Le Paris me des kids, Marcella & Pépée


Paris mePrésentation de l’éditeur :

La Tour Eiffel dans tous ses états comme vous ne l’avez jamais vue. Couleurs pop et graphisme dynamique, les deux auteures revisitent l’emblème de Paris. La géante de fer au gris austère s’habille en rouge, en jaune, en bleu. Et se transforme en symbole de gaieté. Paris Me des Kids, un petit livre d’art, de mots et de couleurs à emporter partout… Un livre créatif qui laisse place à l’inventivité des enfants. 

 

 

Des haïkus.

Des tours Eiffel.

Des cœurs.

Des souris.

Un loup et un petit chaperon rouge.

paris-me-pomme-damourDes chats.
Une marelle.

De la poésie.

Des couleurs pastel.

Des gâteaux moelleux.

Des animaux facétieux.

Des mots beaux.

 

Il y a tout cela, et plus encore, dans ce tout petit livre qui s’adresse aux tout petits et raconte un Paris plein de gaieté et de fantaisie.

 

Un Paris qui réveille l’imagination.

 

Un Paris qui me chavire.

 

Editions Les Carnets du Dessert de Lune, février 2014, 32 pages, 8 euros

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Mon nom est Dieu, Pia Petersen


Mon nom est DieuPrésentation de l’éditeur :

Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane devrait a priori se méfier de ce SDF dépressif et bougon, peut-être dangereux, qui se place obstinément sur son chemin… Surtout quand il lui annonce qu’il est Dieu et qu’il l’a choisie pour écrire sa biographie ! Contre toute raison, Morgane, résolument incroyante, va se laisser captiver par ce personnage improbable. Un Dieu amer, découragé, qui ne comprend pas pourquoi les hommes se détournent de lui – à l’exception de Jansen, fondateur d’une Église aux allures de secte, qui a décidé d’en faire son icône.

À cette fable, Pia Petersen parvient à donner une étonnante réalité. Comme Morgane, le lecteur finit par se demander s’il n’a pas réellement affaire à Dieu. Et se laisse prendre au miroir d’une fiction qui en dit assez long sur notre modernité si incertaine d’elle-même…

 

Etrange roman que voilà. Le lecteur est sceptique. Dieu, vraiment, sous les allures de ce mendiant ? Un imposteur, oui ! De ce qu’il dit, le lecteur ne croit rien. Tout comme Morgane. Affabulateur. Pourtant, cet homme qui se fait appeler Dieu et qui veut vivre comme un homme pour enfin les comprendre insiste. Reste. Se fait attachant. Devient humain.

 

Et Morgane, qui avait hésité à accepter le projet de biographie par lequel il l’a abordée, propose à celui qui se fait appeler Dieu de s’installer dans le studio en face de son appartement. Pour une durée indéterminée. Alors même qu’elle ne sait pas à qui elle a affaire.

 

Avec un rythme saccadé, Mon nom est Dieu nous en dit finalement plus sur les hommes que sur Dieu. Nos peurs et nos freins, nos faiblesses et nos espoirs. Ce qui nous fait hommes, ce qui en nous parfois confère au divin.

 

Cette fable en forme de roman est aussi celle de la manipulation des hommes par d’autres hommes qui agissent au nom de Dieu.

 

En 300 pages pleines de rebondissements, l’ouvrage de Pia Petersen nous renvoie à nos croyances individuelles.

 

Editions Plon, janvier 2014, 300 pages, 19 euros

 

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Un écrivain, un vrai

Pourquoi écrivez-vous, Pia Petersen ?

Phrases choisies :

 

« Morgane croit au coup de foudre et pense que ça va finir par lui tomber dessus un jour et qu’il faudra qu’elle soit libre ce jour-là. » (page 28)

 

« Ce n’est rien, mourir. Pourtant les gens prennent ça pour de la générosité. » (page 49)

 

« C’est étrange que le monde soit incapable de se passer d’un dieu. » (page 77)

 

« Les livres portent chance. » (page 116)

 

« Ces jouisseurs d’exotisme qui parcourent la planète pour trouver de la pauvreté et du sang afin d’avoir la sensation de vivre. » (page 116)

 

« Elle se trouve ridicule, elle ne croit pas en Dieu et devant elle, Dieu, sans aucun doute. Peut-être qu’il correspond juste à l’idée qu’elle a de lui. » (page 112)

 

« La Bible comme preuve ne suffit pas. » (page 153)

 

« Ce n’est pas une vie au sens propre mais appelons-la ainsi pour simplifier. » (page 157)

 

« Les super-héros paraissent beaucoup plus crédibles que Dieu. » (page 169)

 

« Tout est fondé sur l’idée de la foi et la foi ne s’interroge pas. » (page 170)

 

« Maintenant que j’ai la possibilité de savoir ce qui se passe dans le monde, je peux éteindre les voix dans ma tête. » (page 187)

 

« Il ne faut pas forcément résister. » (page 192)

 

« Elle se dit que c’est inévitable de s’attacher à quelqu’un qui vit sous son toit et tant pis si son nom est Dieu. » (page 207)

 

« La biographie de Dieu. Sujet dépassé, ringard, trop exploité, ou pas. A priori, plus personne ne s’y intéresse, sauf, bien sûr, les croyants mais ils sont tellement aveuglés par leur croyance, ils n’ont pas d’humour alors de toute façon ils n’adhéreront probablement pas à une biographie de Dieu. » (page 233)

 

« Pour qu’il puisse accéder au divin en lui, il doit d’abord être conscient de ce qu’il est. » (page 235)



Surfing, Jim Heimann


cover_va_365_days_surfing_int_1312200951_id_756949Présentation de l’éditeur :

Apportez une touche d’adrénaline à votre quotidien. Avec le calendrier perpétuel TASCHEN Surfing, découvrez chaque jour une photographie ou une illustration vintage qui vous donneront la nostalgie de la culture surf d’antan. Des citations issues du cœur de la culture surf vous changeront les idées en vous emportant bien au-delà de votre bureau. À la fin de l’année, vous n’aurez plus qu’à retourner au début pour laisser déferler l’aventure !

 

 

L’été à portée de main ! Et avec lui le sable, les planches, les cheveux blondis par le sel, les effluves de monoï. Ce calendrier perpétuel, c’est l’esprit du surf du temps des Beach boys. Mais il n’est pas nécessaire d’aimer taquiner la vague pour apprécier les photographies, illustrations et citations de l’ouvrage ; aimer les vacances suffit !

 

Un très bel objet, presque aussi lourd qu’une planche, qui donne envie de plonger… et qui, on le sait déjà, nous aidera à traverser l’hiver.

 

Taschen, 2014, 736 pages, 19,99 euros

 

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La traversée du chien, Pierre Puchot


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Quatrième de couverture :

« Elle se tient là, à trente kilomètres de Paris, cette immense ville-cité de la Grande Borne, fleuron architectural des années 1970, projet unique au monde tombé en lambeaux sous le poids des ans, des absences de politiques publiques et de l’errance sociale. Pourtant, quinze mille personnes y habitent, et la vie y bouillonne.

Pour les beaux yeux d’une jeune journaliste, Bruno, mécano du quartier des Radars, entend ranimer la flamme des origines, les espoirs d’un architecte qui voulait enchanter le quotidien en construisant des nouilles géantes de béton, des pigeons de pierre hauts de deux mètres pour les enfants et des labyrinthes, surtout des labyrinthes, comme autant de lignes de fuites par lesquelles les braqueurs sèment désormais les policiers à travers la cité.

Dans la ville-Basse, quartier pavillonnaire de la Borne, Bruno trouve l’espoir d’une séduction, et d’un accès rapide à sa propre permanence. Mais lorsqu’il s’envole pour Berlin, ville dont les plaies béantes de l’histoire ont façonné une nouvelle douceur de vivre, Bruno perd pied, tout nu sans sa carapace de pâte de verre et de béton. Il échoue finalement à Tunis, ville démembrée qui s’éveille elle aussi à l’histoire, où il s’accomplit le temps d’une révolution. » – Pierre Puchot

 

Ce roman est un petit OLNI. L’on croit lire un roman sur une cité, celle de La Borne, « quinze mille personnes, une presque-ville rattachée à la terre par une longue étendue d’herbe molle, une avancée urbaine irrémédiable, un îlot dans le flot massif de véhicules en perpétuel transit. », et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire une histoire d’amour, d’un amour qui se fonde aussi sur une certaine admiration professionnelle, et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire le récit partial des débuts du printemps arabe, et puis ça n’est pas vraiment ça non plus.

Ou peut-être est-ce tout cela à la fois.

 

Pierre Puchot, en tout cas, nous emmène là où l’on ne s’y attend pas. Journaliste de profession, il fait aussi le récit de la rencontre d’un individu avec un métier. Presque une déclaration d’amour à un art, alors que dehors sonne une déclaration de guerre.

Un premier roman curieux et inclassable, à l’écriture aérée, extrêmement court, très fluide, qui laisse un arrière-goût de pas assez.

 

Editions Galaade, mars 2014, 124 pages, 14 euros

 

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Quatre extraits :

 

« Ça rassure tout le monde de savoir que l’on souffre ailleurs, pas trop près de chez soi mais pas trop loin non plus. » (page 23)

 

« L’architecte a construit une œuvre, un empilement d’œuvres, un musée en plein air, pour nous faire vivre dedans. Mais les pierres, les dalles et les façades en pâte de verre s’usent, comme les gens. » (page 51)

 

« Même en dictature, surtout en dictature, il y a un rapport personnel entre les gens et le chef de l’Etat. Toute la société, tout repose sur cela, sur cette relation à deux. » (page 99)

 

« On dit qu’un chien ne traverse jamais la route tout droit, jamais de la même façon, mais qu’il arrive toujours sur l’autre trottoir. » (page 111)



Avant d’être écrivain #2 : De l’analyse financière à l’écriture


SA-avant-detre-ecrivain-1024x302Avant d’être écrivain, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

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Tous les chemins mènent à l’écriture ! Cette rubrique propose d’explorer les trajectoires individuelles d’écrivains pour mieux démontrer qu’il n’y a ni parcours type, ni de bagages obligatoires. Car, pour copier Simone de Beauvoir : on ne naît pas écrivain, on le devient.

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Analyste financier épris de littérature, Mabrouck Rachedi a un jour fait le choix d’abandonner la raison pour la passion. Quelques années après l’obtention de son DEA Analyse Economique, Modélisation et Méthodes Quantitatives option Finance, il tourne le dos aux sociétés de bourse. Auteur de trois romans et d’un essai, il intervient en milieu scolaire et écrit également des scénarios. Rencontre.

 

J’ai senti que vivre ma passion était le sens de ma vie

Mabrouck-Rachedi_c-Sophie-AdriansenJ’ai commencé à écrire à l’adolescence, après la lecture du Père Goriot de Balzac. J’ai été émerveillé par le style et je me suis laissé aller à des petits bouts d’écriture dont l’un des premiers fut Le poids d’une âme, mon premier roman. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ce livre, à ce moment de ma vie, m’a autant touché.

L’analyse financière était un choix de raison. Je suis issu d’un milieu plutôt modeste et, à travers la finance, j’ai cherché ce que je n’avais pas. J’étais loin d’être malheureux dans ma vie d’avant mais j’ai senti que vivre ma passion était le sens de ma vie. Je n’ai pas calculé. Cette insouciance était liée à ma méconnaissance totale de l’édition. J’ai pensé que j’écrirais puis que je publierais. Cela a été beaucoup plus compliqué que ça.

Sur le plan pratique, j’ai négocié mon départ puis j’ai… (lire la suite)

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Eloge du miséreux, Mabrouck Rachedi

Pourquoi écrivez-vous, Mabrouck Rachedi ?

Le petit Malik, Mabrouck Rachedi

La petite Malika, Mabrouck Rachedi & Habiba Mahany

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Pourquoi écrivez-vous, Claire Berest ?


Claire Berest (c) Philippe Matsas

Claire Berest est née en 1982. Elle est l’auteur de deux romans, Mikado (2011) et L’Orchestre vide (2012), et de deux essais, La Lutte des classes. Pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale (2012) et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs (2014).

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 Photo (c) Philippe Matsas

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je réalise, depuis que Sophie Adriansen m’a posé cette question pour son blog, que je ne sais pas depuis quand je ne me la suis plus posée. Peut-être jamais ? Peut-être me l’étais-je posée des milliers de fois mais avant d’avoir publié mon premier livre ? Peut-être qu’après avoir publié un livre puis plusieurs, j’ai cessé de m’arrêter sur cette question, dans l’urgence de produire, de remplir l’espace tant attendu, celui où j’avais le droit d’écrire, la possibilité, l’opportunité, et puis un devoir, que je décidais, envers moi-même. Et alors j’ai oublié que je me l’étais déjà posée.

BerestIl n’y a pas de réponse adéquate, car il n’y a pas de décision raisonnable d’écrire.

J’ai un souvenir d’enfance extrêmement précis. J’étais à l’école primaire, je devais avoir autour de huit ans. Nous avions pris une habitude avec quelques camarades durant les mois de l’année où il faisait très froid. Il y avait dans la cour de cette école de petits renfoncements qui abritaient les portes ouvrant sur la cour carrée de récréation, à l’image d’un grand patio. Cela formait de petites niches, où quatre petites filles pouvaient se lover parfaitement coude à coude, pour bloquer le froid. Nous organisions ces nichées animales à chaque récréation, les corps serrés les unes contre les autres, les jambes entremêlées, formant probablement un gentil petit paquet d’enfants, et alors je leur racontais une histoire.

Toujours la même, sous forme de feuilleton, il y avait des personnages principaux, d’autres secondaires – c’était probablement des enfants ? On parle toujours de soi – je ne sais plus, ils étaient dans une vieille maison perdue je crois, et ils leur arrivaient toutes sortes de péripéties, d’aventures. Ce dont je me rappelle avec acuité, c’est que cela faisait peur, c’était assez terrible, et j’organisais systématiquement un climax, un cliffhanger avant que la cloche ne sonne : une porte qui s’ouvre, une trappe qui se révèle, un ennemi qui se dessine. Nous retournions en classe. Puis nous reprenions, à la récréation suivante, ainsi pendant des mois. La même histoire, jamais interrompue. Une petite routine qui nous tenait chaud.

Ce que je sais avec clarté, c’est que je ne préparais rien, je n’y pensais pas, en dehors de ces récréations, cela cessait d’exister. Alors l’histoire naissait au rythme de mes paroles, et des réactions immédiates de mon public.

En repensant du haut de ma trentaine passée à la petite fille que j’étais alors, j’admire son absence d’angoisse.

C’était dénué de calcul, de stratégie, de préparatifs. C’était évident. Je ne sais plus comment cela avait commencé, j’étais devenue une raconteuse d’histoires pour faire passer l’hiver. Et quand mes jeunes amies me demandaient : « Mais tu connais la suite ?! », je répondais, mystérieuse : « Bien sûr, vous verrez. » Et j’avais conscience nettement que, bien que ne connaissant pas la suite, puisque créant cette histoire à chaque fois dans l’instant, je devais garder cette ficelle pour moi, je leur devais cette illusion, car la magie résidait précisément à cet endroit là.

Ce que je ressentais dans ces moments où je tenais mon audience, où je laissais vivre une histoire qui s’échappait de moi, histoire qui m’apparaissait tout aussi réelle et tout aussi valable que la réalité, c’était d’être à un endroit juste, où j’étais bien et où j’étais au chaud.

Voilà peut-être pourquoi j’écris.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Le premier conseil serait : Mais fais-le donc !

Le deuxième conseil plus pragmatique serait le suivant :

Accepte tranquillement et par avance que tu vas écrire cinquante pages, et qu’en les relisant, quarante-neuf trois quarts seront mauvaises, clichées, à côté de la plaque, ennuyeuses, immatures, trop influencées par tes modèles, ridicules, pathétiques, voire grotesques…

Accepte de tout couper et de tout recommencer.

Accepte que les quelques lignes gardées, échappées de la guillotine, donnent un délicieux sens à ta vie.

Accepte que tu ne pourras pas répondre à la question « Pourquoi écris-tu ? ».

 

 

 

Précédent rendez-vous : Olivier Steiner

Prochain rendez-vous : …

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Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs

La lutte des classes

L’orchestre vide

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »



Enfants perdus, Claire Berest


enfants-perdus-enquete-a-brigade-mineurs-1493170-616x0Présentation de l’éditeur :

Claire Berest a suivi pendant des mois le travail des policiers de la brigade des mineurs de Paris. En immersion, à travers de longs entretiens, elle est partie à la découverte de leur métier, de cette mission unique qui fait d’eux les témoins privilégiés de la vie des adolescents d’aujourd’hui, de ce qu’ils subissent et font subir.

Une évidence s’est imposée à elle en écoutant leurs histoires : de plus en plus de jeunes sont, toujours plus tôt, emportés dans une dérive où la violence tient lieu de lien social, où la pornographie remplace la sexualité, balayant au passage tous les acquis du féminisme. À ces enfants perdus, rien ne semble plus permettre de se construire, de se projeter dans l’avenir.

Pour comprendre ce phénomène, elle a poursuivi son enquête auprès de magistrats, d’enseignants, d’un homme politique, d’un pédopsychiatre. À tous elle a posé la même question : qu’est-il en train de se passer dans la jeunesse française ?

Les réponses pourront effrayer. Mais on ne pourra plus dire, après avoir lu Claire Berest, qu’on ne savait pas.

 

Ceux que Claire Berest nomme les « enfants perdus », ce sont « nos adolescents égarés ou blessés par d’autres, par les institutions, par eux-mêmes. Et d’abord, peut-être, par notre époque. » Des enfants « qui se perdent en étant trop pressés de grandir. »

L’adolescence est cet âge passionnant « où il y a en même temps un risque d’aller très mal et des chances d’aller très bien. », selon la formule qu’emploie un pédopsychiatre. A l’adolescence en 2014, on est connecté en permanence et on envoie en moyenne 84 SMS par jour. Ainsi c’est une « jeunesse surexposée » dans une société où se mettre en scène a pris le pas sur vivre que Claire Berest donne à voir dans cette enquête à la brigade des mineurs. Ce qu’on expose d’abord, dans une schizophrénie de plus en plus fréquente, c’est son enveloppe. L’acte sexuel est banalisé, les corps sont consommés. A la brigade des mineurs, toutes les affaires touchant à la sexualité sont liées aux réseaux sociaux d’une manière ou d’une autre.

 

« Peut-être faut-il, pour essayer de saisir tout ce qui, chez ces adolescents, nous échappe, aller interroger leur réalité là où la rupture est la plus brutale, dans l’espace où elle s’exprime avec le plus de violence – la brigade des mineurs. » (page 25)

 

Claire Berest a pénétré un univers peu connu avant que le film Polisse ne le mette en lumière. Ce sont des enquêteurs qui passent davantage de temps avec les enfants des autres qu’avec les leurs, au sein d’une brigade qui joue aussi les standards téléphoniques sur l’enfance et l’adolescence.

En œuvrant pour le progrès, l’on court à notre perte. Internet est une avancée mais il concourt aussi, dans certains cas, à faire reculer la civilisation. A empoisonner les rapports réels. On recense de plus en plus de cas de suicides liés à la cyberintimidation.

Et les jeunes inculpés, eux préfèrent les semaines de prison aux heures de travaux d’intérêt général. En prison au moins, la paresse est autorisée.

 

Dans cette enquête, l’auteur s’implique. C’est aussi ce qui fait la force de son livre. Elle est un personnage à part entière. Des difficultés apparaissent sur le chemin de l’écriture de ce livre « conçu comme un exercice de lucidité sur des réalités habituellement masquées ». Des difficultés logistiques – les rendez-vous avec les enquêteurs de nuit annulés au dernier moment car il y a une urgence à gérer – mais pas seulement.

« Ecrire ce livre devient une gageure un peu vertigineuse. Je malmène mes propres tabous pour dévoiler un dévoilement qui me répugne. » (page 73)

« La vérité que je suis venue chercher s’est révélée plus brutale encore que ce dont j’avais l’intuition, et cette enquête née d’une colère n’aura fait que l’amplifier. » (page 86)

 

L’on suit, tristement fasciné, les pérégrinations de l’écrivain qui se perd en rencontrant, directement ou indirectement, tous ces enfants perdus.

Et l’on se demande ce que l’on fait de nos jeunes, et si le pire n’est pas encore à venir.

Un ouvrage nécessaire, au style très personnel, dont on ne sort pas indemne.

 

 

Editions Plein jour, janvier 2014, 192 pages, 18 euros

 

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La lutte des classes

L’orchestre vide

 

Phrases choisies :

 

« A la brigade des mineurs, il y a toujours de la lumière. » (page 33)

 

« On sait que l’on est au bon endroit quand on est dépassé par son objet de recherches. Débordé. » (page 43)

 

« A force de nier le réel, il va nous exploser au visage. » Un enquêteur (page 58)

 

« La droite va privilégier l’efficacité, la gauche la justice, et à chaque fois au détriment de l’autre exigence. » (page 92)

 

« Ce qui n’a pas encore été scientifiquement étudié peut cependant exister, et que vaut une pensée qui refuse le réel ? » (page 101)

 

« A 14 ans, on tombe en amitié aveuglément, absolument, avec la très vague conscience que certaines de ces amitiés naissantes vous suivront peut-être toute votre vie. » (page 127)

 

« Des copains morts avant 20 ans, qui resteront éternellement adolescents. » (page 128)

 

« La jeunesse est une permanence. » (page 129)

 

« Internet échappe à toute maîtrise, telle est son effrayante beauté. » (page 133)

 

« L’écran permet de se libérer de la normalité éthique et sociale. » (page 139)

 

« Le féminisme est un combat toujours recommencé. » (page 149)



Le bomeur, Nathanaël Rouas


Le bomeurPrésentation de l’éditeur :

« Quand Lola m’a ajouté sur Facebook, elle a checké mon profil.
En 586 photos, 320 statuts et 1780 friends, elle en a déduit que j’étais un connard.
Un connard prétentieux.
Pour mes 1780 friends, j’ai une vie cool. Ils ne me voient pas bader le dimanche soir, seul chez moi devant mon ordinateur, une rediffusion de « Zone interdite » en fond sonore, et mon paquet de clopes vides sur la table basse. Je ne vais pas poster de photos de mon rendez-vous Pôle emploi à 9h30 à Belleville en plein hiver et de mon arrivée en scoot sous la pluie.
En fait, j’ai un statut social virtuel cool.
Et un vrai statut social de merde. »

Un portrait romanesque des 20-35 ans, génération qui n’a connu que la crise, mais qui n’a pas renoncé pour autant à la désinvolture.

 

 

Le narrateur est chômeur. Comme trois millions de personnes. Mais avec des indemnités supérieures à ce que gagnent 80% des Français qui travaillent. Du temps et de l’argent, donc. De quoi mener la belle vie. A condition de savoir s’occuper.

 

Et c’est bien là le problème. Notre bobo chômeur se connecte 4h52 par jour sur Facebook et enchaîne les apéros. Avant Pôle Emploi, il officiait dans la pub. Alors avec/devant les potes, les idées de projets fusent – mais pour les mettre en œuvre, on verra plus tard. Après sa soirée avec Anouk, par exemple. Qui lui plaît vraiment. Mais qu’il ne fait pas tellement rêver. Qui un bomeur peut-il faire rêver, en réalité ?

 

Quand on est au chômage plus que dans n’importe quel autre cas de figure, on sait ce qu’on a été mais pas ce qu’on va devenir. Comment exister aux yeux de l’autre quand on ne parvient plus à le faire aux siens ? Comment avoir le sursaut salvateur quand la confiance en soi est sacrément entamée ?

 

Sur un ton ultra léger, dans une langue plus orale qu’écrite, et avec des hein qui scandent un récit au rythme déjà rapide, Nathanaël Rouas pointe des situations absurdes qu’il saupoudre de réflexions bien senties sur ce que l’on peut et veut faire de sa vie. Ce livre, son premier et – est-il promis – aussi son dernier, dédramatise le chômage tout en incitant à donner quelques bons coups de pied au c*l. C’est drôle, et ça a aussi le mérite de rappeler qu’entre le chômage et le salariat, les alternatives existent. Un instantané de société et évidemment pas un objet à considérer sur le plan littéraire.

 

Même que le bomeur a un blog.

 

Robert Laffont, mars 2014, 264 pages, 18,50 euros

 

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Libre, seul et assoupi, Romain Monnery

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Flashs :

 

« A Paris, c’est comme ça que ça se passe. Si t’es rentré dans le bon cercle, t’as accès à tout. » (page 14)

 

« Si on a confiance en moi, alors j’ai confiance en moi. Et je deviens un tueur. » (page 17)

 

« On ne se rend jamais compte de l’attachement des gens à leur job. » (page 35)

 

« Le dimanche soir, c’est pas un soir à plan cul. Le dimanche soir, c’est trop personnel. » (page 45)

 

« Une fille mignonne, faut toujours lui montrer que tu t’en bats les couilles d’elle pour qu’elle se mette à faire attention à toi. Sinon, t’es juste un chien de plus dans la meute. » (page 47)

 

« Pôle emploi devrait financer mes tickets resto, bah ouais, c’est comme ça que j’entretiens mon réseau. » (page 60)

 

« Tout est toujours plus beau quand c’est de l’imprévu. » (page 64)

 

« Rendre cool le fait d’être au chômage, c’est ça être un bomeur.

En fait, c’est surtout réussir à faire croire à l’autre que c’est cool d’être au chômage. » (page 81)

 

« Quand on ne connaît pas le chômage, on en a peur. » (page 109)

 

« Mon problème, c’est que je veux tout donner direct par peur qu’elle me donne rien. » (page 132)

 

« Je suis la flemme poussée à son paroxysme. » (page 137)

 

« J’ai toujours pensé qu’on a les amis qu’on mérite. Quand je vois les miens, je me dis que je suis un mec bien. » (page 145)

 

« Dans ma vie professionnelle, j’avais toujours une date butoir. Maintenant, je n’ai aucun dernier moment. » (page 157)

 

« J’ai toujours pensé que la créativité n’était pas réservée aux créatifs. Tout le monde peut avoir la bonne idée au bon moment. » (page 165)

 

« Quand quelqu’un de proche réussit, ça donne l’impression que nous aussi nous aurions pu réussir. Alors que ça n’a aucun lien. » (page 167)

 

« Peu de gens sont vraiment heureux pour le succès de leurs proches. Justement parce que ça les renvoie à leur condition personnelle. » (page 167)

 

« L’actualisation Pôle Emploi, c’est les cinq clics les plus chers du web. » (page 170)

 

« J’arrive à me faire virer de Pôle Emploi. C’est dur quand même de se faire virer d’un truc pour des gens qui n’ont pas de travail. C’est surréaliste comme situation. » (page 175)

 

« Quand tu n’as aucune raison de te lever, tu ne te lèves pas. » (page 218)



Mange, prie, aime, Elizabeth Gilbert


Mange prie aimePrésentation de l’éditeur :

A trente et un ans, Elizabeth possède tout ce qu’une femme peut souhaiter : un mari dévoué, une belle maison, une carrière prometteuse. Pourtant, elle est rongée par l’angoisse et le doute.

Un divorce, une dépression et une liaison désastreuse la laissent encore plus désemparée. Elle décide alors de tout plaquer pour partir seule à travers le monde !

En Italie, elle goûte aux délices de la dolce vita et prend les « douze kilos les plus heureux de sa vie » ; en Inde, ashram et rigueur ascétique l’aident à discipliner son esprit et, en Indonésie, elle cherche à réconcilier son corps et son âme pour trouver cet équilibre qu’on appelle le bonheur…

Et qui n’a jamais rêvé de changer de vie ?

 

 

Avant de devenir un film avec Julia Roberts dans le rôle principal, Mange, prie, aime était un roman qui a connu un succès considérable dans le monde entier.

Elizabeth Gilbert, l’auteur, est née le 18 juillet 1969. Par une nuit de désespoir, elle décide qu’elle ne veut plus de la vie qui est la sienne.

« Je ne veux pas de bébé. Or, j’étais censée en vouloir un. J’avais trente et un ans. Mon mari et moi étions ensemble depuis huit ans, mariés depuis six, et nous avions construit toute notre vie autour de cette attente commune – à savoir que, passé le cap des trente ans et des atermoiements, j’aurais envie de me fixer et d’avoir des enfants. » (page 22)

 

Elle prend ses responsabilités et engage les démarches qui s’imposent. A commencer par un divorce, douloureux, au cours duquel elle perdra sept kilos. Puis elle décide d’entamer un périple d’un an dans –hasard – trois pays en i. L’Italie pour le plaisir, l’Inde pour la spiritualité, l’Indonésie pour l’équilibre.

Après avoir mangé beaucoup de pâtes à Rome, la narratrice plonge dans le yoga.

Elle raconte notamment son expérience du kundalini shakti, « un pouvoir qui ondule tel un serpent le long de la colonne vertébrale et qui, comme sous l’effet d’une détonation, perce dans la tête un trou par lequel les dieux peuvent entrer », « l’énergie suprême du divin ». Dans l’ashram où elle séjourne, « tout sort », elle évacue « comme du vomi » ses démons résiduels – nombreux.

Viendra enfin l’Indonésie et ses personnages hauts en couleurs où, libérée de ses chaînes, délestée de ses angoisses, la narratrice trouvera enfin ce qu’elle cherchait.

 

Mange, prie, aime est très accessible, trop peut-être. Forme comme fond auraient gagné à être poussés plus loin, mais sans doute que c’est cette simplicité qui a concouru au succès du livre. Cependant le message est là, et quel message ! Une invitation, une motivation, une confirmation…

 

Un parcours initiatique passionnant à réserver à celles et ceux qui sont déjà, ne serait-ce qu’un peu, engagés sur le chemin de cette quête intérieure – sous peine de passer complètement à côté du livre et de n’y trouver que le récit, peu intéressant en tant que tel, d’un an de voyages.

Mais pour celles et ceux-là, joies, révélations et perspectives garanties !

 

Le livre de poche, mai 2009 (et Calmann-Lévy, avril 2008), 512 pages, 7,10 euros

 

Extraits choisis (et nombreux !) :

 

« A la pleine lumière du jour, je barrais la route à cette pensée, mais la nuit, elle me consumait. » (page 24)

 

« Dieu ne vous claque jamais une porte au nez sans ouvrir une fenêtre. » (page 40)

 

« Une éternité durant, on peut se convaincre qu’on s’est simplement écarté de quelques pas du chemin principal, et qu’on va le retrouver d’un instant à l’autre. Et puis la nuit tombe, d’autres nuits lui succèdent, on ne sait toujours pas où l’on est, et là, il est temps d’admettre qu’on s’est fourvoyé si loin du chemin qu’on ne sait même plus dans quelle direction le soleil se lève. » (page 81)

 

« La culture de Rome ne cadre tout simplement pas avec celle du yoga, du moins pour ce que j’en ai vu jusque là. En fait, j’ai décidé que Rome et le yoga n’ont absolument rien en commun. » (page 92)

 

« Je disparais dans la personne dont je suis amoureuse. Je suis la membrane perméable. Si je suis amoureuse de vous, vous pouvez tout avoir. » (page 107)

 

« La tristesse est un lieu. Où les gens vivent parfois pendant des années. » (page 116)

 

« Quand je serai une vieille dame, je voudrais bien ressembler à Rome. » (page 118)

 

« Tout est pour le mieux, je le sais. Je suis en train de choisir le bonheur contre la souffrance, je le sais. Je fais de la place pour que l’avenir et son cortège d’inconnues remplissent ma vie avec de nouvelles surprises. Je sais tout cela. Mais tout de même… » (page 137)

 

« Est-ce si mal de vivre ainsi un petit moment ? Est-ce si terrible de traverser le temps, l’espace de quelques mois à peine dans toute une vie, sans ambition plus haute que celle de trouver où s’attabler devant son prochain festin ? Ou d’apprendre une langue étrangère uniquement parce que l’entendre est un ravissement pour l’ouïe ? Ou de faire la sieste dans un jardin, dans un rai de soleil, en pleine journée, à côté de votre fontaine préférée ? Et puis de recommencer le lendemain ? » (page 181)

 

« Dans un monde où règnent le désordre, le chaos et la fraude, parfois, on ne peut faire confiance qu’à la beauté. Seule l’excellence artistique est incorruptible. » (page 183)

 

« Nous avons reçu la vie ; il est de notre devoir de trouver un objet de beauté dans la vie, si insignifiant soit-il. » (page 184)

 

« Le yoga, c’est l’effort que consent un individu pour faire l’expérience de sa divinité, et pour ensuite se cramponner à jamais à cette expérience. » (page 194)

 

« Prier est l’acte de parler à Dieu, tandis que la méditation est celui de l’écouter. » (page 208)

 

« On passe son temps à excaver le passé, ou à scruter l’avenir, mais on se repose rarement dans le moment présent. » (pages 209-210)

 

« On ne devrait jamais s’autoriser à s’effondrer, car lorsqu’on le fait une fois, cela devient une habitude. » (page 213)

 

« Il va nous falloir un plus gros bateau. » (Les Dents de la mer, cité page 214)

 

« Dans la tradition yogique indienne, ce divin secret s’appelle la kundalini shakti, et celle-ci est dépeinte tel un serpent qui reste lové à la base de l’épine dorsale jusqu’à ce que, délivré par le contact d’un maître ou par un miracle, il la gravisse et franchisse les sept chakras, ou roues, pour enfin ressortir par la tête, et dans cette déflagration, s’unir à Dieu. » (page 224)

 

« Exactement comme il y a dans l’écriture une vérité littérale et une vérité poétique, il y a, dans l’être humain, une anatomie littérale et une anatomie poétique. L’une est visible ; l’autre ne l’est pas. L’une est constituée d’os, de dents et de chair ; l’autre, d’énergie, de mémoire et de foi. Mais les deux sont également vraies. » (page 225)

 

« Les gens pensent qu’une âme sœur est leur association parfaite, et tout le monde lui court après. En fait, l’âme sœur, la vraie, est un miroir, c’est la personne qui te montre tout ce qui t’entrave, qui t’amène à te contempler toi-même afin que tu puisses changer des choses dans ta vie. Une vraie âme sœur est probablement la personne la plus importante que tu rencontreras jamais, parce qu’elle abat tes murs et te réveille d’une claque. Mais passer sa vie avec une âme sœur ? Quelle idée ! Trop douloureux. L’âme sœur, elle ne débarque dans ta vie que pour te révéler une autre strate de toi-même, et ensuite, elle se casse ? Dieu merci. Ton problème, c’est que tu n’arrives pas à la laisser s’en aller. » (page 232)

 

« Lâcher prise est une entreprise effrayante pour ceux d’entre nous qui croient que le monde ne tourne que parce qu’il est doté d’en son sommet d’une manivelle que nous actionnons, en personne, et que, si jamais nous lâchions cette manivelle ne serait-ce qu’un instant, eh bien ce serait la fin de l’univers. » (page 242)

 

« Les expériences les plus violentes se produisent quand je déstocke quelques-unes de mes dernières appréhensions, et laisse une véritable turbine d’énergie se déchaîner le long de mon épine dorsale. » (page 247)

 

« La prière est une relation ; il m’incombe de faire la moitié du boulot. Si je veux une transformation, mais ne prends même pas la peine d’exprimer clairement ce que je vise au juste, comment pourra-t-elle se produire ? Le bénéfice de la prière réside pour moitié dans la demande elle-même, dans la suggestion d’une intention clairement posée et mûrement réfléchie. » (page 274)

 

« Ce que le tabac inflige au poumon, le ressentiment l’inflige à l’âme : même une seule bouffée est nocive. » (page 288)

 

« Je suis convaincue que si votre culture ou vos traditions n’offrent pas le rituel spécifique dont vous avez tant besoin, alors vous êtes entièrement autorisé à inventer votre propre cérémonial, et à réparer vos circuits émotionnels endommagés avec l’ingéniosité bricoleuse d’un généreux plombier-poète. » (page 291)

 

« A un moment donné, on est juste monsieur ou madame Tout-le-monde, en train de se coltiner sa vie banale, et puis soudain – qu’est-ce que c’est que ça ? – rien n’a changé, et pourtant, on se sent ébranlé par la grâce, dilaté d’émerveillement, inondé de félicité. Tout – sans aucune raison décelable – est parfait. » (page 304)

 

« D’après les mystiques, cette quête de la félicité divine constitue le but d’une vie humaine entière. » (page 305)

 

 

« La flexibilité est aussi essentielle pour la divinité que la discipline. » (page 318)

 

« C’est moi qui suis sur la sellette. C’est moi qui suis sous le feu des projecteurs. En train de me choisir ma religion. » (page 322)

 

« Mon chemin vers Dieu est une insurrection ouvrière,

Nulle paix ne se fera sans l’intervention du syndicat. » (page 324)

 

« Même dans ma culotte, je me sens différente. » (page327)

 

« Les petites filles qui sont une raison de vivre pour leur mère deviennent, en grandissant, des femmes très fortes. » (pages 393-394)

 

« Les gens, universellement, ont tendance à penser que le bonheur est un coup de chance, un état qui leur tombera peut-être dessus sans crier gare, comme le beau temps. Mais le bonheur ne marche pas ainsi. Il est la conséquence d’un effort personnel. On se bat, on lutte pour le trouver, on le traque, et même parfois jusqu’au bout du monde. Chacun doit s’activer pour faire advenir les manifestations de sa grâce. Et une fois qu’on atteint cet état de bonheur, on doit le faire perdurer sans jamais céder à la négligence, on doit fournir un formidable effort et nager sans relâche dans ce bonheur, toujours plus haut, pour flotter sur ses crêtes. Sinon, ce contentement acquis s’échappera de vous, goutte à goutte. » (pages 396-397)

 

« Tous les maux, tous les problèmes de ce monde sont causés par des gens malheureux. Tant dans une vision d’ensemble, à la Hitler et Staline, qu’au simple niveau individuel. Même à l’échelle de ma propre vie, je vois exactement où les épisodes malheureux que j’ai vécus ont créé souffrance, détresse ou (à tout le moins) désagréments dans mon entourage. La quête de la plénitude, par conséquent, n’est pas simplement une action dictée par notre instinct de conservation et pour notre seul bénéfice. Elle est aussi un cadeau généreux que nous offrons aux monde. » (page 397)

 

« Elle a énuméré sur ses doigts les six composants de son « remède infaillible pour guérir les cœurs brisés » : « Vitamine E, dormir davantage, boire beaucoup d’eau, partir en voyage loin de la personne qu’on a aimé, méditer et enseigner à son cœur que cela est le destin. » (page 402)

 

« Suis-je jeune et belle ? Je me croyais vieille et divorcée. » (page 41)

 

« Il faut avoir le cœur brisé, de temps en temps. C’est bon signe. Signe qu’on a essayé. » (page 422)

 

« - Que ferais-je si tu n’étais jamais venue ici ?

Mais j’avais passé ma vie à venir ici. » (page 428)

 

« Souvent, en amour, j’ai été victime de mon optimisme. » (page 435)

 

« me laisser tomber en chute libre dans l’amour » (page 446)

 

« La complicité physique avec le corps de l’autre n’est pas du ressort d’une décision. Et n’a guère de lien avec la façon dont l’autre pense ou parle, avec son comportement ou même son apparence physique. Soit le mystérieux aimant est là, enfoui quelque part profondément dans le sternum, soit il n’y est pas. » (page 449)

 

« Tout se résume à une simple question : « Est-ce que tu veux coller ton ventre contre le ventre de cette personne à jamais – ou pas ? » » (page 449)

 

« Perdre parfois l’équilibre pour l’amour fait partie d’une vie équilibrée. » (page 455)

 

« SI tu me le dis lentement, je peux comprendre vite. » (page 462)

 

« Parfois, on compte les jours, parfois, on les pèse. » (page 467)

 

« Tous ceux que je rencontre ici ont été quelque chose autrefois (« marié » ou « employé », en général). Aujourd’hui, leur point commun est l’abdication entière et définitive de toute ambition. Et (est-il besoin de le préciser ?) ça picole un maximum. » (page 475)

 

« Pourquoi est-ce que je m’inquiète de ça, au fait ? Pourquoi n’ai-je pas encore appris qu’il est vain de s’inquiéter ? » (page 477)

 

« Puis tout avait commencé à se manifester. Dans cet état de silence, il y avait maintenant de la place pour que tout ce qui m’inspirait de la haine, de la peur, traverse mon esprit vide. Je me sentais comme un junkie en cure de désintoxication, le poison qui faisait surface me donnait des convulsions. J’ai beaucoup pleuré. J’ai beaucoup prié. C’était dur, c’était terrifiant, mais j’étais au moins sûre d’une chose – j’étais là de mon plein gré, et jamais je n’avais souhaité qu’il y eut quelqu’un avec moi. Je savais que j’avais besoin de faire ça, et besoin de le faire seule. » (page 495)

 

« J’ai dit à mon esprit : « Voilà ta chance. Montre-moi tout ce qui te cause du chagrin. Laisse-moi tout voir. Ne me cache rien. » Un à un, pensées et souvenirs tristes ont levé la main, puis se sont dressés, pour se présenter. J’ai considéré chaque pensée, chaque élément de chagrin, j’ai reconnu leur existence et j’ai éprouvé (sans essayer de m’en protéger) leur horrible douleur. Puis je disais à ce chagrin : « C’est bon, je t’aime. Je t’accepte. Viens dans mon cœur, maintenant. C’est terminé. » » (page 498)



Cet été-là, Jillian Tamaki & Mariko Tamaki


Cet été-làPrésentation de l’éditeur :

Rose et Windy se connaissent depuis l’enfance. Elles se retrouvent chaque été au lac Awago où leurs familles louent des cottages. Cet été là, elles ont 13 ans et 11 ans et demi, passent leurs journées à se baigner, à faire des barbecues en famille et regardent des films d’horreur en cachette. Mais surtout, elles partagent les mille questions de l’entrée dans l’adolescence. Une étroite différence d’âge, suffisante à cet étape charnière pour que leurs préoccupations diffèrent : Rose suit avec beaucoup d’intérêt les démêlés d’un groupe d’ados plus âgés, Windy aime encore jouer. Chacune d’elle se débat en parallèle avec ses problématiques familiales. Une plongée toujours fine et juste dans l’adolescence.

 

Ce qui se passe pendant les étés adolescents reste gravé à jamais. Dans ce très bel album, tout en langueur, en douceur, en légèreté et en profondeur aussi, deux attachantes héroïnes à la croisée des âges et des chemins composent comme elles le peuvent avec ce qui leur arrive. On les accompagne avec délice le temps d’un été en pente douce.

 

L’ambiance estivale est palpable jusque dans le rythme du récit, et ce roman graphique réveille chez le lecteur les parfums et les souvenirs de ses propres vacances au bord de l’eau – et peu importe qu’elles se soient déroulées loin d’Awago.

 

Un objet d’une grande justesse et d’une belle sensibilité ; des pages pleines d’émotion à lire, de préférence, au cœur de l’été.

 

traduit de l’anglais par Fanny Soubiran

Editions Rue de Sèvres, 2014, 320 pages, 20 €
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