L’enfant du séisme, Sophie Noël


seismePrésentation de l’éditeur :

 

Flore, fillette adoptée en Haïti, vit en France avec ses parents. Elle attend avec impatience l’arrivée de sa petite sœur Alexandra. À seize mois, celle-ci a déjà toute sa place dans le cœur de sa famille. Née à Port-au-Prince, comme Flore, elle n’est séparée d’eux que par douze heures de vol et un ultime coup de tampon. Mais le dossier d’Alexandra, comme celui des autres enfants de son orphelinat, se perd dans le séisme du 12 janvier 2010. Devant le blocage de l’administration, les parents de Flore passent à l’action. Ce roman, c’est aussi l’histoire vécue par l’auteur, Sophie Noël et ses proches, l’adoption d’une enfant haïtienne durant la période du terrible tremblement de terre en 2010.

 

 

Ce petit roman parle d’Haïti et du séisme qui secoue l’île en 2010. Il parle du dénuement des enfants et de la terre qui tremble.

Mais il parle aussi de la terre familiale qui tremble quand s’annonce l’arrivée de l’enfant né loin. Qui tremble surtout que l’enfant n’arrive pas comme prévu.

 

Avec humour et tendresse, s’inspirant de son histoire personnelle, Sophie Noël raconte les espoirs et les craintes, les efforts déployés, l’énergie dépensée par une famille au complet, qui embarque dans son tourbillon les proches, les amis… Et des démarches qui vont jusqu’à écrire au président de la République. « Carrément. », commente Flore, l’aînée.

 

Flore veut bien que sa petite sœur arrive pour être comme son amie Madeleine, dont la maman a le ventre rond. Flore veut bien que sa petite sœur arrive si c’est la condition pour que ses parents redeviennent calmes et rigolos, comme avant.

 

Sophie Noël raconte du point de vue de l’enfant adoptée ce qu’est être une « fille de cœur », grandie à des kilomètres de sa « maman de ventre ». C’est juste, instructif, tout sauf larmoyant, et ça permet de lever le voile sur le tabou de l’adoption tout en évoquant à hauteur de fillette les rouages qui rendent possible la naissance de tant de familles.

Un très joli petit roman à lire à partir de 9 ans.

 

Oskar édition, avril 2015, 56 pages, 6,95 €

 

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Trois phrases :

 

« C’est ainsi que je suis née dans leur cœur. » (page 8)

 

« Il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’on puisse ne pas avoir à manger ni à boire. » (page 27)

 

« Le temps a mis du temps à passer. » (page 35)



Pourquoi écrivez-vous, Marie-Sabine Roger ?


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Née en 1957 à Bordeaux, Marie-Sabine Roger est l’auteur de nombreux romans en littérature jeunesse et en littérature générale. Parmi ces derniers, ont notamment été publiés aux éditions du Rouergue La tête en friche (2009), Vivement l’avenir (2010), Bon rétablissement (2012). Son dernier roman en date, Trente-six chandelles, est paru en janvier 2015, toujours au Rouergue.

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Pourquoi écrivez-vous ?

La question que je me poserais plus volontiers serait plutôt « Pourquoi est-ce que je n’écrirais pas? », sachant le plaisir et la liberté que j’y trouve.

Pour moi, écrire, c’est me donner le luxe de vivre plusieurs vies, de voyager sans quitter mon bureau (même s’il m’est souvent arrivée de voyager aussi « pour de vrai »).

Je ne vous ferai pas le coup de « la bouteille jetée à la mer », parce qu’un roman, ce n’est pas une seule bouteille qui contient un message, c’est autant de bouteilles qu’il y aura de lecteurs. Et le message enfermé n’attend pas de réponse, au sens propre. Il attend un regard. Et les lecteurs sont parfois loin, très loin, très souvent anonymes.

Pourtant il y a un peu de ça, dans le fait de jeter des mots sur une page blanche, sur un écran d’ordinateur.

J’écris pour moi, bien sûr, très égoïstement, mais j’espère toujours que j’aurai des complices, des compagnons de route, ici ou là.

D’autres que moi pour rire, s’émouvoir, s’indigner, réfléchir, s’attendrir. Vivre, en fait.

La rencontre avec les lecteurs, lorsqu’elle a lieu, c’est exactement ça. J’ai soudain en face de moi des gens qui font partie de ma bande, qui ont trouvé mes bouteilles, qui ont lu les messages, et qui s’en sont servi pour repeindre leur horizon, pendant une heure ou deux, pendant un jour ou deux.

Eux et moi, nous partageons désormais les mêmes personnages, nous avons en commun leur histoire, car je ne me sens pas plus propriétaire de mes héros que mes lecteurs ne le sont. Sans doute moins, même. Je n’ai même pas le sentiment d’avoir réellement « inventé » ces personnages. Ils sont venus vers moi, un jour, ils ont commencé à me raconter leur histoire, et plutôt que de les écouter, seulement, je me suis mise à ma table et j’ai écrit, sous leur dictée ou presque.

RogerJe suis la première lectrice des romans que j’écris, et si les personnages ne me touchent pas, le travail s’arrête.

J’ai besoin de nouer des liens forts avec eux, de me sentir concernée par ce qui les concerne.

Dit comme ça, on peut s’inquiéter de mon équilibre. Mais j’ai toujours parlé de mes personnages comme s’ils étaient vivants, car pour moi, réellement, ils le sont, tout le temps de l’écriture. Ensuite, ils sont comme de vieux amis que j’aurais un beau jour perdus de vue, et ils vont raconter leur vie chez tous ceux qui auront la curiosité d’ouvrir le livre et de tourner les pages. Ce miracle de la lecture, nous le partageons, tous autant que nous sommes, et d’un bord à l’autre du monde, nous, l’immense peuple des lecteurs, des rêveurs.

Je me sens lectrice avant tout. Et si j’ai commencé un beau jour (c’était un très beau jour) à écrire, c’était peut-être par crainte (absurde) de manquer un jour de lecture, comme un gourmand, une gourmande, feraient leurs propres confitures, pour le côté rassurant, la certitude de ne jamais tomber en panne de goûter.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

… D’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles?… Et de savoir être patient.
A mon sens, écrire ne demande pas d’être bardé de diplômes, ni même d’être un grand lecteur. Écrire demande avant tout et surtout d’être curieux de la vie, des gens Roger2autour de soi, du monde environnant. Ce n’est pas pour rien que ce métier commence vraiment – la plupart du temps – à l’âge adulte. Parfois même très tard dans l’existence.
Pour écrire, il faut avoir du grain à moudre, il faut avoir vécu. Rien n’empêche de commencer à écrire très jeune, d’ailleurs ce n’est pas un choix, c’est un besoin, parfois très impérieux. Mais l’écriture se nourrit de ce que nous sommes, de notre vécu, même lorsque nous ne parlons pas de nous.
Plus nous vivons, plus nous avons vécu de situations diverses, plus nous avons de choses à raconter.
Ce qui fait la véracité, l’authenticité d’une scène, d’un dialogue, c’est toute notre expérience de la vie, parce qu’elle sert de fondation à nos histoires, même les plus délirantes.
Mon conseil, ce serait d’écrire dès que l’on ressent le besoin de le faire.
Mais également de ne jamais écrire « pour » être publié, ni « pour » un lectorat. Ne pas se censurer, ne pas se formater, en se demandant qu’est-ce qui fera pleurer ou rire le lecteur, car « Le » lecteur n’existe pas.
Demeurer le seul juge de son propre travail, tout le temps de l’écriture, me semble la garantie d’un travail honnête, exigeant, sans complaisance, et qui ne sera pas perverti par le souci de plaire ou de ne pas déplaire, ni affaibli par une critique trop précoce, qui serait faite sur un travail qui n’est pas encore abouti.
Et puis, se dire en permanence qu’écrire « bien » n’a aucun intérêt.
Ce qu’il faut, c’est écrire « juste ». En tout cas, il faut le tenter.

 

 

Précédent rendez-vous : Alexandre Grondeau

Prochain rendez-vous : Sophie Noël

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Trente-six chandelles

Bon rétablissement

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »



15 livres pour l’été


Reading a book at the beach.

Pour cet été 2015, 15 livres – et pas un de plus. Mais que du bon !

15 romans récents, dont 12 parus au cours du premier semestre de cette année, qui méritent que l’on s’y attarde, même s’ils ne sont plus sur les tables des libraires.

Présentés par nombre de pages, pour simplifier votre choix en fonction de votre destination.

 

Faites vos valises ! Et passez un bel été, avant la déferlante de la rentrée littéraire.

Crédit photo (creative commons) : Simon Cocks

LA COTE 400, SOPHIE DIVRY : 66 pages

LE PUITS, IVÁN REPILA : 112 pages

C’EST DIMANCHE ET JE N’Y SUIS POUR RIEN, CAROLE FIVES : 160 pages

DEBOUT-PAYÉ, GAUZ : 192 pages

LE CAILLOU, SIGOLÈNE VINSON : 200 pages

Aurore disparaitAURORE DISPARAÎT, AMINA DANTON : 208 pages

LA GAIETÉ, JUSTINE LÉVY : 216 pages

MON AMOUR, JULIE BONNIE  : 224 pages

UN TOUT PETIT RIEN, CAMILLE ANSEAUME : 252 pages

JOURNAL D’UN INTELLECTUEL EN CHÔMAGE, DENIS DE ROUGEMONT : 268 pages

UN HIVER À PARIS, JEAN-PHILIPPE BLONDEL : 272 pages

LA CONDITION PAVILLONNAIRE, SOPHIE DIVRY : 272 pages

JE SUIS UN DRAGON, MARTIN PAGE : 288 pages

LA POLITESSE, FRANÇOIS BÉGAUDEAU : 304 pages

PARDONNABLE, IMPARDONNABLE, VALÉRIE TONG CUONG : 340 pages

 

Cliquez sur les liens pour savoir ce que j’ai pensé de chacun.



« Max et les poissons » à la Comédie-Française


CIMG4478 (1)Mon roman Max et les poissons fait partie des 10 finalistes des Petits champions de la lecture, un championnat national de lecture à voix haute par des élèves de CM2 qui a lieu chaque année.

 

C’est Nina, grande lectrice d’une école de Colombes (92), qui a choisi d’en lire un extrait lors de la finale, après avoir brillamment remporté les épreuves départementales et régionales – et avoir, encore avant, été choisie face aux 22 autres élèves de sa classe et aux camarades d’un second CM2 de son école.

 

Le Parisien Adeline DabovalLa semaine dernière, je suis allée rencontrer Nina et sa classe dans leur école de Colombes.

 

Hier, c’est à la Comédie-Française que nous nous sommes retrouvées…

 

Retour en images sur une journée inoubliable.

 

 

 

 Nina pose dans le foyer Pierre Dux avant d’entrer en scène.

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La salle est prête…

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Les enfants s’installent et Christophe Barbier, animateur de l’après-midi, révise en attendant la ministre Najat Vallaud-Belkacem et le président du jury, Antoine Gallimard.

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Pendant ce temps, derniers conciliabules entre les 10 jeunes lecteurs finalistes…

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photo 1 (3)photo 4 (3) Photo de groupe des lecteurs, des auteurs et du jury avant l’entrée en scène.

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photo 1 (4)photo 2 (3) Les candidats défilent devant une salle attentive. Pour moi, Nina est la meilleure ! Sa lecture est incroyable…

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Christophe Barbier nous interroge sur nos romans et notre activité d’écrivain pendant que le jury délibère au foyer.

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… Et le jury revient. Guillaume Gallienne annonce les trois lauréats.

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Eve, qui lu La drôle d’évasion, de Séverine Vidal, remporte la première place.

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photo 4Nina est deuxième ! En plus des félicitations, elle reçoit un diplôme et un lot de livres.

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Une dernière photo de groupe avant de quitter la scène…

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Les lauréats sont très demandés par les journalistes.

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Merci à Nina, ma petite championne à moi, pour cette expérience inoubliable!

 

 Photos (c), dans l’ordre : Florence Akapko, Adeline Daboval pour Le Parisien, Sophie Adriansen, Félix de Malleray et Christian Delépine.

 

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Max et les poissons

Max et les poissons : revue de blogs



Les mots qu’on ne me dit pas, Véronique Poulain


PoulainPrésentation de l’éditeur :

 

« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.

Son père, sourd-muet.

Sa mère, sourde-muette.

L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.

Le quotidien.

Les sorties.

Les vacances.

Le sexe.

D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.

D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

 

 

Petite fille, la narratrice est en constant décalage horaire, navigant entre les étages de son immeuble : « Au troisième, avec mes grands-parents, j’entends et je parle. Beaucoup. Très bien. Au deuxième, avec mes parents, je suis sourde. Je m’exprime avec les mains. » La petite-fille vit avec ses grands-parents ce qu’elle ne peut vivre avec ses parents ; les grands-parents, eux, rattrapent avec elle ce qu’ils n’ont pas pu vivre avec leurs enfants.

Elle aurait préféré avoir des parents entendants ; elle comprend en grandissant que ses parents, eux, auraient préféré avoir un enfant sourd. Aucun d’eux n’aime le fossé, infranchissable, qui les sépare définitivement.

 

Elle qui parle est habituée au silence. Elle a grandi avec lui. Elle en a besoin. Ce qui rend complexes également ses rapports aux autres entendants, qui ont poussé dans le bruit.

 

Dans une prose brute, Véronique Poulain dépeint un univers auquel les entendants ne connaissent rien, Son livre est une succession de situations parfois cocasses – comment distinguer, par exemple, le mot « escalope » d’ « interprète », qui nécessite les mêmes mouvements des lèvres ? –, parfois d’une tristesse infinie, souvent touchantes. Si l’auteur ne se montre pas toujours tendre avec les siens, c’est pour mieux dire qu’elle les aime.

 

Les mots qu’on ne me dit pas est un livre différent et inclassable. Le récit d’un choc de culture. D’un dialogue de sourds.

 

Et une mise en lumière nécessaire, également, de la langue des signes, si expressive, si différente de la nôtre aussi : pas de conjugaison, pas de temps. Seul le mouvement du corps, vers l’arrière ou vers l’avant, distingue le passé du futur. De quoi considérer autrement le langage non-verbal de tous, y compris des entendants.

 

Editions Stock, août 2014, 144 pages, 16.50 €

 

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Tous les récits

 

Mots dits :

 

« Les regards et les gestes remplacent les mots. » (page 14)

 

« Je décide que ma différence sera un atout. » (page 28)

 

« Ce sont les autres qui regardent mes parents comme s’ils étaient débiles. Ce sont les autres qui pensent qu’avoir des parents sourds, c’est dramatique. » (page 30)

 

« Le rêve prend toute la place et la réalité m’ennuie. » (page 33)

 

« Je dévore les mots qu’on ne me dit pas. » (page 45)

 

« C’est parfaitement injuste et injustifié mais quoi qu’ils fassent, ils m’énervent. » (page 60)

 

« On n’imagine pas à quel point les sourds sont bruyants. » (page 67)

 

« Les émotions des sourds s’entendent. » (page 76)

 

« Entre la couleur et la musique, je choisis la couleur. » (page 87)

 

« Dans la famille, la vraie muette, c’est moi. » (page 137)



Pourquoi écrivez-vous, Alexandre Grondeau ?


Grondeau

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Maître de conférences à l’université Aix-Marseille, docteur en géographie, Alexandre Grondeau publie régulièrement des articles scientifiques dans des revues nationales et internationales.

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Il débute un cercle romanesque intitulé Génération H (éditions La lune sur le toit).

Après un premier tome paru en 2013, le deuxième, Têtes chercheuses d’existence, est paru en mai 2015.

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris pour parler des gens que j’aime : les décalés, les insoumis, les défoncés, les bons à rien, les doux rêveurs, les gros raveurs, les amateurs de sound system, de teufs, les Grondeauincompris, les galériens, les solitaires, les voyageurs ; ceux qui fument trop, boivent trop, baisent trop, bringuent trop, râlent trop, pleurent trop ; ceux qui vivent sur le fil du rasoir et sont attirés par l’interdit, l’immoral, l’addictif, l’impossible, le dangereux, le déconseillé, bref tous les laissés pour compte de la littérature de salon qu’on retrouve trop souvent sur les présentoirs des librairies.

J’écris donc pour rendre hommage à mes amis, à ma jeunesse, à la jeunesse de France qui ne dort pas mais décide de vivre une existence différente, à son rythme, qui a sa propre manière d’envisager l’avenir et qui veut rester maître de sa liberté, de son autonomie…

Je parle d’eux quand je parle de littérature underground pour présenter Génération H, un cycle de romans que j’ai débuté il y a deux ans et dont le tome 2 sort le 26 mai 2015. Il se veut une sorte de comédie humaine balzacienne avec un grand H et présentée sous psychotropes, totalement barrée mais bien ancrée dans notre douce France, ce pays de tant de transes.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je lui conseillerai de vivre intensément, de lire beaucoup et d’écrire tous les jours. L’écriture est un sport de combat de haut niveau. Il faut s’y préparer avec patience et abnégation. Je lui soufflerai aussi de ne pas vouloir être écrivain, mais de ne pas pouvoir être autre chose qu’écrivain. Écrire n’est pas un luxe, écrire est une nécessité qui porte et détruit. C’est la raison pour laquelle il ne faut surtout pas se prendre au sérieux.

 

 

Précédent rendez-vous : Sigolène Vinson

Prochain rendez-vous : Marie-Sabine Roger

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Génération H

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »



La politesse, François Bégaudeau


La-politesse-883732-d256Présentation de l’éditeur :

 

«La Voix du Nord demande si les deux auteurs se sentent particulièrement concernés par le thème de ce soir, Écrire la vie.

Nous nous sentons particulièrement concernés. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions écrire d’autre.

En poussant un peu, nous pourrions démontrer qu’écrire la vie est un pléonasme.

– Mais est-ce que ce n’est pas voué à l’échec?

Nous pensons que si. Nous persistons néanmoins dans cette gageure. Nous serons bientôt au Salon du livre.»

 

 

La politesse, c’est la vie d’un écrivain en promotion. Si tant est qu’il accepte d’en jouer le jeu. Le narrateur s’y prête, mais tout n’est que désillusion et médiocrité, de la part des journalistes et organisateurs de manifestations qui le reçoivent comme de celle des lecteurs ou des autres auteurs qu’il croise.

Pourquoi, alors, accepter ce qui procure si peu de plaisir ? Pour, faute de mieux, livrer cette Politesse en forme de portrait méchant et drôle d’un monde qui n’est qu’aigreur, ou presque. Et Bégaudeau n’épargne rien ni personne, ou presque, encore.

 

Qui a quelque connaissance du milieu et de ceux qui le composent s’amusera de reconnaître, derrière ceux dont les noms ont été changés, des individus tout à fait réels.

« A quoi bon noter que les choses sont ce qu’elles sont ? », interroge l’auteur. Il fait de la question une certaine définition de sa littérature*, qu’il viendra volontiers présenter à l’occasion de salons dans lesquels « le meilleur catalyseur d’achat c’est la pitié ». Tour à tour triste et féroce, il interroge aussi la complaisance qui sous-tend le milieu, en déplore les enjeux commerciaux et se tire plus d’une balle dans le pied.

 

« La politesse est la forme acceptable de l’hypocrisie. », écrit l’auteur.

Lui qui identifie si facilement les rebelles en bois ne s’épargne pas non plus, se montrant lâche et amer, et jaloux comme de bien entendu : « Si aucun de ces lecteurs n’existait, je récupérerais leur lectorat. »

Les bleus que Bégaudeau a à l’âme prennent ici toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. A la mise en scène de sa propre personne s’ajoute une mise en abyme de son roman tout juste sorti de l’imprimerie.

 

Dans une dernière partie, l’auteur se perd en prospectives anarchico-coopératives – et il se peut qu’il perde son lecteur aussi.

Peu importe, on aura bien ri.

 

A propos des blogs, François Bégaudeau écrit ceci : « La ruse c’est d’envoyer une partie du service de presse aux bloggeurs littéraires. Ils sont tellement flattés qu’ils font toujours une critique positive. »

Afin d’être parfaitement transparente, je tiens à indiquer ici que j’ai moi-même demandé ce livre à son auteur, qui me l’a fait parvenir. De flatterie point, donc, crois-je. Quant au caractère positif ou non de ma critique, à chacun d’en juger.

 

Editions Verticales, mars 2015, 304 pages, 19,50 euros

 

A ce sujet, une remarque d’Ariane Charton : « Définir la littérature est difficile mais ce n’est assurément pas compter les chaises lors d’une rencontre dans une librairie et détester par principe ceux qui vendent plus que vous… »

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Au début

Entre les murs

Tu seras écrivain, mon fils

 

Politesses :

 

Begaudeau Ozoir« Il y a longtemps que bien vivre a pris le pas sur être aimé. » (page 9)

 

« Le vrai est dans les failles. » (page 28)

 

« Si aucun de ces lecteurs n’existait, je récupérerais leur lectorat. » (page 35)

 

« Vivre de la critique est beaucoup plus difficile que d’en mourir. » (page 41)

 

« Sur un radeau de naufragés la tendance est le cannibalisme » (page 58)                            François Bégaudeau interviewé par François Alquier

 à Ozoir-la-Ferrière en 2012 (source)

« La politesse est la forme acceptable de l’hypocrisie. » (page 69)

 

« L’incapacité à la rudesse voue le sujet civilisé à une existence contrariée. » (page 74)

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« L’humanisme est souvent rentable. » (page 83)

 

« Qui voudrait ne jamais parler de littérature n’aurait qu’à s’enclore dans le champ littéraire. » (pages 102-103)

 

« On ne comptera que sur soi. On sera le principe de sa joie. » (page 133)

 

« La révolution est le saut du tigre dans le passé. » (page 142)

 

« Son sourire sait quelque chose que je ne sais pas. » (page 149)

 

« Le possible est plus vaste que l’existant. » (page 158)

 

« L’écriture n’est pas le fruit mais le germe de la solitude. » (page 191)

 

« Je n’écris pas pour des lecteurs, j’ai besoin de quelques lecteurs pour faire consister l’écrit. » (page 193)

 

« L’écrit, on le voit comme un espace de recyclage d’intelligence. » (page 232)

 

« Tant qu’on se fait du bien c’est jamais à perte. » (page 234)

 

« Un écrivain n’est pour rien dans l’intérêt porté à ses textes. » (page 239)

 

« Le prix de la meilleure farce est attribué au dindon. » (page 246)

 

« Comme souvent le génie humain ne fut que d’actualiser le génie de la matière. » (page 254)

 

« Y avoir une amie embellit un lieu de travail. » (page 270)

 

« Il faut être con comme un riche pour ne pas se sentir ridicule dans un jacuzzi. » (page 275)

 

« La peur mais la honte surtout tient les femmes en laisse. » (page 278)

 

« Le travail est encore le meilleur moyen de ne pas penser, on dirait même que c’est fait pour. » (page 280)

 

« Que l’écriture soit sans limites n’interdit pas de s’en donner. » (page 290)

 

« Le suicide prend la vie trop au sérieux. » (page 291)



Touriste, Julien Blanc-Gras & Mademoiselle Caroline


TOURISTE - C1C4.indd« Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Touriste, ça me suffit. »

 

Touriste est le troisième roman de Julien Blanc-Gras, écrivain-voyageur. Sa découverte du monde, avec Paris comme base et lieu d’interludes, est ici adaptée par Mademoiselle Caroline, dont on a déjà apprécié les albums Enceinte et 3 kilos avant le maillot (et qui m’a fait l’honneur de répondre en dessins à mes 5 questions en 2011).

 

« Voyager seul, c’est le meilleur moyen de ne pas le rester très longtemps. »

 

Julien Blanc-Gras a fait du voyage, de la découverte de l’autre, un mode de vie. Il sait l’importance des conditions du voyage, lui qui a fait l’expérience du club de vacances en Tunisie.

 

« Prendre une photo, c’est prévoir de se souvenir du passé dans un avenir prochain. »

 

Il pose son regard sur le monde autant que sur ceux qui le visitent. Le rapport de l’homme à l’homme est un sujet fascinant. Les appareils photo, les hôtels de luxe et les véhicules climatisés sont autant de remparts que le visiteur bien souvent érige en les niant.

 

« Le touriste ne sauve pas le monde, il n’est pas là pour ça. »

 

tourist 1Julien Blanc-Gras donne des pistes quant à ce que le voyage permet. Quant à ce qu’il permet d’apprendre sur soi. Quant à ce qu’il offre, quand on ne part pas pour de mauvaises raisons. Il y a autant de touristes, et de façons de voyages, qu’il y a d’individus.

 

« Le touriste finit toujours par rentrer chez lui. »

 

Cet album est un très bel objet. En plus des jolies phrases s’y sont cachés des clins d’œil, des patronymes pas tout à fait inconnus, des visages familiers, de ceux qui boivent sans soif, qui voyagent, comme le narrateur, plutôt hors saison, ou qui préfèrent rester au chaud sous les couvertures. (Et puis, dans l’interview déjà, Mademoiselle Caroline parlait de son amour pour la prose de Philippe Jaenada.)

 

Les dessins sont superbes, drôles et justes à la fois, comme toujours avec Mademoiselle Caroline, et les planches donnent à ressentir les lumières, les couleurs, les sensations visuelles des lieux visités de par le monde.

Malgré tout, le récit en lui-même laisse un peu sur sa faim. Les limites des choix que l’adaptation a requis ? Sans doute que pour être rassasié, il faut lire le roman.

 

Editions Delcourt, mars 2015, 208 pages, 23,95 euros

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3 kilos avant le maillot, Phil & Mademoiselle Caroline

Enceinte, Mademoiselle Caroline

5 questions à Mademoiselle Caroline

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La gaieté, Justine Lévy


La gaietéPrésentation de l’éditeur :

« C’est le paradis, c’est mon paradis, je ne sais plus rien de la politique, des livres qui paraissent, des films, des projets de Pablo, de l’autre vie, la leur, c’est comme un jeûne, une ascèse puéricultrice, c’est comme si j’avais été opérée de ma vie d’avant, je ne sais pas si ça reviendra, je ne sais même pas si je le souhaite, j’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu’eux aussi me tiennent et qu’ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond, c’est de l’anéantissement. »

 

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. »

Louise aimerait n’être pas hantée par ses démons, ceux de son enfance en particulier. Depuis qu’elle est mère, deux fois mère, elle ne veut plus de cet état. Pas question d’être une maman malheureuse, puisque « une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur ». Louise décide de rompre la chaîne de la tristesse, de bloquer la transmission, d’appeler la gaieté, de s’y réfugier et d’en faire l’environnement de ses enfants.

 

Mais ce n’est pas si simple. Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. La tristesse est pour Louise comme un point de côté permanent.

 

Avec des mots simples, des images fortes et des phrases longues, produit d’un emballement de l’esprit que le lecteur voudrait ne jamais arrêter tant il est délicieux à lire, Justine Lévy raconte les efforts, la volonté et la détermination, que côtoient la sensation récurrente, sinon constante, d’être à côté de soi-même, et les ombres du passé. Elle raconte les digues qui cèdent et « les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. »

 

Dans ce roman de la maturité, Justine Lévy démontre fort joliment qu’on a toujours la possibilité de cesser d’exhumer le passé, de cesser de raviver les douleurs, et de choisir la vie.

 

 

Editions Stock, janvier 2015, 216 pages, 18 euros

 

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Eclats de gaieté :

 

« C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste, définitivement, et par tous les moyens. » (page 7)

 

« La vie est urgente. » (page 11)

 

« Pour aimer être libre il faut du désir, de l’ambition, le goût des actes et du risque. » (page 13)

 

« Avec un enfant on ne peut plus se permettre d’être triste, un point c’est tout. » (page 20)

 

« Papamaman, mamanpapa, voilà comment on rate sa vie, à vouloir toujours ménager papamaman. » (page 30)

 

« Comment voit-on le monde avec des yeux si clairs ? Est-ce que tout est plus beau ? plus bleu ? » (page 38)

 

« La nostalgie est l’arme des faibles. » (page 40)

 

« C’est pour ça qu’on élève des enfants, pour qu’ils puissent un jour se passer de vous. » (page 41)

 

« Il y a des gens qui pensent que ça fait mûrir, d’avoir des enfants, moi je trouve que ça vous met surtout face à votre propre enfance, tiens prends ça dans la gueule. » (page 45)

 

« Je voudrais les couvrir de joie mais je ne sais les couvrir que de jouets. » (page 46)

 

« Il n’y a que les très belles femmes qui peuvent se passer de sourire. » (page 52)

 

« Pablo me dit que je suis forte, je n’ai pas encore bien repéré ce qui lui fait dire ça. » (page 75)

 

« Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. » (page 82)

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. » (page 115)

 

« les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. » (page 116)

 

« J’ai toujours tout fait pour cadenasser les portes de la tristesse. » (page 119)

 

« Je veux pour eux toutes les joies que je n’ai pas eues. » (page 127)

 

« Le chagrin est patient. » (page 170)

 

« Comment ne transmettre que le bon, pas le mauvais, faire le tri ? » (page 173)

 

« Quand on peut rire de soi on est sauvé. » (page 213)



Pourquoi écrivez-vous, Sigolène Vinson ?


Sigolene Vinson (c) Marie Ouvrard

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est l’auteur d’une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman.

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Son premier roman, Le caillou, est paru aux éditions Le Tripode en mai 2015.

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Photo (c) Marie Ouvrard pour Encore magazine

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je ne sais plus trop.

A une époque, j’aurais pu dire « c’est une question de vie ou de mort ». Et en y croyant en plus. Dur comme fer.

Aujourd’hui, je n’ai pas de réponse à cette question. Démunie face à elle.

Ou alors, peut-être en ai-je une : raconter des histoires. Sûr, j’aime beaucoup les histoires.

Pas très originale comme raison d’écrire. Mais à tous les coups, suffisante.Vinson

Après, le message…Je ne suis pas très bonne en message. J’aimerais bien passer celui de la poésie. Mais aussi celui d’un monde qui a faim. Voilà l’état de mes idées, brouillonnes.

Sinon, j’aime lire. Cela doit être ça, j’ai voulu copier ceux qui écrivent.

Plus je tente de trouver une réponse à cette question, plus je sens que j’aime écrire.

J’en conclus donc que j’écris parce que j’aime ça.

J’ai le droit de mettre un smiley ? Allez, je m’arroge ce droit : :)

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De se dire : « c’est une question de vie ou de mort ». D’y croire en plus. Dur comme fer.

Sinon, d’aimer ça.

 

 

Précédent rendez-vous : Richard Gaitet

Prochain rendez-vous : Alexandre Grondeau

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