Une critique en avant-première du roman « les choix secrets », par le blog littéraire « et en plus elle lit »

Chers lecteurs, j’ai eu l’agréable plaisir de découvrir sur la toile une critique en avant première de mon roman « les choix secrets ». L’auteur en est le blog littéraire « et en plus elle lit » que vous pouvez retrouver ici.
«  L’âge c’est l’impossibilité de goûter la nostalgie. A peine née, elle se recroqueville, se dissout et c’est la mort que l’on voit au bout. Elle seule. A côté, toutes les simagrées sentimentales ne signifient plus rien. La tristesse, c’est encore la vie, l’espérance. Le désespoir, c’est autre chose, une plaine aride où le pleur est dérisoire.
Désormais, il n’y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux, et ce présent dont il faut bien se contenter. Ce présent est sa prison.  Plus jeune, elle l’a supporté parce que, concevant l’avenir comme un espace vierge, un monde à lui tout seul, elle a cru que celui-ci prendrait un jour la place de celui-là et changerait le goût de sa vie. »

Marie est une vieille femme. Très vieille. Elle vit dans la maison où elle a grandi, avec son mari, qui est vieux lui aussi. Très vieux. Et très malade. Mais ça Marie ne veut pas y croire, il le fait exprès sûrement,  il exagère pour qu’on s’occupe de lui. Avec l’âge, elle a pris des habitudes, il faut vérifier le soir que les portes sont bien fermées, que les lumières sont éteintes, quitte à redescendre, à vérifier encore et encore. En une journée, c’est sa vie qui va lui revenir en tête, toute sa vie, ses émois d’adolescentes, son coeur brisé, les choix qu’elle a du faire en devenant une femme, ses désillusions, la vie de tous les jours qui pèse un peu lorsque l’on n’a pas ce que l’on voudrait. Elle rêvait d’une vie de princesse, à mener grand train et sentir les regards jaloux des femmes autour d’elle. Et elle n’a épousé qu’un petit instituteur, une lubie de jeunesse, et chaque jour elle paye le prix de cette folie. Alors elle se rembrunit, elle devient mauvaise, elle voudrait que le monde ne tourne qu’autour d’elle, être l’unique de son homme, de son père, de ses fils. Et là, au crépuscule de sa vie, elle regarde tout ce qui est derrière elle, et ce qui reste. Le temps qui s’étire, la douleur d’être vieille, de ne plus pouvoir descendre les escaliers sans souffrir, et de se voir se transformer en une femme que l’on ne regarde plus, à qui on parle comme à un enfant. Son but, c’est rester chez elle, avec son mari. Il ne faut pas qu’il parte, même s’il est malade, ça va passer, ce n’est pas si grave. Il l’énerve à geindre comme ça, mais s’il part, c’est un peu la fin de son monde.

C’est un livre qui dérange, un livre qui gratte les zones douloureuses de tout un chacun. Parce que même si on ne peut pas aimer cette femme, à cause de son égoïsme, de son manque d’empathie et de coeur pour ceux qui l’aiment et qu’elle aime, elle est humaine, elle a des failles que l’on peut retrouver en se regardant d’un peu plus près, et que l’on n’a pas réellement envie de voir. C’est une femme perdue, qui a vécu son enfance dans un cocon protecteur, et qui s’attendait à avoir une vie à l’image de cette enfance dorée. C’est une femme avec des rêves de grandeur impossibles à atteindre. Elle est amère, elle voudrait toujours plus, et petit à petit, elle détruit les gens qu’elle aime, parce qu’elle ne peut pas faire autrement, parce qu’elle a toujours tenu les autres pour responsable de ses illusions perdues. Ce personnage du mari est fantastique dans sa complexité, tellement secret, simple, serein et si contraire à cette femme. Peut-être est-ce pour cela qu’elle l’a aimé ? Parce qu’il était tout ce qu’elle n’était pas. C’est un roman prenant, poignant, qui vrille le ventre quand on le lit, qui suscite l’empathie pour ces hommes et ces femmes qui vieillissent dans une solitude ineffable, qui n’ont comme repère que les informations télévisées, ou la visite du boulanger. C’est un portrait de la vieillesse dans toute sa crudité, avec une pudeur toutefois. Les mots sont justes, et décrivent avec brio toute la difficulté de vieillir, de voir ceux que l’on aime mourir ou s’en aller, donner des nouvelles par politesse, et sentir que chaque jour n’a de but que de rapprocher de la mort. Chaque évènement, chaque visite doit durer, parce qu’après il n’y a que le silence et la douleur, et le temps qui s’étire sans fin. C’est un roman magnifique, qui ne peut pas laisser indifférent, car il remue trop de choses en chaque lecteur.

 

Hervé Bel. Les choix secrets. Lattès. 250p. A paraître, le 22 août 2012.

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