble aussi désuet que de faire partie du fan club des soirées déguisées du château de Versailles. Ou aussi narcissique que de passer deux heures nue à prendre des poses devant la glace. D’ailleurs, je mets un masque avant d’écrire, et ne le fais qu’en secret.

Zarmanti

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Ensuite je n’écris pas tout le temps. Je n’en ressens pas forcément la nécessité. Une phrase de Rilke m’a marquée dans mon adolescence : « Répondez franchement à la question de savoir si vous seriez condamné à mourir au cas où il vous serait refusé d’écrire » (Lettres à un jeune poète). Rainer Maria met la barre haut. Je n’ai pas encore répondu à cette question-là. Pourtant, durant les longues périodes où je n’écris pas, je soupire, plusieurs fois par jour, des « j’ai envie d’écrire », en affamée qui peine à s’habituer au rationnement. Pour m’y mettre, il faut une énergie qui fasse porter ma voix au-delà de la solitude, une résonance collective. Pas d’écriture sans niaque. Il y a des projets endormis qui ne feront jamais éruption, et des textes qui sortent abrupts par salves. Quand j’ouvre le document sur l’ordinateur, j’ai le trac, la fébrilité des amants longtemps éloignés. Et si j’écris, c’est peut-être juste pour toutes les modifications que ça produit dans le corps, exactement comme quand on monte sur scène : le sang circule plus libre, la respiration s’accélère, la peau s’échauffe, la voix s’éclaircit, les reins partent à la chevauchée des rythmes des phrases, le dos se redresse, le paysage défile, et surtout, les autres sont autour, par-delà les temps et les espaces, et nous nous parlons sans que j’aie besoin de les convoquer. On sort de soi et de l’entre-soi. Il arrive que la lecture produise des sensations similaires.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Houlala je préfère m’abstenir.

Être à l’écoute, peut-être? Tendre les oreilles, écarquiller les yeux, ouvrir les narines et toucher ce qui tente l’épiderme.

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Précédent rendez-vous : Vincent Maston

Prochain rendez-vous : Olivia Elkaim

 

A lire aussi sur Sophielit :

Conception

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »



Conception, Ariane Zarmanti


ConceptionPrésentation de l’éditeur :

On ne choisit pas sa famille. Mais qui n’a pas rêvé de la réinventer ? Qui n’a pas tenté au moment de devenir parent de faire « autrement » que ceux qui nous ont précédés ?

Conception est le roman d’une de ces tentatives, celle d’une famille composée à partir de l’amitié, plutôt que de l’amour. Signe d’un monde en bascule, l’ouvrage ne prescrit rien. Il se contente de constater, pêle-mêle : la fin du patriarcat, les failles du mariage d’amour, la difficulté d’accorder nos vies multiples (amoureuse, parentale, professionnelle…).

La langue d’Ariane Zarmanti est âpre, comme le sont parfois nos déclarations de principe et nos brusques résolutions. Elle laisse entendre, une fois de plus, que l’autofiction ne consiste pas à fantasmer à partir de soi, mais à dire nos arrangements avec les autres, et à les transformer.

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Quatre parents pour un seul enfant. Et pourquoi pas ?

Dans ce livre à la frontière du roman et du récit, Ariane Zarmanti expose ses choix de femme et de mère : elle a décidé de dissocier sexualité et parentalité. Le père de son enfant ne sera donc pas son amant. Elle raconte un parcours en marge des schémas traditionnels sans chercher à convaincre quiconque. Il n’y a pas de mieux ou de moins bien, juste une volonté de trouver sa propre formule, et une trajectoire personnelle, une décision mûrement réfléchie, prise en pleine conscience.

 

Dans le débat actuel sur la famille, ce que la notion regroupe, la légitimité de permettre à certains d’y accéder, etc., ce livre pose des questions pertinentes et invite à intellectualiser l’acte reproductif, à dépassionner  l’enfantement.

 

Le point de vue défendu par l’auteur est présenté sous la forme originale de missives adressées à l’entourage, proches ou environnement social. Le ton est on ne peut plus juste, le rythme entraînant, la plume est délicate, l’écriture à vif. La sincérité du « produit livre » est à la hauteur de la démarche exposée.

 

Une lecture utile, un livre symptôme des interrogations contemporaines, qui s’inscrit déjà dans une époque.

 

Editions Omniscience, coll. Littérature du réel, mars 2014, 192 pages, 17,90 €

 

 

Fragments choisis :

 

« Ton père, tu veux vraiment que je te dise, je l’ai trouvé dans le journal. » (page 9)

 

« Si t’es fait pour quelqu’un, t’es fait comme un rat. Statistiquement parlant, je veux dire. » (page 11)

« Mieux vaut s’accommoder de l’idée que t’es fait pour personne. Surtout, prendre ce qu’on te donne, sans demander ton reste. » (page 11)

 

« Depuis longtemps déjà la décision était prise. S’agissait de ne pas se planter. De dissocier nettement sexualité et parentalité. Savoir couper le cordon. Anticiper la séparation. Tracer une ligne de démarcation. D’un côté, l’homme que tu désires. De l’autre, celui dont tu désires un enfant. Pas mélanger, jamais. » (page 12)

 

« La famille parfaite n’existe que dans les contes et dans les magazines. » (page 12)

 

« Je n’ai jamais cru qu’on pouvait fonder quoi que ce soit sur l’amour. » (page 13)

 

« Aimer au présent, sans faire peser sur l’amour le poids de l’avenir. » (page 13)

 

« Souvent amour varie. L’amitié, moins fébrile, ne nie pas la solitude que chacun porte en soi. » (page 14)

 

« Une de mes amies, mère depuis peu, m’avait avoué quelques temps auparavant : « Les parents divorcés, on les envie. La garde partagée, ça permet de respirer. » Dans la coparentalité – le mot commençait à infuser – je voyais enfin la possibilité d’un véritable partage des tâches, en évitant la brisure, les coups bas, la culpabilité, la suspicion, les rancunes. » (page 37)

 

« Comme si le père avait un rôle à remplir, qui ne lui collerait pas tout à fait à la peau, alors que la mère a le rôle incarné comme un ongle, avec l’enfant coincé sous sa peau bien tendue. » (page 39)

 

« J’en sais rien, moi, si c’est possible de prévoir ce qui nous advient face au marmot, une fois qu’on y est, et qu’il est là, pas du tout comme on avait imaginé, il est là, qu’y peut-on. » (page 40)

 

« Le genre de personne qui mange en premier ce qu’il y a de meilleur dans l’assiette, j’ai pensé, alors que moi, je garde toujours le meilleur pour la fin, après avoir rempli toutes mes obligations, la priorité étant d’être efficace, pas de se faire plaisir. » (page 52)

 

« La fidélité est une valeur spécieuse. Les amis ne vous demandent pas l’exclusivité, je ne vois pas pourquoi les amants l’exigeraient. » (page 62)

 

« Parfois je me demande de quel droit vous laissez encore vos noms traîner en moi, ça m’exaspère, ce manque d’égard, vous auriez quand même pu prendre toutes vos affaires en partant, il paraît que c’est comme ça qu’on fait, on évite de laisser des traces, on nettoie derrière soi, on laisse les lieux aussi propres qu’on les a trouvés. » (page 68)

 

« J’ai à l’intérieur de moi bien plus que la terreur de tes coups potentiels. J’ai la trouille de porter ton enfant. » (page 82)

 

« Les hommes se retirent toujours en emportant des morceaux imprévus de moi. » (page 83)

 

« Je préférerais que tu sois un garçon, pour te soustraire aux articles de magazines, ceux qui te traquent à coups d’enquêtes médicales, ceux qui t’affirment que l’heure biologique tourne, tic tac, que ton capital fécondité s’effrite, tic tac tic tac, qu’attention tu seras moins fertile après trente ans, tacatacatac. » (page 90)

 

« C’est ainsi que cela se présentait à mon esprit : si je n’arrivais pas à écrire, pour une raison ou pour une autre, je me replierais sur la maternité. » (page 95)

 

« Enfanter nous infantilise. » (page 98)

 

« Si on peut baiser sans faire un enfant, je ne vois pas pourquoi c’est si choquant de faire un enfant sans baiser. » (page 108)

 

« Je crois qu’il n’y a pas une seule façon de faire et d’élever un enfant dans la joie, de la même manière qu’il n’y a pas une seule et unique façon de faire l’amour, ou d’entrer en amitié. » (page 108)

 

« Si je n’avais pas vécu sous le même toit que mes parents, je crois que j’aurais eu une meilleure opinion de la famille. » (page 110)

 

« S’estimer, parfois, c’est moins nocif que s’aimer. » (page 111)

 

« Il y a ceux, aussi, qui me demandent si j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, et je sens pointer là un léger soupçon d’égoïsme. Oui, j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, puisque je ne lui choisis pas pour père l’homme que j’aime, celui avec qui j’aime coucher, moi, personnellement, mais celui dont j’estime qu’il sera le père qu’il lui faut. Et qu’il compensera mes défauts. » (page 111)

 

« Enfanter, c’est se confronter à l’inattendu. » (page 112)

 

« Mon sexe a un cerveau et mon cerveau un sexe. » (page 114)

 

« Tu es mon utopie. » (page 116)

 

« Vous préférez quoi, une petite épisio ou une grosse déchirure ? Qu’on coupe son nez ou votre clitoris ? » (page 130)

 

« Le repli n’est pas la solution, sais-tu, nous ne pourrons pas éternellement nous planquer toi et moi dans notre cocon, il faudra bien se frotter au monde. » (page 155)

 

« Je suis là pour cela, faire nombre, garnir la foule. Et je rejoins un cortège, au hasard. Je regarde les banderoles, en spectatrice. Quand on chante, quand on crie des slogans, je me tais , les larmes aux yeux, la respiration heurtée, sans participer de vive voix, mais présente. J’aime bien ces moments-là. Cela m’émeut. Je trouve ça beau d’être plusieurs. » (page 156)

 

« Les tout petits, de quelques jours à peine, porte sur eux le cadavre de leur vie prénatale. » (page 160)

 

« Tu es une enfant très entourée. Nous te couvrons d’appréhension. » (page 164)

 

« Faire confiance aux inconnus, c’est ma devise, sinon on ne s’en sort pas. » (page 167)

 

« Faudra se surveiller. C’est elle, désormais, notre surmoi. » (page 174)

 

« Tellement plus facile de parler aux absents. Les présents ont toujours tort. » (page 186)



Drôles de familles !, Sophie Adriansen & Claudine Aubrun


Droles de familles_couvL’Enigme des vacances est une collection qui fait carton plein auprès des enfants (et de leurs parents) depuis plus de dix ans.

 

J’ai écrit un roman, Le souffle de l’ange, paru sous ses couleurs en 2013.

 

En 2014, voici Drôles de familles !, premier hors-série de cette collection. Claudine Aubrun et moi avons imaginé les péripéties de sept étonnantes familles à travers les âges. Sept familles, sept époques, et sept aventures : fêter Halloween à la préhistoire, passer des vacances dans un camping où l’on vit à la mode des Indiens d’Amérique, trouver de vrais aliments pour le réveillon lorsqu’on vit dans le futur et dans l’espace…

 

De l’humour et du suspense, des exercices pour avancer dans la lecture et réviser son programme de l’année, selon le principe de la collection, mais aussi, en nouveautés, des grands jeux et des pages d’activités pour impressionner les parents. Car il s’agit d’un hors-série « spécial jeux » plein de surprises !

 

Une famille préhistorique fête Halloween, une famille du Moyen Âge convertie au végétarisme, une famille royale prête à tout pour remporter la fève de la galette des rois, une famille pirate en vacances à la neige, une famille vampire à une soirée pyjama, une famille de nos jours qui choisit une formule de camping originale, une famille du futur en recherche de vrais aliments pour son réveillon. Prenez 7 familles, 7 époques, secouez le tout… et vous obtiendrez de drôles d’histoires…

 

Editions Nathan, collection L’énigme des vacances

du CM2 à la 6ème (10-11 ans)

avril 2014

194 pages

7,99 €

http://www.lenigme.com/

 

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5 & 6 avril : salon du livre de Provins 2014


provinsLe salon du livre de Provins 2014, dans le cadre du festival Encres vives, se tiendra les 5 et 6 avril prochains.

Après des éditions 2012 et 2013 réussies, je me réjouis d’y participer. D’autant qu’au cours de l’année, j’ai animé des ateliers d’écriture dans plusieurs classes de la commune.

 

Le lieu ne change pas : les festivités auront lieu au centre culturel Saint-Ayoul, 10 rue du Général Delort à Provins (77160).

[pour les Parisiens : la cité médiévale de Provins est accessible en train au départ de la gare de l'Est]

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Parmi les invités cette année en littérature générale, polar, jeunesse et BD :

bann provinsJérôme Attal, Alain Baraton, David Boidin, Bernard Boudeau, Ariane Charton, Maureen Dor, Luc Doyelle, Michel Field, Fabien Hérisson, Francis Huster, Françoise Laborde, Edouard Louis, Murielle Magellan, Sandra Martineau, Serge Moati, Sébastien Mousse, Raymond Poulidor, Sandra Reinflet, Sandrine Roudeix, Fanny Salmeron, Mathieu Simonet, Olivier Steiner, mon chouchou Geronimo Stilton, Ariane Zarmanti…

Tous les invités ici.

 

Le salon sera une fois encore animé par François Alquier.

 

Et parmi les temps forts qui sont l’une des signatures de ce salon, signalons :

- une conférence sur Alain-Fournier donnée par Ariane Charton, biographe de l’écrivain, samedi 5 avril à 14h30

BAN-copie2-300x68- une carte blanche à Michel Field qui recevra trois auteurs autour de leur dernier ouvrage : Murielle Magellan pour N’oublie pas les oiseaux à 16h, Édouard Louis pour En finir avec Eddy Bellegueule à 16h30 et moi-même pour Grace Kelly : d’Hollywood à Monaco, le roman d’une légende à 17h.

 

Ces évènements sont gratuits et se dérouleront au petit théâtre du centre culturel.

Inscriptions : reservations@salondulivreprovins.fr

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Horaires du salon (entrée libre) :

Samedi : 14h-18h

Dimanche : 10h-18h

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Programme complet et informations pratiques sur http://www.salondulivreprovins.fr/site/



Pourquoi écrivez-vous, Vincent Maston ?


Vincent Maston - RENAUD MONFOURNY.JC LATTÈS

 

Vincent Maston est né au Mans en 1978. Ingénieur en informatique, il est passionné de musique.

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Germain dans le métro (JCLattès, 2014) est son premier roman.

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 Photo (c) Renaud Monfourny

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’ai passé un long moment à réfléchir à la réponse que je pourrais donner à cette question, rejetant toutes les réponses raisonnables les unes après les autres. Au final, la seule raison pour laquelle j’écris est simple, redoutablement simple : j’écris parce qu’écrire, c’est amusant. Pas tout le temps, attention ! Il y a quantités de moments pénibles, épuisants, pendant lesquels on se dit qu’on effacerait bien cette saleté de fichier word qui persiste à ne pas vouloir se remplir tout seul. Mais d’un coup, au milieu d’une phrase, d’un chapitre, tout se met en place. Oubliées ces heures passées chercher LA tournure de phrase. Oubliée cette culpabilité qui étreint dès qu’on fait quoi que ce soit d’autre qu’écrire. Le texte coule tout seul, presque malgré soi. Le résultat n’est pas toujours bon, voire même parfois très mauvais, et pourtant… EMaston1t pourtant ces quelques moments où écrire EST amusant valent tous les efforts qui les précèdent.

Je n’écris que quand j’ai un réel projet, une nouvelle, un roman, une lettre même. Rien ne m’ennuie plus qu’écrire sans finalité. Je n’y arrive pas. Je sais pourtant que c’est une bonne chose, écrire un peu chaque jour, comme un musicien s’entraîne en faisant ses gammes encore et encore… Mais bon, je n’ai jamais eu la persévérance suffisante pour être musicien, après tout.

Une fois « Germain dans le métro » fini, je pensais m’atteler immédiatement à la rédaction d’un nouveau roman, mais en fin de compte, je suis à peine sur le point de m’y mettre à présent, près de six mois après la dernière correction de Germain. Un peu de flemme, une bonne dose de procrastination, bien sûr. Le besoin de laisser passer un temps, d’oublier un petit peu Germain, Clotilde et tous les autres. Pour pouvoir me plonger totalement dans la peau de nouveaux personnages l’esprit libre de tout encombrement.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Ne vous mettez pas la pression. Si vous n’écrivez rien pendant un jour, une semaine, un mois, très bien ! Profitez-en pour penser à autre chose, laissez votre esprit divaguer et les idées vous viendront toutes seules, sans prévenir. Pour Germain, un des plus gros blocages que j’ai subi s’est résolu de lui-même alors que j’étais au beau milieu d’une piscine. Gros avantage de cette technique : elle demande une quantité d’effort absolument minime !

Maston2Autre chose : ne rejetez jamais une idée simplement parce qu’elle a déjà été traitée avant. Ca fait un paquet de siècles qu’un paquet de gens écrivent un paquet de livres, rares sont les idées à n’avoir jamais été exploitées. Alors n’hésitez pas, nourrissez-vous de ce que vous lisez, regardez, écoutez ! Apprenez à analyser les œuvres que vous aimez, cherchez dans ces magnifiques boîtes à outils l’ustensile qui vous manque, et une fois celui-ci trouvé, piquez-le sans l’ombre d’un remord. J’utilise particulièrement le site TvTropes.org, qui répertorie différents schémas narratifs (tropes en anglais), et est aussi complet qu’agréable à lire, pour peu que vous n’ayez pas peur d’y passer la nuit en naviguant d’une page à l’autre. Une version française existe, mais est bien moins fournie : http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Fr/HomePage

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Précédent rendez-vous : Claudine Aubrun

Prochain rendez-vous : Ariane Zarmanti

 

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