Calet dans le métro (1)

Le métro, le matin, est comme le lit conjugal où chacun cherche à tout prix un petit coin frais et tranquille. A l’heure où je le prends (7H30), sur la ligne 1, c’est encore possible. Il règne un grand silence dans la rame. Beaucoup de places assises, éloignées les unes des autres. Quelques cadres en cravates et manteaux, mais surtout des employés, des ouvriers, ceux qui se lèvent tôt, mais rentrent tôt, assis, qui dorment encore. Peu de femmes et pas des plus belles. Elles lisent. Je jette un coup d’œil. Des titres qui ne me disent rien (un certain Marc Musso, ou quelque chose comme ça). Je ferme les yeux et j’attends d’arriver.

Rien de gai, d’exaltant là-dedans. Mais certains jours, je suis content, impatient. Je l’attends, ce n’est plus qu’une question de jours.

Je l’attends.

Peut-être est-ce aujourd’hui? Demain? Je descends à l’Arche de la Défense. Au bout du quai, à gauche, le kiosque à journaux, tenu par un jeune homme qui a fini par me connaître. En me voyant, il sourit, de son grand sourire d’Antillais (mais est-il Antillais? Je n’en sais rien après tout, je le suppose, en raison de son sourire justement). Il sait à l’avance le plaisir qu’il me causera. « C’est arrivé, Monsieur », et il me montre, tout juste imprimé, le journal « Le Magazine des Livres ».

Je ne le manquerais pour rien au monde. C’est un grand plaisir qui ne m’arrive qu’une fois tous les deux mois, hélas, il faudrait que la périodicité soit mensuelle. On peut y lire beaucoup de choses, sur l’actualité littéraire bien sûr, mais aussi sur la littérature plus ancienne..

Ce mois-ci, mon plaisir, en le recevant des mains de mon Antillais, a été double.

Bien vite, je l’ai ouvert, me calant sur le côté de l’escalator. Puis j’ai marché jusqu’à la sortie, tenant la précieuse Bible d’une main, ma mallette de l’autre. Je ne regardais pas autour de moi, lisant la table des matières, indifférent à la gitane qui, chaque matin, nous cueille devant l’arche avec ses journaux des sans-abris, son grand sourire un peu faux-jeton, en nous saluant, et que je salue.

Cette fois-ci, je ne l’ai même pas vue. Il y avait, dans ce magazine des livres, un article de Raphael Juldé, intitulé « Henri Calet, le débineur », en référence à un des romans dudit Calet sur la débâcle de 40 où le héros se décrit comme appartenant au « énième débineur ». Je l’ai tout de suite dévoré, sans attendre, sur place, comme le sandouiche que je mange sur le pouce, le midi en allant à la FNAC.

Car j’ai une immense affection pour Henri Calet, plus que pour Guérin d’ailleurs (mais c’est à lui que je dois la découverte de Calet.

Calet a sa musique, mélancolique, drôle parfois, quelque chose qui ressemblerait, dans le domaine musical, à la valse de L’invitation au château de Francis Poulenc. Dans son article, Raphaël Juldé le disait bien, drôle lui-même, rappelant les chefs-d’œuvre que sont Le Bouquet ou La belle Lurette, insistant sur les articles qu’il a écrit sur Paris, dans Combat et ailleurs, que les éditions du Dilettante ont eu la bonne idée de rééditer.

Mais, en bout de lecture, ma satisfaction n’était pas complète, que Raphaël Juldé me pardonne! Il ne parlait pas du roman de Calet qui, pour moi, est le plus fort, le plus triste et le plus drôle à la fois. Je veux parler de Monsieur Paul.

C’est de son roman dont je veux vous entretenir. Mais avant, lisez l’article de Raphaël Juldé qui se trouve, d’ailleurs, sur son blog.

A bientôt, donc.

Hervé BEL

Crédit photo Finitude

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Une réponse à Calet dans le métro (1)

  1. Mate dit :

    Cher Monsieur Bel,

    En cherchant de nouvelles lectures, j’ai appris que Jean-Pierre Martinet (dont je n’ai encore rien lu, je l’avoue) aimait beaucoup l’oeuvre de Calet, et celle de Guérin aussi. Cela ne vous laissera pas indifférent, j’en suis convaincu. Voilà un auteur qu’on peut qualifier d’ensablé, malgré la réédition de ses principaux romans en 2008. Mais qui connaît encore Martinet?
    Bien à vous,
    MV

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