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Théophile Gautier, invité de Balzac

mars 20th, 2011

Né à Tarbes il y a 200 ans Théophile Gautier a passé l’essentiel de sa vie à Paris. Il a plus de chance que Musset, farouche Parisien et parfaitement ignoré l’an dernier dans la capitale… (je ne suis même pas sûre que la minuscule bibliothèque Musset dans le 16e arrondissement ait fait autre chose que poser sur une table à l’entrée quelques-uns de ses livres).

Bref Gautier a plus de chance puisqu’une exposition lui est consacrée dans la capitale à la maison Balzac, rue Raynouard

L’exposition, jusqu’au 29 mai, nous présente un Théophile Gautier intime, entouré de sa famille et de quelques-uns de ses amis.

Théophile Gautier et Balzac se sont fréquentés et même s’ils n’ont jamais été très proches, Gautier a laissé sur le romancier un long et splendide témoignage comme seul il en avait le secret. Son texte est réédité pour l’occasion par la Mairie de Paris et le Castor astral. On voit, on entend parler Balzac. Texte d’écrivain et de peintre car Théophile Gautier s’est d’abord destiné à la peinture. L’exposition présente d’ailleurs quelques tableaux qui bien que maladroits possèdent un charme indéniables. Outre ces tableaux, on peut voir la dernière page manuscrite connue de Gautier orné d’un fin profil féminin dessiné au crayon.

Ces études artistiques à défaut d’avoir fait de Gautier un grand peintre ont éduqué son œil et ont développé son jugement esthétique. On parle souvent des critiques d’art de Baudelaire à juste raison mais la lecture des nombreux articles de Gautier consacré notamment au Salon annuel de peinture prouve qu’il avait également un jugement plein de finesse.

Dans cette exposition chez Balzac on y croise l’auteur de La Femme abandonnée bien sûr mais aussi George Sand ainsi que Delphine de Girardin, Joseph Méry et les femmes qui entourèrent Gautier en premier lieu la cantatrice Ernesta Grisi, son épouse avec qui il eut deux filles, Estelle et la fameuse Judith.

Une salle évoque les nombreux voyages de Gautier en Espagne , sa terre de prédilection, mais aussi en Orient et en Italie. Annick Lesure, arrière arrière-petite fille de l’écrivain a fait don au musée d’un sac de voyage que Gautier a acheté en Espagne. Au risque de paraître trop attachée à des objets a priori ordinaires j’ai regardé longuement ce sac usé certes vieux de 100 ans et qui pourtant gardait les traces d’un beau travail artisanal. J’ai imaginé Gautier utilisant ce sac, mais également aux mains de cet artisan qui l’avait fabriqué et qui peut être ensuite le lui avait vendu.

Une dernière salle est consacrée aux deux œuvres les plus célèbres de Gautier, le Capitaine Fracasse et le Roman de la momie à travers diverses illustrations notamment celle de Gustave Doré pour le Capitaine Fracasse. Il me semble avoir commencé le Roman de la momie à la fin de l’école primaire, probablement dans une version simplifiée. L’histoire ne m’a pas intéressée et je crois avoir abandonné la momie à son sort bien avant la fin. Je ne crois pas avoir jamais ouvert le Capitaine Fracasse. En revanche, je me souviens avoir apprécié la lecture de Mlle de Maupin au lycée. Je l’avais lu pour mon plaisir passionnée déjà par l’époque romantique. Je me souviens avoir été très intéressée par la préface, mais aussi toute l’histoire menée par cette femme Mlle de Maupin fascinante et aventureuse.

Théophile Gautier est célèbre pour son gilet rouge exhibé à la bataille d’Hernani. Il était à la tête d’une bande de jeunes gens venus soutenir Victor Hugo. Il a raconté cette soirée de février 1830 dans son Histoire du romantisme… la mort l’a emporté avant qu’il achève son récit qui s’arrête sur la douce Delphine Gay applaudissant comme un rapin !

« On s’est plu à représenter dans les petits journaux et les polémiques du temps ces jeunes hommes, tous de bonne famille, instruits, bien élevés, fous d’art et de poésie, ceux-ci écrivains, ceux-là peintres, les uns musiciens, les autres sculpteurs ou architectes, quelques-uns critiques et occupés à un titre quelconque de choses littéraires, comme un ramassis de truands sordides. Ce n’était pas les Huns d’Attila qui campaient devant le Théâtre français, malpropres, farouches, hérissés, stupides ; mais bien les chevaliers de l’avenir, les champions de l’idée, les défenseurs de l’art libre ; ils étaient beaux, libres et jeunes. Oui, ils avaient des cheveux,-on ne peut naître avec des perruques- ils en avaient beaucoup qui retombaient en boucles souples et brillantes, car ils étaient bien peignés. […] L’orchestre et le balcon étaient pavés de crânes académiques et classiques. Une rumeur d’orage grondait sourdement dans la salle, il était temps que la toile se levât : on n’en serait peut-être venu aux mains avant la pièce, tant l’animosité était grande de part et d’autre. Enfin les trois coups retentirent. Le rideau se replia lentement sur lui-même, et l’on vit dans une chambre à coucher du XVIe siècle, éclairée par une petite lampe, Dona Josefa Duarte, vieille en noir […] écoutant les coups que doit frapper à la porte secrète un galant attendu par sa maîtresse. »

Mais, il serait dommage de réduire Gautier à ce seul témoignage même si son Histoire du romantisme est un document littéraire historique précieux. Théophile Gautier est un chroniqueur de son temps. Cela en a fait longtemps un écrivain mineur. En quoi témoigner de son temps serait-il inférieur à la rédaction de poèmes, de pièces de théâtre ou de romans ? Seul compte le style et les sentiments mis dans l’œuvre.

On connaît également Gautier pour ses nouvelles et pour ses fameuses lettres à la Présidente dont l’exposition à la maison de Balzac montre une page, quelques lignes assez subjectives, mais peu susceptibles de choquer le jeune public dont les yeux s’égareraient vers la vitrine.

J’ai regretté l’absence de Nerval, le grand ami de Gautier presque deux frères à l’époque notamment où ils vivaient impasse du Doyenné, le cénacle des Jeunes Frances où l’on voyait aussi Camille Rogier, Auguste de Châtillon, Arsène Houssaye, Roger de Beauvoir, les frères Devéria, Corot…  Camaraderie littéraire immortalisée par Nerval dans les Petits Châteaux de Bohème.

L’exposition de Balzac s’adresse peut-être davantage à des amateurs qu’à un public néophyte, il manque peut-être quelques panneaux plus  explicatifs pour suivre la carrière et la vie de Théophile Gautier. Mais le public pourra trouver ailleurs les moyens de se renseigner sur le père de la théorie de l’art pour l’art. On se laissera  aller agréablement à l’atmosphère paisible qui règne toujours dans les pièces de cette maison de Balzac, loin du bruit de la capitale, havre de paix comme l’est aussi le Musée de la vie romantique situé dans le neuvième arrondissement, au cœur de la Nouvelle Athènes.

Je reparlerai dans un article suivant de Théophile Gautier à travers la biographie que vient de lui consacrer  Stéphane Guégan. Je reparlerai notamment du Théophile Gautier feuilletoniste. Critique d’art, critique littéraire, Gautier a été l’un des esprits les plus ouverts et les plus subtils de son temps. Conscient qu’il n’arrivait pas à la hauteur des géants tels que Hugo, Vigny, Balzac ou même Dumas, il avait l’esprit de camaraderie. Sans louer aveuglément ses contemporains, il a su aider les autres artistes qu’il aimait, sans jalousie. Je me souviens ainsi avoir remarqué qu’il avait été l’un des seuls à comprendre la grandeur du théâtre de Musset lors de la création des Caprices de Marianne.

Certes l’écriture de tous ces feuilletons l’a peut-être empêché de mener à bout une carrière littéraire plus personnelle, mais nous aurait-il offert d’autres grandes oeuvres ? L’une d’elle n’est-elle pas justement ces textes écrits au fil des jours dans lesquelles il analysait les créations de ses contemporains ?

Certes tous les feuilletons de Théophile Gautier ne sont pas des bijoux. Il lui arrivait bien souvent d’être obligé de parler d’œuvre notamment de pièces de théâtre aussi vite montées qu’elles étaient oubliées. Mais qu’importe la littérature c’est aussi vivre avec son temps et ceux qui savent en exprimer l’âme mérite le nom d’artiste.


Maison de Balzac

47 rue Raynouard

75016 Paris

tel : 01-55-74-41-80

www.balzac.paris.fr

Entrée gratuite. De mardi au dimanche de 10h à 18h

Tout le programme du bicentenaire Gautier : www.theophilegautier.fr