Bordel foot


Le lancement de l’Euro est le 8 juin prochain. Le nouveau numéro de la revue Bordel (Stéphane Million Editeur) est pour l’occasion consacré au ballon rond.

 

Je fais partie de la top team, aux côtés d’auteurs aussi remarquables que Jérôme Attal, Mathias Malzieu, Christophe Rioux, Fanny Salmeron et Pierre Vavasseur (entre autres), avec une nouvelle intitulée « Frapper fort » dans laquelle il est question de… design de maillot.

 

Un recueil à conseiller aussi (surtout ?) à ceux pour qui le Championnat d’Europe UEFA de football 2012 est un non évènement, et disponible dès à présent en librairie – ou à commander depuis le site de l’éditeur : http://stephanemillionediteur.com/collections/bordel

D’autant que si la compétition footballistique s’arrête le 1er juin, ce recueil, lui, a vocation à rester durablement dans votre bibliothèque puisqu’il se joue du coup de sifflet final…

 

Bordel foot  avec :

Sophie AdriansenChloé Alifax ★ Jérôme AttalMarie BastideVictoria BedosJulien Cazarre Emmanuelle Cosso-MeradPhilippe Di FolcoVincent DulucJules GassotAlexandra GeyserDenis GombertGaudéric Grauby-Vermeil ★ Tarek IssaouiKatia LandréasLouis LanherArnaud Le GuilcherPerrine Le QuerrecStefan LiberskiSophie LoubièreAlexandre et Timothée Macé DuboisMathias MalzieuDaniel MartinangeMax MonnehayMylène Moulin ★ Charles NemesDenis ParentTristan RanxFrançois Reibel ★ Christophe Rioux ★ Fanny SalmeronRenaud Santa MariaPierre Vavasseur



L’orchestre vide, Claire Berest


 « Il m’avait rencontrée, et nous sentions tous les deux que cela était irrémédiable. » (page 28)

Au hasard d’un festival, Alma fait la connaissance de John, leader d’un groupe de rock. Il lui demande de le suivre et, sans trop savoir pourquoi, comme par défaut – ou défi ? – elle accepte. Cela implique de s’envoler pour l’autre côté de l’Atlantique, et de vivre par, pour, dans la musique.

« La musique devint les jours, la conversation, le repos, l’angoisse. » (page 82)

 

Vivre sur la route, aussi. Car après le studio, la vie se résume à la tournée. Et le confinement, la proximité extrême se meut en road-trip, transit permanent.

« La route est belle, mais le fait de n’habiter nulle part pose la question de l’existence elle-même. » (page 140)

 

Et puis Alma sort de l’ombre : « Alma, je veux ta voix sur l’album […] je veux ta voix française et bizarre, je veux ta voix qui ne sait pas chanter. Et je ne te laisse pas le choix. » (page 97) La suite est attendue : John veut qu’Alma l’accompagne sur scène. Et soudain, l’amour, l’aimant change de nature. La scène est un catalyseur, qui propulse les amants dans une inédite solitude sous les feux des projecteurs.

 

« Nous nous mettons à nous regarder sur scène, à entrer dans une connivence, je lâche la bride, j’improvise. Jamais, pendant le jour, nous ne nous regardons et ne nous parlons comme nous le faisons sur scène. Nos âmes piégées qui se côtoient pendant la journée se donnent rendez-vous le soir, sur les planches, devant la foule. » (page 120)

 

Ecrire sur la musique est à la fois facile – émotions, sensations, images naissent des sons comme de l’encre – et périlleux – cela a déjà été beaucoup fait. Dans une prose aérienne, Claire Berest dépeint l’envers du décor – backstage ; équilibriste, elle est en permanence sur le fil entre le détachement et l’aveuglement subjectif. Dévoilant par un prisme particulier et sans trop d’excès la réalité d’un univers fantasmé, elle parvient à ne pas frustrer les amateurs de concerts tout en ne lassant pas ceux qui les fuient.

Elle décrit surtout à merveille la scène et son pouvoir de fascination, d’attraction, tout ce qu’elle cristallise d’attentes et d’ambitions. On sait que l’auteur, plus que l’héroïne, a fréquenté la partie obscure des salles avant de finir par entrer dans la lumière comme un insecte fou.

 

« La scène […] deux espaces séparés par une tranchée, qui se regardent face à face, qui espèrent tout l’un de l’autre, qui s’écoutent, anxieux du faux pas, du désamour qui peut arriver brutalement. Ou de l’amour fou. Frayeur et séduction. Ce qu’on ressent dans un concert ? Un désir de l’autre, hostile, qui en un souffle peut tourner au pugilat. »  (pages 31-32)

 

Ce deuxième roman, à la fois frais et mystérieux, mérite plus que tout autre le qualificatif – bien qu’elle soit sombre – de ballade.



Raise magazine


 

Présenté comme un « magazine photo », Raise, que j’ai découvert via son n°11 en kiosque depuis avril, en contient un certain nombre, séries tour à tour étonnantes, fascinantes, dérangeantes ou jubilatoires – mais pas seulement : car le travail des 7 photographes présenté ici est chaque fois précédé d’un texte signé d’un auteur différent.

Parmi eux, on retrouve Hafid Aggoune, Mat Hild ou encore Pierre Noirclerc.

S’y ajoutent des interviews (dont celles de Julie Ferrier et du groupe AIR), quelques idées shopping en lien avec les séries photo, (presque) pas de pub et la traduction en anglais de l’ensemble des textes.

Le tout dans un petit format disponible quatre fois par an au prix unitaire de 5 €.

 

Un objet pas commun, à l’esprit décalé, qui éveille les papilles, met en appétit… ou dégoûte. Car il s’agit ici d’un numéro « spécial nourriture ».

Mention spéciale pour la série de photos de Christophe Boffoli qui met en scène de minuscules personnages et des aliments en gros plan – ce qui n’est pas sans rappeler le projet « Dimensions » de Sara Maroto Hebrero.

 

Quand d’autres prônent « le poids des mots et le choc des photos », il est ici annoncé des « photos et textes à tendance qualitative ». Assurément.

 

www.raise-magazine.com

 



Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger


A l’hôpital, les journées ont un « compte d’heures dix fois supérieur aux journées du dehors », et les nuits sont « longues comme des cours de philo ». Jean-Pierre Fabre, miraculé après être tombé dans la Seine, repêché par un inconnu sans savoir véritablement comment il s’est retrouvé dans l’eau, est « le bassin de la chambre 28 » dans ce lieu où les patients sont qualifiés par leurs maladies. De sa chambre, « devenue le salon où l’on cause », de son lit où il est cloué, il dépeint un quotidien dont il chasse l’ennui à grands coups d’humour.

« Il entre, dit bonjour, me demande :

- Je ne vous dérange pas trop ?

Si je lui réponds que j’allais justement sortir, ça le fait rire. » (page 32)

D’humour, et de lucidité. Car la situation n’est pas des plus réjouissantes, et les circonstances sont l’occasion pour Jean-Pierre, qui entreprend de rédiger ses mémoires, de faire le point sur les 67 années qui viennent de s’écouler. « L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, j’ai des souvenirs. A mon âge, c’est plus sûr qu’avoir des ambitions. » ; « A force de tout faire pour éviter les « mauvaises surprises », on finit par rater les bonnes, aussi. » ; « D’après moi, on peut juger de la santé d’une société à la place qu’elle donne aux jeunes et aux vieux. »

Autour du héros-narrateur circulent des personnages truculents et attachants, notamment cette adolescente grasse qui vient chaque jour utiliser l’ordinateur de Jean-Pierre comme si c’était son dû. Liens, affinités, sentiments naissent n’importe où, y compris sur le terreau supposé aride de la solitude et du veuvage, y compris entre les murs aseptisés d’une chambre d’hôpital. Et ces liens enserrent petit à petit le lecteur qui, victime consentante, se laisse captiver avec délectation.

Au fil des pages se dessine aussi une réflexion beaucoup plus grave sur la place réservée par la société aux représentants du troisième voire du quatrième âge, sur la solitude qui accompagne la vieillesse, sur la dépendance, et sur la mort.

« La mort nous fait penser à la mort […] Celle des autres nous ramène à la nôtre, à celle de nos proches, à l’éventualité de notre disparition. Cette « éventualité » qui est notre seule certitude, mais que l’on traite avec un curieux scepticisme, comme si on pouvait se permettre d’en douter. On vit tous en sachant qu’on marche vers la mort. On fait comme si de rien n’était. » (page 115)

Situer l’intégralité d’un roman dans un contexte hospitalier, dans le cadre restreint d’une chambre d’hôpital, et parvenir à un livre tendre, émouvant, profond et surtout extrêmement drôle… Quel talent !

Ce huis-clos qui ne manque pas de densité se fait friandise grâce à la plume farceuse et jamais facile de l’auteur.

Et en deux cents pages, Marie-Sabine Roger démontre que l’humour peut naître de toutes les situations, même celles qui prêtent le moins à rire.

« On peut bien se marrer : on est encore en vie. »



Yes, you Cannes, Marie-Laurence de Rochefort


Quatrième de couverture :

Pauline, 35 ans, attachée de presse d’un film en compétition au festival de Cannes : le rêve ! Ses copines sont malades de jalousie. Ce qu’elles ne savent pas, c’est qu’il y a parfois un fossé entre rêves et réalité !
Fraîchement célibataire, un futur ex petit ami qui la fait tourner en bourrique, une « copine » boulet capricieuse et pot de colle, un planning de fou que viennent sans cesse perturber des imprévus en tous genres, une jeune première adorable mais complètement à côté de la plaque, une chienne Wendy aussi glamour que ridicule indissociable de sa maîtresse, égocentrique et hystérique, la star Antonella Patsi… C’est ce que Pauline aura à gérer pendant onze journées survoltées, au rythme des strass, des bulles et des nuits blanches où le sexe et la superficialité la contrarient alors qu’elle est toujours à la recherche de son Prince Charmant.

Découvrez l’envers du décor, vivez le compte à rebours excitant des préparatifs et l’angoisse du tapis rouge à travers ce roman léger, drôle et divertissant. Amour, paillettes et tapis rouge, trois ingrédients explosifs composant le journal de l’attachée de presse la plus overbookée de la Croisette !

 

Voilà de la vraie chick litt, fourmillante de détails, d’états d’âme très féminins et de personnages hauts en couleurs.
Sous la plume enthousiasmante de Marie-Laurence de Rochefort, les situations cocasses s’enchainent, Pauline redoublant de malchance – et, parfois, heureusement, retrouvant les grâces de sa bonne étoile.
En dépit de quelques longueurs, on se laisse très vite emporter par le tourbillon Pauline et par son univers acidulé et glamour, à l’image de la couverture.

Alors que la Croisette est en ébullition, voici un roman à mettre entre les mains – de préférence manucurées – de celles qui rêvent de découvrir les coulisses de la promotion d’un film autant que les joies et les douleurs du métier d’attachée de presse.

 

http://yesyoucannes-lelivre.blogspot.fr/



Ladurée : L’art de recevoir, Vincent Lemains & Michel Lerouet


Un coffret aux couleurs reconnaissables entre mille, dix petits livres à l’intérieur : petit-déjeuner, pique-nique chic, déjeuner en famille, brunch, goûter, dîner de gala ou en amoureux…

Toutes les occasions de se retrouver autour d’une table sont là, ainsi qu’un carnet d’adresses en prime.

 

Chaque fois, recettes, conseils et menus pour que la table soit aussi belle que bonne en toutes circonstances et qui que soient les convives.

 



Grand Prix littéraire de l’Héroïne Madame Figaro 2012


Ma vie précaire, Elise Fontenaille


 

La narratrice quitte son appartement parisien. Ses enfants, grands, ont volé loin du nid depuis un moment. Elle est livrée à elle-même.

 

Le roman s’ouvre sur la dispersion des bibliothèques de la narratrice, que celle-ci observe à distance avec intérêt. Contre toute attente, voir ces livres, autant d’anciens fétiches, faire le bonheur de tierces personnes la remplit de joie. La fin des besoins matériels et le détachement sont en marche.

 

« J’avais enfin quitté la marchande de sommeil, et trouvé pour quelques jours refuge à Vincennes, non loin de la tour où le marquis de Sade passa quelques années chez un ami d’ami parti en voyage, mais décidément Paris m’était impossible :



Vibrato, Marie Dubosq


J’ai découvert ce recueil de par sa présence dans la première sélection du Prix Boccace, organisé par l’association Tu connais la Nouvelle ?, qui récompense un ouvrage regroupant des nouvelles – Jean Boccace [Giovanni Boccaccio, 1313-1375], écrivain italien, était un précurseur de ce genre particulier qu’est la nouvelle.

 

Ce recueil de Marie Dubosq (lauréate du Festival du Premier roman de Chambéry 2012 avec « Les chambres d’Antoine) ne figurait plus en deuxième sélection mais son thème, cher à mon cœur, m’a donné envie de le découvrir.

Les quatorze nouvelles, comme les quatorze lignes principales que compte le réseau parisien, sont autant d’univers distincts (et sur la ligne 2, amusant, c’est le conducteur qui entre en scène !), qui laissent des souvenirs plus ou moins durables.

Comme un trajet en métro, finalement.



L’Amour ne rend pas la monnaie, Christophe Esnault


Christophe Esnault est l’un des agitateurs de la revue Dissonances, et l’auteur d’Isabelle à m’en disloquer. Autant dire que littérairement, l’aspect décalé – sur le fond comme sur la forme – le caractérise.

 

Il reste fidèle à lui-même avec L’Amour ne rend pas la monnaie, paru dernièrement chez StoryLab. Un inclassable recueil de 47 textes pas franchement optimistes quant à l’état (amoureux, mais pas que) du monde, écrits comme d’un jet, dans une prose à la Houellebecq, plume trempée dans l’encrier de la misère sexuelle.