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Scènes romantiques

avril 26th, 2012


Jean Pezous (1815-1885). "Le mime Charles Debureau (1829-1873) en costume de Pierrot". Huile sur toile. Paris, musée Carnavalet.

Si Paris, au XIXe siècle, était surnommé la ville des théâtres c’était autant pour le nombre de ses salles, l’étendue du répertoire, la variété des styles que pour ses acteurs parfois connus dans l’Europe entière. Talma adoré de Napoléon, Mademoiselle George, Mademoiselle Duchesnois et Déjazet, figures fameuses sous l’Empire et la Restauration. Mademoiselle Mars, Marie Dorval, Rachel, incarnant les héroïnes de Dumas, Hugo, Vigny et Musset, le romantique Frédérick Lemaître qui joue Kean de Dumas et incarne Robert Macaire dans l’Auberge des Adrets, Bocage jeune premier «  beau comme Apollon » dit Heine incarnation vivante d’Antony, le héros de Dumas dans la pièce éponyme. De quoi enflammer la plus timide des bourgeoises ou le plus blasé des séducteurs, faire rêver de Londres à Saint-Pétersbourg… Tous les grands artistes allaient à Paris pour être connus dans l’Europe entière. Un grand nombre de pièces françaises étaient traduites.

Théâtre des variétés

Le théâtre était une distraction pour toutes les classes : ouvriers, bourgeois, aristocrates. Seul le genre de scène et de spectacle changeait. Marcel Carné, dans les Enfants du Paradis a réussi à faire revivre ce boulevard du Crime où vaudevilles, mélodrames et spectacles variés étaient présentés dans un grand nombre de petites salles. Sous la monarchie de Juillet, on créait à Paris environ 200 pièces par an. Une nouveauté qui ne marchait pas était immédiatement remplacée, Musset en fit la triste expérience en 1831 avec sa Nuit vénitienne sifflée à l’Odéon et retirée de l’affiche impitoyablement. En revanche, si une pièce marchait, elle était reprise très souvent. Marie Dorval est capable de jouer au pied levé plusieurs rôles. L’une des pièces qu’elle interprétera le plus souvent, à Paris comme en province est un mélodrame intitulé Trente ans, ou la vie d’un joueur de Ducange.

Les Enfants du Paradis (Arletty et Jean-Louis Barrault)

L’exposition au musée de la Vie romantique présente des collections du musée Carnavalet pour évoquer le théâtre et le ballet au XIXe siècle avec tableaux, gravures et dessins essentiellement. Une large place est accordée à l’époque romantique. On croise les vedettes de l’époque comme Rachel, le mime Debureau (incarné par Jean-Louis Barrault, dans le film de Carné, la danseuse Fanny Elssler…) On pénètre dans les grands théâtres et on découvre un peu les coulisses de ce monde avec des dessins de costumes et de décors (notamment ceux du fameux décorateur Ciceri). Le soin accordé à ces études scénographiques et ces dessins, la délicatesse des détails me font penser combien lorsque l’homme n’utilisait que l’adresse de sa main, il était aussi capable de grandes et belles choses que l’informatique et d’autres moyens techniques font souvent oublier.

Marie Dorval

Cette exposition est également l’occasion de découvrir de petites pièces qui certes ne sont pas des chefs-d’œuvre mais qui plaisaient à l’époque. Le théâtre qui depuis la Grèce antique est à même de réunir des gens de conditions et de goûts différents n’est-il pas l’un des meilleurs révélateurs d’une époque ? Il vaut bien des études sociologiques.

Ce qui m’a le plus touché ? De petites chaussures portées par Rachel et présentées avec quelques bijoux. Rachel n’est pas la comédienne que je préfère, ce n’est pas une femme de passion mais une femme de pouvoir qui joue pour reprendre une revanche sur le destin qui l’a fait naître miséreuse. Je suis bien plus émue par Marie Dorval, une vraie romantique et une vraie amoureuse. Mais en voyant ces chaussures, j’avais l’impression que la tragédienne était un peu vivante. J’ai songé à ce texte formidable de Musset, Un souper chez mademoiselle Rachel, compte rendu en dialogue que l’écrivain adressa par lettre à Mme Jaubert de sa soirée chez la comédienne le 29 mai 1839 après une représentation de Tancrède de Voltaire (autre pièce bien oubliée mais que la mode de la tragédie classique à la fin de la monarchie de Juillet avait remis au goût du jour).

Après cette promenade dans un monde du spectacle bien loin du nôtre, l’idéal n’est-il pas de s’arrêter dans le petit salon de thé du musée installé au milieu du petit jardin en compagnie d’une femme ou d’un homme charmant ?

Musée de la vie romantique

Théâtres romantiques à Paris

16 rue Chaptal

75009 Paris

Jusqu’au 15 juillet. Tous les jours sauf lundi et jours fériés. Catalogue : 30 euros

A lire aussi : Lettres pour lire au lit, correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Vigny, Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé.

Jardins intimes

avril 7th, 2011

« Regardez la lune qui s’élève derrière l’amphithéâtre des bois ; sa lumière pâle et argentée éclaire le monument et se reflète dans les eaux tranquilles et transparentes du lac ; cette clarté si douce, jointe au calme de toute nature vous dispose à une méditation profonde. […] Dans ces lieux solitaires, rien ne peut vous distraire de l’objet de votre amour ; vous le voyez, il est là. Laissez, laissez couler vos larmes, jamais vous n’en aurez versé de plus délicieuses. » Rousseau, Promenade ou itinéraire dans les jardins d’Ermenonville, 1788.

Antoine Duclaux (1783-1868), La Reine Hortense à Aix-les-Bains, 1813, Musée Napoléon, Arenenberg, Suisse © Musée Napoléon Thurgovie, Suisse

La notion de jardin et son esthétique ont changé au cours des siècles. À la fin du XVIIIe siècle, sous l’influence de Jean-Jacques Rousseau, le jardin n’est plus un lieu de mise en scène baroque ou un exercice d’architecture savante mais devient avant tout un reflet de l’état d’esprit de son propriétaire à travers des symboles parfois secrets.

C’est cette période entre 1770 et 1840 que nous invite à découvrir le Musée de la Vie romantique à travers une centaine de peintures, dessins et objets. On suit, entre autres, Rousseau à Ermenonville et l’impératrice Joséphine à Malmaison. Cette dernière fit aménager le parc avec notamment un temple de l’Amour et se livra à la botanique. Elle introduisit environ deux cent nouvelles espèces d’origine exotique dont le magnolia et le dahlia. Quelques planches de Redouté nous donne une idée de la richesse de sa collection.

Antoine-Honoré-Louis Boizot (1774-1817), Vue du parc d'Ermenonville la fontaine des amours dans le bocage, 1813, Musée national des châteaux de la Malmaison © RMN Franck Raux

De nombreux tableaux évoquent les créations de grands paysagistes comme Louis-Martin Berthault, décorateur pour la haute société de l’Empire. On songe aussi à l’une des propriétés romantiques les plus célèbres : la vallée aux Loups (les bois d’Aulnay) achetée par Chateaubriand qui y créa un parc avec des spécimens rapportés de son voyage en Amérique.

Ces arbres, qu’il dut abandonner à la vente de sa propriété en 1817, étaient à ces yeux, comme ses enfants et les adieux qu’il adresse à ces lieux sont parmi les plus beaux passages de ses Mémoires d’outre-tombe.

« Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l’Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda. Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries ; elles en étaient les Hamadryades. Ils vont passer sous un autre empire : leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais ? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être : je ne dois rien conserver sur la terre. C’est en disant adieu aux bois d’Aulnay que je vais rappeler l’adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg : tous mes jours sont des adieux. »

L’attitude de Chateaubriand résume bien cette période riche en innovations techniques et esthétiques avec un mélange de passion pour la botanique et la découverte de nouvelles espèces et l’idée que le jardin est un refuge pour l’âme, un lieu intime accueillant nos sentiments. La nature tient alors ce rôle de confidente de nos cœurs et nous protège des attaques du monde en nous offrant un moment de solitude, seul ou avec l’être aimé.

 

Jardins romantiques français (1771-1840)

Jusqu’au 17 juillet

Musée de la Vie romantique

16 rue Chaptal

75009 Paris

Tel : 01-55-31-95-67

Internet : www.vie-romantique.paris.fr