Des milliers de places vides, Alain Wagneur


Places videsPrésentation de l’éditeur :

Rentrée des classes, automne 1942. Des enfants manquent à l’appel, laissant des milliers de places vides sur les bancs des écoles de France. Arrêtés lors de la grande rafle de juillet, ils seront portés absents, souvent sans autre commentaire.
Alain Wagneur, directeur d’école à Paris, a cherché dans les comptes rendus des conseils des maîtres, les registres d’inscription et les circulaires administratives de l’époque, comment ses collègues avaient réagi face aux lois antijuives et à l’arrestation de leurs élèves.
À travers ce récit, qui se lit comme un roman de l’enquête, il retrouve le souvenir de ces écoliers “partis sans prévenir” et interroge une institution scolaire encore insuffisamment confrontée à son histoire. Il rend aussi hommage aux enseignants qui ont contribué à sauver leurs élèves menacés.
Ce texte qui entre en résonance avec notre époque pose inlassablement la question de l’attitude que nous aurions eue en ces heures tragiques, et de celle que nous pourrions avoir si le racisme et la xénophobie devaient gagner la partie sur les principes de la République et de son École.

 

Lors de la rafle du Vel d’Hiv’, en juillet 1942, 4 115 enfants ont été arrêtés. Cela correspond aux effectifs de plus de cent classes. Mais dans les faits, ils appartenaient à bien plus de classes, dans des écoles de toute la capitale.

A l’école de la rue des Hospitalières-Saint-Gervais, dans le 4ème arrondissement de Paris, seulement quatre enfants se présentent le jour de la rentrée de septembre 1942. Les autres ont été arrêtés pendant l’été – ils seront au total 260 élèves de cette école à disparaître.

 

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. », affirme Alain Wagneur. Directeur d’école à Paris, il a fouillé dans les archives, consulté les registres, cherchant à savoir comment l’institution, et ses collègues prédécesseurs, avaient réagi et agi.

La tache n’est pas simple. Wagneur livre ici le récit de ses recherches, de ses espoirs, raconte l’absence de documents ou d’indications à laquelle il se trouve trop souvent confronté. Par le biais de ses recherches, Wagneur rencontre ceux qui se sont tus – mais se taire ne signifie pas nécessairement oublier pour autant.

Quand les enfants arrêtés sont mentionnés dans les registres, on les découvre radiés en juillet 1942, avec ce commentaire : « Israélite. Parti sans prévenir. »

Ce livre est passionnant. Il se lit comme une enquête dont on connaît depuis toujours le coupable. Depuis soixante-dix ans, du moins. C’est aussi un hommage rendu à la laïcité et cette institution de la République, de plus en plus malmenée, qui reste un lieu de protection où l’enfant est la priorité.

Il est admirable qu’Alain Wagneur ait eu l’idée, et l’énergie, de mener à bien ce travail de fourmi.

 

Et, alors que l’écrivain-directeur d’école souligne que les plaques qui ornent les écoles de Paris donnent un monument funéraire à ces enfants qui n’en avaient pas, le lecteur sait que ce livre aussi.

 

Actes Sud, octobre 2014, 256 pages, 22, 80 €

 

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Au tableau :

 

« Des bâtiments historiques tellement réhabilités qu’ils en ont perdu leur passé. » (page 15)

 

« On passe sa vie à passer des examens, sans même le savoir. » (page 39)

 

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. » (page 102)

 

« C’est toujours un peu dangereux, une bibliothèque. La connaissance n’est pas sans risques. » (page 203)

 

« Eduquer, c’est semer à tout vent. Sur quel terrain ces graines tomberont-elles ? Qu’importe ! » (page 233)

 

« Ça fait près de cinquante ans que je redouble mon CM2. » (page 253)

 

« Pour nous, la mort existe un peu comme ces trains que l’on ne prend pas. » (page 260)



Je ne veux pas d’une passion, Diane Brasseur


Présentation de l’éditeur :

 

je ne veux pas dune passion-couvIl est parti, il a enfilé son caban avant de mettre son bonnet.

Pourquoi n’ai-je pas essayé de le retenir ?

Quand il s’est levé, j’ai gardé les mains dans les poches de mon manteau.

J’hésitais à lui proposer d’aller chez moi pour faire l’amour une dernière fois. Un à un, il fermait les boutons de son caban que, d’habitude, il ne ferme pas. Celui du milieu, frappé d’une ancre de bateau, était tombé depuis longtemps.

« Je vais rester un peu. »

J’ai commandé une coupe de champagne.

Elle pensait que c’était le bon, mais il la quitte. Restée seule dans un café, une jeune femme revit les derniers mois de son histoire d’amour, et la relation fusionnelle qu’elle entretient avec son père depuis l’enfance. Deux passions très différentes, qui vivent dans un seul cœur.

 

Ce roman est une alternance de souvenirs égrenés comme des gouttes de pluie qui glisseraient sur une vitre, vitesse, rythme et taille variables. Les souvenirs concernent les deux hommes de la vie de la narratrice, son père, ce héros, et son amoureux, qui vient de la quitter. Elle remonte dans le désordre le fil de ces deux histoires, y trouve des correspondances. Loin de s’apitoyer sur son sort, la narratrice, qui a l’impression d’être « tombée du mauvais côté de l’amour », constate, revit, s’émeut, comme pour mieux se préparer pour la suite.

Mais peut-on avoir dans sa vie deux hommes de sa vie ?

 

Après le dilemme épouse/maîtresse, Diane Brasseur s’attaque dans ce deuxième roman à un autre cliché, les points communs entre son père et l’homme aimé – et à nouveau, s’en sort avec brio, évitant les écueils et la facilité. C’est frais et juste, tout en délicatesse, servi par une écriture légère et sensible, pleine de respirations. C’est aussi un portrait de la fragilité des jeunes femmes modernes lorsqu’elles sont à jamais les filles de leur père.

Une réussite.

 

 

Allary Editions, août 2015, 240 pages, 17,90 euros

 

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Pourquoi écrivez-vous, Diane Brasseur ?

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Fragments :

 

« Il n’y a rien de plus triste que les amours fabriqués. » (page 15)

 

« Il n’y a pas de désir sans un peu d’inconfort. » (page 40)

 

« Les rencontres les plus importantes n’ont rien de spectaculaire. » (page 46)

 

« J’ai l’impression d’être tombée du mauvais côté de l’amour. » (page 70)

 

« Tous les hommes dont je tombe amoureuse portent la barbe pour que mon désir s’y accroche comme à la bande Velcro d’une fermeture à scratch. » (page 88)

 

« A la fin de chacune de mes histoires, j’ai fait un test HIV pour m’en libérer. » (page 100)

 

« La vieillesse des autres ne l’intéresse pas, la sienne est scandaleuse. » (page 105)

 

« Alors je sors de la salle de bains blanche comme je voudrais sortir de l’enfance, en claquant la porte. » (page 131)

 

« Nous attentions nos cafés comme les trois coups au théâtre pour commencer. » (page 133)

 

« Les amoureux ne se méfient pas, ils s’embrassent les yeux fermés. » (page 143)

 

« La nuit, tout est plus grave. » (page 165)

 

« Au cinéma, je change de rang dans la pénombre en pleine séance, mais les décisions importantes je les prends vite et sans regrets. » (page 173)

 

« Trop près on se dispute, trop loin on se manque. » (page 181)

 

« Le risque quand il y a tant d’amour, c’est de se rater. » (page 181)



Le facteur émotif, Denis Thériault


Présentation de l’éditeur :

 

Bilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mènle-facteur-emotife une existence tranquille. À l’ère des mails et des téléphones portables, il n’a plus souvent l’occasion d’acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il lui fait faire un petit détour et, le soir venu, ouvre l’enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire.

Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène, qui écrit régulièrement de beaux haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour la belle grandit à l’abri du réel, un étrange coup du sort va lui offrir une opportunité providentielle. Mais le destin ne favorise que les audacieux. Bilodo va devoir devenir poète et abandonner tout espoir de tranquillité, en laissant entrer dans sa vie l’intrigue et le sentiment.

 

 

Bilodo est un facteur indiscret. Déçu par les lettres qu’il s’est adressé à lui-même, il a commencé à lire celles des autres et à vivre par procuration. Découvrant la correspondance entre Grandpré, un de ses voisins de quartier, et Ségolène, qui vit à la Guadeloupe, il se passionne pour le haïku, cette forme poétique qui « vise la juxtaposition de l’immuable et de l’éphémère »qui nourrit leurs échanges.

 

« Etre une grenouille

et respirer par la peau

meilleur des deux mondes » 

 

Grandpré disparu, Bilodo va se glisser dans sa vie, dans son kimono, dans sa peau… Passant du haïku au tanka, il poursuit la correspondance avec Ségolène. Mais se faire passer pour un autre est un jeu dangereux…

 

Si l’écriture est le reflet de l’âme, que dit-elle de ce facteur qui s’est imprégné de la personnalité d’un autre ? Ce court roman captivant est une fable, un conte qui, en écho à la poésie japonaise, mêle le contemporain et l’éternel amoureux, le quotidien et le mythe. Une délicieuse découverte, une friandise truffée d’haïkus, qui met le fantasme né de l’épistolaire à l’épreuve de la réalité.

Et si tout n’était qu’un éternel recommencement ?

 

 

Editions Anne Carrière, avril 2015, 176 pages, 16 euros

 

 

Bribes :

 

« Un simple facteur pouvait-il s’improviser poète ? Attendait-on d’une autruche qu’elle se mette à jouer du banjo ? Un escargot faisait-il de la bicyclette ? » (page 32)

 

« La poésie n’était-elle au fond qu’une affaire d’estomac ? » (page 78)

 

« On ne saurait planer à jamais. » (page 147)

 

« Existe-t-il réellement une possibilité de vie après la mort ou, mieux encore, avant ? » (page 162)



Ecriture, écritures #4 : Une énergie qui produit un tableau ou… un roman


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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

« Peintre qui écrit », « écrivain qui peint », Marc Molk a à son actif une œuvre picturale riche et deux romans publiés. Son dernier ouvrage paru est un recueil de textes critiques sur la peinture. L’occasion d’évoquer avec lui le croisement des arts, l’énergie de laquelle procède la création, mais aussi la place de l’artiste dans la société.

 

 

La peinture et l’écriture sont deux pratiques solitaires et socialement périlleuses 

 

Marc Molk copyright Lison NissimRomancier et peintre ou peintre et romancier ? Qu’il s’agisse d’écrire ou de peindre, tout le monde commence à trois ans. J’ai voulu peindre sérieusement avant de chercher à écrire pour de bon. Mais je suis assez nonchalant, je picore, je traîne. Je n’ai pas l’ambition d’être un élève bien appliqué, ni à peindre ni à écrire. Je fais cela quand ça me chante. D’ailleurs je ne veux pas être « peintre » ou « écrivain », je veux être « amusant », je veux être « inquiétant », je veux être « fantastique ». Parfois je suis beaucoup plus vindicatif que cela, et décidé et programmatique. Je m’en repens toujours. Restons désinvolte. La peinture et l’écriture sont deux pratiques solitaires, socialement périlleuses, qui vous mettent en contact constant et presque direct avec plusieurs mythologies, les fantasmes de beaucoup et des marchands quelquefois sans scrupules. Il faut faire son chemin malgré les ennuis d’argent, parmi les sourires narquois, les rejets, l’envie, les années, l’indifférence générale. Cela demande des nerfs d’acier dès l’amorce, ou bien on périclite assez vite. J’ai connu des peintres et des écrivains de talent qui ont abandonné et dégringolé la montagne par manque de tripes, d’endurance ou par un désir de réussite trop buté. Antonin Artaud a dit tout cela déjà, je veux parler de la chasse à courre en meute, de la haine rentrée que la société voue aux artistes, qu’elle assimile peu ou prou à des fous. La masse des gens veut confusément votre disparition, idéalement que vous vous tuiez vous-même. Elle exécute un grand travail de suggestion, permanent, en ce sens. Il ne faut pas se fier aux poignées de mains et aux félicitations fantaisies. Le paysage social symbolique dans lequel évolue un peintre, un écrivain ou un danseur – que sais-je – s’apparente à la Vallée de l’ombre de la Mort. Je n’ai rien à ajouter au Van Gogh le suicidé de la société. Ce qu’Antonin a seulement oublié de mentionner, c’est que les autres artistes eux aussi veulent votre mort. C’est une découverte terrible quand on espère un refuge après les premières salves. La solitude et l’hostilité de tous – nappée d’une hypocrisie discount – voilà les points communs principaux que j’identifie entre la peinture et l’écriture… (lire la suite)

 

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iM@mie, Susie Morgenstern


imamiePrésentation de l’éditeur :

 

À seize ans, Sam est un junkie, un accro, un drogué d’internet et des jeux vidéos. Pour le sevrer de l’écran et sauver son âme, ses parents ont décidé de l’envoyer à Nice, en pension chez Martha, sa grand-mère, qui coule une retraite paisible, sans ordinateur ni télévision ni portable.

Arrivé là-bas, Sam n’a rien d’autre à faire que de lire, réviser son bac français et jouer du piano tout en se faisant dorloter par sa grand-mère. Comme cure de désintoxication, on a connu pire, et Sam admet qu’il n’est pas vraiment malheureux… Juste terriblement en manque des moyens de communication que des milliers d’années de progrès technique ont mis à la disposition de l’homme moderne.

Mais ça, comment le faire comprendre à Martha ?…

 

Pour Martha, l’ordinateur est « le diable, l’ennemi du bien, la démolition du cerveau, la désintégration sociale, la fermeture à tout… » Ce qu’elle aime, c’est lire, faire les choses à son rythme, et cuisiner des farcis.

 

Sam passera le bac de français à la fin de l’année. Martha espère bien lui transmettre sa passion des livres. Et lui permettre de travailler son piano. Un Steinway à queue atterrit dans le salon de Martha ; pour les livres, on verra plus tard.

Sans écran d’aucune sorte, Sam ne ressent qu’un grand vide. Il ne sait comment s’occuper. Le piano ne remplit pas une vie en dehors du lycée, ce « palais de l’ennui ».

 

Seulement Sam a tellement vanté à sa grand-mère les mérites de l’ordinateur et de ce miracle nommé Internet que Martha va y succomber… Voilà que l’écran rythme désormais son existence – en cachette de Sam, évidemment.

 

Martha a-t-elle eu une vie avant l’ordinateur ? Si c’est le cas, elle ne s’en souvient pas…

Et que se passera-t-il si son petit-fils découvre qu’elle s’adonne précisément à ce qu’elle lui interdit ?

 

Un roman moderne et connecté, tout en dialogues et en situations cocasses, et riche de cette tendresse caractéristique de Susie.

 

Médium de l’école des loisirs, mars 2015, 208 pages, 14,80€

 

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Messages instantanés :

 

« Elle est contente quand les enfants viennent, mais encore plus contente quand ils partent. » (page 11)

 

« L’humour saute volontiers une génération. » (page 36)

 

« Tout est supportable quand on le fait à son gré. » (page 44)

 

« Les riches aussi ont leurs problèmes. » (page 49)

 

« Rien de valable ne se fait sans fatigue. » (page 50)

 

« Pourquoi les profs vous demandent-ils d’ingurgiter des œuvres dont on n’a pas les clefs ? » (page 56)

 

« L’habitude d’être seul vous enferme à triple tour. » (page 58)

 

« L’avantage avec la douleur, c’est qu’on s’y habitue. » (page 66)

 

« La rime ne fait pas le poème. » (page 98)

 

« L’ordinateur n’est bon que pour les vieux. » (page 124)

 

« Souvent, les vieux, qui ont pourtant été jeunes, renoncent à se mettre à la place de leurs enfants. » (page 183)

 

« Les grands-mères sont une denrée périssable. » (page 184)



Ecriture, écritures #3 : Jouer avec les mots sur le papier comme face à la caméra


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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

César du meilleur espoir masculin en 1992, Manuel Blanc joue la comédie depuis 25 ans. En 2014, il est également devenu romancier en publiant son premier roman. Lui qui porte si souvent la voix des personnages des autres tombe ainsi le masque pour enfin faire entendre la sienne…

L’occasion de l’interroger sur le rapport entre le jeu et l’écriture, deux domaines dans lesquels le texte est l’essence.

 

 

L’écriture, cette confrontation-là, m’a longtemps fait peur 

Manuel Blanc (c) Baptiste LeonneIl y a six ans environ, je sortais d’un tournage un peu étrange, qui m’avait laissé sur ma faim, en même temps qu’épuisé — un metteur en scène un peu à côté de la plaque, mais j’avais eu du plaisir à accomplir mon travail d’acteur, sans m’économiser, et j’y avais trouvé mon compte au final. Les semaines suivantes, je me suis mis à jouer avec les mots, autour de questions qui me touchaient, de l’identité, sans prétention, quelque chose se jouait et cela m’amusait. Au fil des semaines, je me suis rendu compte que je tissais peu à peu la trame d’un roman, j’envisageais tout de suite un grand chantier, toute une aventure… La boucle était bouclée.

 

Avant d’être acteur, au lycée, j’avais gagné un concours de scénario de court-métrage organisé par le ministère de la culture, j’écrivais et voulais préparer la Femis (l’école de cinéma), tout en prenant des cours de théâtre, depuis mes 13 ans, participant chaque année à une pièce de théâtre en amateur. À la fac, j’écrivais des nouvelles, des scénarios de court-métrage, puis le théâtre a pris une place plus importante, j’ai passé les concours nationaux et je suis entré à l’école de la rue blanche, l’ENSATT, comme apprenti acteur. J’ai alors refermé les portes de l’écriture, comme on referme les portes d’un placard, je me souviens bien de cette image, nette — le jeu me semblait être le moyen de m’exprimer qui me correspondait le mieux, je rêvais de jouer depuis longtemps et l’écriture, cette confrontation-là, me faisait encore peur. J’ai ensuite exercé mon métier d’acteur pendant vingt ans, sans écrire une ligne — j’ai fait de la peinture, une expo de mes toiles sous un pseudonyme, puis bien plus tard, une expo de photos prises sur un tournage. Toutes ces recherches parallèles ont convergé vers l’écriture de roman, un jour il y a six ans, après un tournage étrange, je me suis remis à jouer avec les mots, à investir ce terrain-là, de l’écriture. Le déclic reste mystérieux, mais il n’y avait pas de hasard, je le sentais bien. Et je n’aurais pas imaginé à ce moment-là écrire autre chose qu’un roman, surtout pas un scénario, ou du théâtre, je voulais m’éloigner de mon métier, de ce monde-là, reconquérir un territoire, un espace à moi — une voix, la mienne cette fois… (lire la suite)

 

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L’Arabe du futur, Riad Sattouf


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Présentation de l’éditeur :

Une enfance dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

 

 

PlancheA_215827Riad est blond et bouclé comme une fille. Les adultes l’adorent, les femmes en particulier qui le trouvent trop mignon, mais il s’attire la haine de la plupart des enfants de son âge, qui eux sont bruns. Car Riad vit en Libye, puis en Syrie, trimballé, avec sa mère et bientôt son petit frère, au gré de la volonté d’un père coincé entre la culture de son clan et celle de la famille qu’il construit : son épouse blonde est Bretonne, ils se sont rencontrés en France pendant leurs études.

 

Riad découvre une dictature puis une autre, à hauteur d’enfant. Le contraste avec la France, où il revient parfois pour des vacances chez ses grands-parents, est saisissant.

 

C’est drôle et violent, plein de candeur – le narrateur n’a que quatre ans – mais de lucidité aussi.

 

Un roman graphique formidable, qui raconte le Moyen-Orient comme il n’avait encore jamais été raconté.

 

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LArabe-du-futur-extraitSous-titré « Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) », cet album est le premier d’une série de trois ; le deuxième est paru en juin 2015. Il compte parmi les cinq livres français les plus traduits dans le monde en 2014 ; mais ni la Libye, ni la Syrie n’en ont encore acheté les droits.

 

L’Arabe du futur a reçu le prix RTL BD de l’année 2014, le prix BD Stas/ville de Saint-Etienne 2014 et le Fauve d’Or – Prix du Meilleur Album du Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême 2015.

 

 

Allary Editions, mai 2014, 160 pages, 20,90 €

 

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Ecriture, écritures #2 : Un récit de voyages à partir de documents vidéos


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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

Gaëlle Noémie Jan tient un blog qu’elle alimente à mesure qu’elle sillonne la planète. Lors d’un de ses voyages, elle a fait la connaissance de Muammer Yilmaz et Milan Bihlmann qui, sous le nom d’Optimistic Traveler, ont entrepris de faire le tour du monde en 80 jours sans un centime. Elle signe le récit de leurs aventures, paru le 28 mai chez Michel Lafon. Rencontre avec une jeune auteur qui vient de vivre son premier marathon… littéraire. 

 

 

Il faut parfois digérer certaines choses pour pouvoir mettre des mots dessus 

Gaelle Noemie Jan 1Un blog autour de mes voyages… L’idée et l’envie étaient effectivement là depuis longtemps, il fallait juste patienter afin de pouvoir concrétiser ces fameux voyages ! Me retrouver ailleurs, à l’étranger notamment, sans repères, déclenche chez moi toute une palette d’émotions et de réactions qui me font voir ce qui m’entoure d’un autre œil, un peu comme à travers un filtre. C’est cela que j’aime et que j’essaye de retranscrire dans mes articles. Des articles que je rédige de manière différente à chaque fois bien que toujours d’un seul jet. Je sais, dès l’instant où je capte quelque chose qui me marque, l’idée que je veux faire passer dans mon texte mais l’écriture peut se faire à chaud ou avec du recul. Il faut parfois digérer certaines choses pour pouvoir mettre des mots dessus.

 

La rencontre avec les Optimistic Traveler s’est justement faite pendant mon dernier voyage alors qu’ils étaient en plein challenge. Nous nous sommes rencontrés à bord du California Zephyr, le train qui assure la liaison entre San Francisco et Chicago. Nous avons voyagé une journée ensemble entre Salt Lake City et Denver. Des heures de train où l’on a le temps de parler de tout et de rien, mais surtout de nos parcours professionnels. Ils ont réussi à me soutirer quelques textes, mes mots les ont visiblement touchés et l’idée d’une collaboration pour un livre a germé instantanément dans leur esprit. Nous nous sommes revus à Chicago où j’ai pu les observer avec leurs hôtes le temps d’une soirée. De retour à Paris et une fois leur challenge remporté, ils ont été contactés par un éditeur pour un livre… (lire la suite)

 

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Pourquoi les ours ne portent-ils pas de slip?, The Oatmeal


Les oursPrésentation de l’éditeur :

Matthew Inman est le fondateur d’un univers riche et complet, « The Oatmeal », entièrement dédié à l’absurdité de la vie moderne, comme ont pu le faire les Monty Python dans les années 70. Inman est donc un auteur multimédia dont la principale expression passe par le net et l’édition de livres. Pour les deux, le résultat est définitif : 2,8 millions de fans sur Facebook, 438 000 followers sur Twitter, et ses livres précédents, comme « How To Tell If Your Cat Is Plotting To Kill You », ont été N°1 sur les listes des best-sellers du New York Times.

Matthew Inman utilise lâchement et systématiquement les animaux et leur vie sauvage pour mieux se moquer de notre propre vie et de ses codes parfois étranges. En petites saynètes qui peuvent aller de une à dix pages, il porte un œil critique et méchant sur notre société, plus particulièrement celle des jeunes, les modernes, les geeks, les hipsters, les nerds, etc. C’est souvent bête, mais c’est toujours drôle, c’est l’humour d’aujourd’hui tout de suite…

 

 

Pourquoi les ours ne portent-ils pas de slip ?, c’est un peu l’art de répondre à des questions qu’on ne se pose pas mais qui, dès lors qu’elles existent, se révèlent indispensables (leur réponse, surtout). ours_planche-2

The Oatmeal traque, en planches, en ligne et en anglais, l’absurdité du quotidien. Une sélection de planches variées est proposée ici, aux longueurs, propos, niveaux de traduction et d’humour (plus subjectif) inégaux. The Oatmeal est un geek, un vrai, et ses planches consacrées à Internet/à l’informatique en général se révèlent parmi les plus tordantes, y compris pour les non geeks.

Mais tout le monde peut y trouver son compte, et ce qui est drôle est très drôle, férocement drôle.

Et comme des images valent mieux qu’un trop long discours, ci-dessous quelques morceaux choisis…

 

Attention, en dépit du dessin gentil en couverture, ce n’est absolument pas pour les enfants.

 

Hugo & Desinge, janvier 2015, 160 pages, 14,95 euros

 

Le site de The Oatmeal

 

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Voyage au bout du livre #4 : L’accompagnement éditorial, du manuscrit à l’objet-livre


SA-voyage-au-bout-du-livreVoyage au bout du livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

 

 

L’accompagnement d’un texte commence dès sa version manuscrite mais va bien au-delà du seul travail éditorial. Rencontre avec Claire Besset, une jeune éditrice qui a fait de l’accompagnement des auteurs et de leur production son métier, et qui livre avec son expérience une boîte à outils pour les écrivains débutants. 

 

 

L’éditeur, c’est celui qui est à l’écoute

Claire BessetEn littérature, ou en tout cas, dès lors qu’on a affaire à un auteur (c’est différent, naturellement, lorsqu’on publie des livres pratiques ou du scolaire), c’est essentiellement un travail d’accompagnement. Il y a bien sûr tout le travail sur le texte, qui est une matière d’autant plus brute que l’auteur est inexpérimenté, et sur tous les à-côtés (couverture, quatrième, promotion, surtout si l’on travaille avec une petite maison d’édition), mais aussi le travail avec l’auteur, le lien qu’on va nouer avec lui. L’auteur, et le romancier en particulier, est souvent affectivement très attaché à son travail ; bien souvent il en a bavé pour produire son récit et parfois, ça peut être un peu difficile d’entendre qu’il faut changer tel ou tel passage. L’éditeur, c’est donc celui qui est capable de… (lire la suite)

 

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