Il est toujours délicat de fournir des commentaires et je ne crois pas que l’auteur puisse faire exister son œuvre par l’explication. Bien que notre époque soit celle du mode d’emploi, et non plus de l’esthétique, la Littérature résiste encore un peu, parfois, timidement, à cette contamination venant des arts plastiques. J’éprouve tout de même l’envie, par vanité peut-être, de clarifier une phrase, une seule, la première du Réprouvé.
S’agissant d’un protagoniste écartelé entre deux identités, l’une juive, l’autre chrétienne, il me semblait que le tout début du livre devait, avant toute autre chose, refléter, absolument, cette bipolarité. Or, cette simple phrase « C’est un homme », incipit au vocabulaire et à la grammaire neutres est tout aussi bien le « Ecce homo » (« voici l’homme ») de Ponce Pilate à propos de Jésus, que le « Se questo è un uomo » (« si c’est un homme ») de Primo Levi, le rescapé d’Auschwitz. On voit ainsi comment les mots les plus anodins sont en réalités les plus chargés d’intertextualité.